ACTE II, SCENE I
VICTOR
Nous ne demandions qu’un souper et le gîte : Nous les trouvons, sans doute, excellents; mais demain 11 faudra de Paris reprendre le chemin.
JUSTINE
Peut-être aussi que non.
VICTOR
Gomment cela ?
JUSTINE
Que sais-je ?
Le mauvais temps, la pluie, ou le vent, ou la neige...
VICTOR
Rien n’arrête monsieur ; et jamais nulle part Il ne reste deux jours : dès le matin il part.
Vous ne connaissez pas, je le vois bien, mon maître.
JUSTINE
Il est pourtant, je pense, aisé de le connaître.
C’est donc un voyageur ?
VICTOR
C’est un vrai juif errant.
Il court toujours le monde, et le monde est bien grand ; Il aime à voyager, et moi j’aime à le suivre;
Dès l’enfance, avec lui, j’ai coutume de vivre :
Aussi, famille, amis, pour lui j’ai tout quitté ;
Et sur ses pas, moi, fait pour la tranquillité,
Pour vivre avec ma femme, en mon petit ménage...
JUSTINE, vivement.
Vous êtes marié ?
VICTOR
Non, vraiment, dont j’enrage.
J U STINE, à part.
Tant mieux ; j’avais bien peur.
VICTOR
Je disais seulement
Que j’étais fait pour l’être ; aussi probablement Je prendrai ce parti.
JUSTINE
Bientôt ?
VICTOR
Mais je l’ignore.
JUSTINE
Votre maître n’est point marié ?
VICTOR
Pas encore;
Et de longtemps, je pense, il ne se mariera.
JUSTINE
Vous verrez que lui-même il finira par là.
VICTOR
Vous croyez ?
JUSTINE
Au revoir; j’aperçois Henriette.
VICTOR
Moi, je vais do monsieur achever la toilette.
JUSTINE
Qa’il se dépêche donc : allez, dites-le lui.
S’il part demain, dumoins qu’on le voie aujourd’hui.
VICTOR
Peut-être il ferait mieux d’éviter l’entrevue ;
Et pour moi, je crains bien de vous avoir trop vue.
(il sort.)
JUSTINE, le «uiraijt des yeux.
Il n’est pas mai.