‹ [Œuvres choisies]Chapitre 339 sur 558 · ACTE I, SCÈNE l · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE l

JUSTINE

Oui, (T accord.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Noble dans son maintien.

JUSTINE

Gela peuifêtre encor.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL,

Tiens, Justine, déjà je le vois qui s’avance D’un air respectueux, et pourtant plein d’aisance;

Car il sait allier la grâce et la fierté,

Et ce qui frappe en lui surtout, c’est la bonté. N’attends point un époux libre et trop sûr de plaire. Qui se prévaut d’abord de l’aveu de mon père,;l Et, sans me consulter, vient signer le contrai ;

Mais un amant soumis, discret et délicat,

Qui doute, dans mes yeux démêle si je l’aime,

Et me veut obtenir seulement de moi-même.

JUSTINE

Sans doute il a beaucoup d’esprit ?

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Assurément ;

Non pas de cet esprit agréable, brillant,

Qui s’exhale en bons mois, en légères bleuettes ;

Et fait pour éblouir des sots ou des coquettes ;

Mais un esprit solide, aussi juste que lin,

Soutenu, délicat, et... de l’esprit enfin.

Aussi je le pourrais distinguer entre mille:

Sophie, en un clin d’œil, reconnut son Emile.

JUSTINE

Eh! vous peignez d’après vos héros de romans.

Ges héros, j’en conviens, sont aimables, charmants; Mais pas un n’exista, pas un n’est véritable.

Le vôtre n’est, je crois, ni vrai, ni vraisemblable. Jamais on ne verra d’homme qui soit parfait,

Ni de femme non plus.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Qu’est-ce que cela fait ?

Laisse-moi l’espérance ; elle me rend heureuse.

LES CHATEAUX EN ESPAGNE

JUSTINE

Pour vous, pour votre époux elle est trop dangereuse. Votre époux, sans cela, vous eût paru fort bien :

Vous l’attendez parfait ; il ne paraîtra rien.

Moi je monte moins haut, afin de moins descendre ; Et raisonnablement je crois pouvoir m’attendre A voir, avec Florville, arriver un valet ;

Un valet qui sera jeune, leste, bien fait,

Qui m’aimera d’abord, et me plaira de même;

Qui ne tardera pas à me dire qu’il m’aime,

Et bientôt de ma bouche obtiendra même aveu.

Ce n’est demander trop ni demander trop peu :

Mais vous, mademoiselle, oh î c’est une autre affaire»

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Tu verras, tu verras, si c’est une chimère !

JUS TINE

J’ignore ce qu’au fond sera votre futur:

Rabattez-en d’avance un peu, c’est le plus sûr.

Mais quoi j’entends du bruit; c'est monsieur.

mademoiselle d’orfeuil.

Ah ! Justine.

JUSTINE

Le coeur bat, n’est-ce pas?

mademoiselle d’orfeuil.

Un peu.

JUSTINE

Bon ! J’imagine

Qu’il battra bien plus fort quand le futur viendra.

mademoiselle d’orfeuil Mon père tarde bien à monter.

JUSTINE

Le voilà.

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