‹ [Œuvres choisies]Chapitre 285 sur 558 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

M. DE PLINVILLE, ROSE.

M. DE PLINVILLE.

Le soleil reparaît. L’herbe est déjà plus verte : Chaque fleur se ranime, et la terre entrouverte Exhale un doux parfum. N’est-il pas vrai qu’on sent.. Un calme... une fraîcheur... un charme ravissant? Car il en est de nous ainsi que d’une plante.

Oh ! que voilà, ma chère, une pluie excellente I Nous avions grand besoin de cet orage-ci.

ROSE

Mais la grange est détruite.

Il est vrai, mais aussi

J’ai sauvé l’écurie : elle était presque neuve, tle le dois à Belfort. J’avais plus d’une preuve De son bon cœur; mais quoi 1 c’est un brave, vraiment. Às-tu vu comme il s’est exposé hardiment?

ROSE

Je le crois bien. Aussi s’est-il blessé.

M. DE PLINVILLE.

Quoi, Rose?

ROSE

11 s’est brûlé la main.

M. DE PLINVILLE.

Je sais, c’est peu de chose.

ROSE

M. I)E PLINVILLE.

11 m’a dit que cela n’était rien.

Peu de chose ?

L’OPTIMISTE

ROSE

Il me Ta dit aussi; mais , moi, je voyais bien Qu’il souffrait, et beaucoup; car, à cette nouvelle, J’étais vite accourue avec mademoiselle.

Nous le voyons auprès de monsieur Morinval.

Il ne s’occupait pas seulement de son mal.

« Sur votre main, monsieur (lui dis-je), il faudrait mettre « Quelque chose : je vais, si vous voulez permettre..

« — Bien obligé (dit-il), il n’en est pas besoin.

« — Oh ! (dis-je) avec plaisir je vais prendre ce sain.» Il me donne sa main; ma maîtresse déchire Un mouchoir en tremblant : lui paraissait sourire, Regardait, tour à tour, mademoiselle et moi:

J’en suis encore émue, et je ne sais pourquoi.

M. DE PLINVILLE.

Tu m’enchantes : l’aimable et douce créature 1

ROSE

11 se faut entr' aider, c'est la loi de nature .

Dans La Fontaine, hier, je lisais ce vers-là.

M. DE PLINVILLE.

Vous lisez La Fontaine?

ROSE

Eh oui ! je sais déjà

Douze fables au moins : cela s’apprend sans peine. J’ai mon livre à la main lorsque je me promène.

M. DE PLINVILLE.

Bien.

C’est monsieur Belfort qui m’en a fait présent.

Il me fait réciter : il est si complaisant!

M. DE PLINVILLE.

D’avoir un pareil maître Angélique est charmée!...

ROSE

Oh ! oui. C’est bien dommage : on est accoutumée... Ce mariage-là va nous contrarier.

M. DE PLINVILLE.

Que veux-tu, mon enfant ! il faut se marier.

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