‹ [Œuvres choisies]Chapitre 376 sur 558 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les précédents. M. D’ORLANGE.

m. d’orlange.

D’un aimable entretien je crains de vous distraire, D’être importun.

M. DE FLORVILLE

Monsieur est bien sûr du contraire.

m. d’orlange.

Moi! point du tout, d’honneur! je puis être indiscret : Je sens qu’en pareil cas un tiers me gênerait.

M. DE FLORVILLE, à part.

Fort bien! vous allez voir que c’est moi qui le gêne.

M. d’orlange à Fl or ville.

Je suis un paresseux; mais j’en porte la peine :

Vous m’avez prévenu.

Bien plus heureusement,

Vous me sûtes hier prévenir...

m. d’orlange.

D’un moment,

Ma venue en ces lieux a devancé la vôtre.

Ah ! nous sommes, monsieur, bien heureux l’un et l’autre, Eus-je tort, quand hier je vous félicitai?

Le portrait que j’ai fait vous parait-il flatté?

M. DE FLORVILLE

Il s’en faut bien.

mademoiselle d’orfeuil.

Messieurs, épargnez-moi, de grâce; Ou vous m’obligerez...

m. de flor ville.

Une telle menace

Nous impose silence.

m. d’orlange.

Oui, changeons de sujet.

Il faut que je vous conte un rêve que j’ai fait.

Ce qui frappe le jour, la nuit nous le rappelle.

Ainsi je rêvais donc à vous, mademoiselle.

LES Cil A SEAUX. EN ESPAGNE.

LES CHATEAUX EN ESPAGNE

Je vous voyais partout, au château, dans le bois;

Et je vous voyais... telle enfin que je vous vois.

De celte vision mon âme était charmée.

Mais quoi! je sens mes yeux se remplir de fumée.

Je les ouvre : je vois quelque lueur briller :

J’entends même de loin la llamme pétiller.

Inquiet, de mon lit aussitôt je m’élance,

Et je vais voir... partout règne un profond silence. Un instinct me conduit à votre appartement.

M. DE FLORVILLE

Cet instinct est heureux.

M. D’ORLANGE.

Oui, le feu, justement,

Avait pris, par malheur, près de mademoiselle,

Chez Justine.

MADEMOISELLE d’ORFEUIL.

Ah ! bon dieu!

M. D’ORLANGE.

Faites grâce à mon zèle.

On est bien dispensé de politesse alors.

Je pousse votre porte, et, redoublant d’efforts,

Je l’enfonce... Déjà vous étiez éveillée,

D’une robe légère à la hâte habillée :

Je vous prends dans mes bras... nouvelle excuse encor : Je veux vous emporter au fond du corridor.

Mais, quoi ! déjà la flamme en barrait le passage.

M. DE FLORVILLE

Que faire ?

M. D’ORLANGE, à mademoiselle d’Orfeuil.

Mon manteau vous couvre le visage,

Même aux dépens du mien : moi, je risquais si peu ! Je vous enlève enfin, tout au travers du feu.

Et vais vous déposer, aussi morte que vive,

Dans la cour, où bientôt monsieur lui-même arrive, Suivi de votre père : il s’en était chargé ;

Car tous deux, entre nous, nous avions partagé Le bonheur de sauver cette chère famille :

Monsieur portait le père, et je portais la fille.

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