ACTE I, SCÈNE VIII
Et moi, nouveau Sancho d’un nouveau Don Quichotte, J’erre moi-même au gré du vent qui vous ballotte, Pestant, grondant, surtout quand vous vous égarez,
Et parfois espérant, lorsque vous espérez ;
Car vraiment je vous aime, et ne puis m’en défendre. Je ris de vos projets, et j’aime à les entendre ; Heureux ou malheureux, près de vous je me plais :
Je puis bien me fâcher ; mais vous quitter, jamais. m. d’orlange.
Va, je sens tout le prix d’un serviteur fidèle.
Tu sera quelque jour bien payé de ton zèle,
VICTOR
Vous promettez monts d’or, et n’avez pas un sou.
m. d’orlange.
J’ai du bien... quelque part...
VICTOR
Vous ne savez pas où.
m. d’orlange.
Mon oncle...
VICTOR
Oh ! oui, c’était un digne et galant homme Qui nous faisait passer tous les mois quelque somme. Mais las ! depuis six mois, pas un petit billet : J’aimais bien cependant, ceux qu’il vous envoyait.
Il est peut-être mort.
m. d’orlange.
Quel présage sinistre !
Il me reste, en tous cas, la faveur du ministre.
Dans les papier publics j’ai reconnu son nom :
De mon père, au collège, il était compagnon ;
Et de cette amitié j’hérite en droite ligne.
Sa lettre me l’annonce.
Une lettre qu’il signe,
Et pour la forme.
m. d’orlange.
Il m’a répondu tout d’un coup.
VICTOR
Quatre mots seulement.
LES CHATEAUX EN ESPAGNE
M. D’ORLANGE.
Mais qui disent beaucoup.
Il ne rougira point de cette connaissance.
J’ai, sans trop me flatter, un nom, de la naissance. De mes voyages j’ai recueilli quelque fruit,
Et dans le droit public je suis assez instruit.
Oui, dès demain, je pars, et je vole à Versaille, Gomme pour annoncer le gain d’une bataille.
D’abord chez le ministre, en courrier, je descends; Et, sans lui prodiguer un insipide encens,
Moi, je lui dis : » Monsieur, veus trouverez peut-être < Mon entrée un peu leste : elle me fait connaître :
« Tel à vos yeux d’Or lange en ce jour vient s’offrir ;
« Tel, et plus prompt encor, vous le verrez courir,
« S’ii pouvait être utile à son prince, à la France. » Cet air d’empressement, et surtout d’assurance,
Le frappe : nous causons ; il m’observe avec soin ;
Et je l’entends qui dit : « Ce jeune homme ira loin. » Dans la journée il vaque un honorable poste;
Mille gens l’attendaient ; et moi qui viens en poste, Tout botté, je remporte ; et voilà mon début.
Ce n’est qu’un premier pas : je vais droit à mon but. Je ferai 'mon chemin : je puis de grade en grade, Tout naturellement aller à l’ambassade...
Que sais-je enfin!., je puis être... ministre un jour: Et je protégerai les autres à mon tour.
VICTOR, persuadé par degrés.
Ah ! vous n’oublierez pas, j’espère, mon bon maître Un pauvre serviteur...
m. d’orlange.
Non, tu dois me connaître; Sois tranquille ; toujours tu seras mon ami :
Tu seras d’un ministre un jour le favori.
VICTOR
Est- il possible ?
M. d’orlange, gravement.
Mais soyez modeste et sage,
F/ de votre crédit sachez régler l’usage.
Victor, de mes faveurs vous n’êtes le canal