‹ [Œuvres choisies]Chapitre 375 sur 558 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

M. DE FLORVILLE

Ah! je le crois. D’ailleurs cela ne surprend pas.

Vous vivez près d’un père et respectable et tendre : Vous faites son bonheur.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Je tâche de lui rendre

Les soins qu’il prit de moi, dès mes plus jeunes ans; Heureuse de pouvoir, par mes soins complaisants, Écarter loin de lui les ennuis, la tristesse,

Qui suivent et souvent précèdent la vieillesse!

Il aime la musique : eh bien ! chaque dessert, Monsieur, soir et malin, est suivi d’un concert.

M. DE FLORVILLE

Fort bien.

MADEMOISELLE d'oRFEUIL.

Je suis, de plus, sa lectrice ordinaire.

Ma manière de lire a le don de lui plaire :

Doux emploi! tous nos soirs sont bien vite écoulés.

(Très- vivement.) (En se reprenant.)

Ah! je vous aiderai... ce soir, si vous voulez,

Vous vous reposeriez...

MADEMOISELLE d’ûRFEUIL.

Je vous suis obligée.

Quand mon père sourit, je me sens soulagée.

M. DE FLORVILLE

Mademoiselle, eh bien, je le dirai tout bas :

Car un autre en rirait; mais vous n’en rirez pas.

J’ai passé quatre hivers auprès de mon aïeule : Jamais, jamais un soir je ne la laissai seule.

Je faisais sa partie, ensuite je lisais;

Je l’écoutais, surtout; enfin, je l’amusais;

Et moi j’étais heureux en la \oyant heureuse.

Sa mémoire, à la fois, m’est chère et douloureuse.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Que vous me rappelez un touchant souvenir!

Une mère ! pardon, je ne puis retenir Mes pleurs...

LES CHATEAUX EN ESPAGNE

M. DE FL OR VILLE

Les retenir! pourquoi, mademoiselle?

Ah! gardez-vous en bien : la cause en est trop belle ; Et croyez qu’avec vous plutôt je pleurerais :

Qui connut vos plaisirs, doit sentir vos regrets. J’éprouve en ce moment un charme inexprimable : Non, je n’ai jamais eu d’entretien plus aimable.

Hélas ! pourquoi faut-il que des moments si doux S’échappent aussi vite!

MADEMOISELLE d’OAFEUIL.

11 ne tiendra qu’à vous, Monsieur, de prolonger...

M. DE FLORVILLE

Ah! mon unique envie Eût été de passer ici toute ma vie :

Mais peut-être en ces lieux n’ai-je que peu d’instants... L’autre étranger ici restera-tnl longtemps, Mademoiselle ?

MADEMOISELLE d’oRFEUIL.

Eh mais! je l’ignore; mon père Fera près de vous deux tous ses efforts, j’espère;

Et... nous reparlerions de l’emploi de nos soirs.

M. DE FLORVILLE

Et, tout en rappelant les soins et les devoirs Auxquels nous avons vu tant d’heures consacrées, Nous passerions encor de bien douces soirées.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

Mais voici l’étranger.

M. DE F LO R V ILLE

Il est toujours riant.

MADEMOISELLE D’ORFEUIL.

M. DE FLORVILLE, à port.

Comme elle paraît émue en le voyant!

Oui...

Page 1