‹ [Œuvres choisies]Chapitre 341 sur 558 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

M. D’ORFEUIL.

La chose est, voyez-vous, d’une importance extrême. Tenez.

(il tire une lettre de sa poche, et lit)

« Mon vieux ami... »

(n s’interrompt)

Que ce titre m'est cher !

Aussi notre amitié ne date pas d’hier :

Je le connus...

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Pardon, voulez- vous bien permettre Que nous suivions le fil?

M. D'ORFEUIL.

Ah ! oui.

(N continue de lire.)

« D’hier matin,

« Notre jeune homme est en chemin,

« Et de près il suivra ma lettre.

* Mais j’ai cru vous devoir prévenir d’un dessein,

« Assez bizarre, au fond, s’il faut ne rien vous taire.

« De sa future il désire entre nous,

« Observer, à loisir, l’humeur, le caractère.

« Dans cette vue, il doit s’introduire chez vous « En simple voyageur, avec l’air du mystère,

« Et non comme futur époux. »

JUSTINE

Plaisante idée !

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Eh mais!... elle semble promettre...

Je ne sais quoi...

M. D’ORFEUIL, avec intention

Pardon, voulez- vous bien permettre Que nous suivions le fil ?

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Ah ! j’ai tort en effet.

M. D’ORFEUIL, continue de lire.

« Je suis loin d’approuver un semblable projet ;

« Mais j’ai cru cependant devoir vous en instruire. « Car, prenant mon neveu pour un simple étranger,

LES CHATEAUX EN ESPAGNE

« Vous pourriez, sinon l’éconduire,

« Mon cher, au moins le négliger.

« Embrassez bien pour moi votre charmante fille.

« Je suivrais mon neveu, si je me portais bien.

« Adieu. Derval. »

Plus bas, on lit par apostille :

« Gardez mieux mon secret, que je ne fais le sien. »

(A sa fille.)

Ehbieu 1 voilà le tour que Florville te joue.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Il n’a rien d’offensant pour moi, je vous l’avoue. Monsieur Derval a tort de blâmer son neveu.

Les époux d’à présent se connaissent trop peu.

Le projet de Florville annonce une belle âme ;

Et qui d’avance ainsi veut connaître sa femme,

Est sans doute jaloux de faire son bonheur.

m. d’orfeuil.

Je lui pardonne aussi cetour-là de bon cœur.

Qu’il t’observe de près, il en est bien le maître ;

Tu ne peux que gagner à te faire connaître.

JUSTINE

Mais on n’est pas fâché pourtant d’être averti.

m. d’orfeuil.

De l’avis, en effet, sachons tirer parti.

Il va jouer son rôle : eh bien ! jouons le nôtre. Paraissons, en effet, le prendre pour un autre. D’abord, comme il pourrait arriver dès ce soir,

J’ai dit à tous mes gens de le bien recevoir,

Mais sans faire semblant du tout de le connaître.

JUSTINE

Bon. J’entends des chevaux : c’est Florville, peut-être.

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