SCÈNE II
M. DORLANGE, seul.
Mais comme tout s’arrange !
J’aime, je plais, j’épouse... O trop heureux d’Orlange! Qui m’aurait dit hier, lorsque je m’égarais,
Qu’au maître de ces lieux bientôt j’appartiendrais : Qu’en ce château, moi-même... Il est un peu gothique. Mais je rajeunirai cet édifice antique.
Le père est un brave homme, il entendra raison ;
Car je suis, à peu près, maître de la maison.
Ces grands appartements sont vraiment détestables, Nos bons aïeux étaient des gens fort respectables ; Mais ils ne savaient pas distribuer jadis.
Dans cette pièce, moi je vous en ferai dix.
Passons dans le jardin ; car c’est là que je brille.
Je fais ôter d’abord cette triste charmille...
Quoi ! je fais tout ôter. Nous avons du terrain :
Voilà tout ce qu’il faut pour créer un jardin.
J’en ai fait vingt; ils sont tous dans mon portefeuille. Entre mille sentiers bordés de chèvre-feuille,
Il en est un bien sombre : on n’y voit rien du tout ;
Et l’on est étonné, quand on arrive au bout,
De voir... Qu’y verra-t-on? un Amour, un vieux temple? Un kiosque ? oh ! non, ric/n d’étonnant ; par exemple, Un petit pavillon, au dehors tout uni,
Plus modeste en dedans; le luxe en est banni:
On gâte la nature, et moi je la respecte.
Du pavillon, moi seul, je serai l’architecte :
Je serai jardinier aussi: je planterai
Des arbrisseaux, des fleurs: je les arroserai ;
Car j’aurai sous ma main une source d’eau pure,
Et tout autour de moi la plus belle verdure...
De ce lieu tout mortel est d’avance exilé.
Mon beau-père et ma femme en auront seuls la clé.
LES CHATEAUX EN ESPAGNE
Là, je rêve, je lis; tapi dans ma retraite,
Je vois, du coin de l'œil, la timide Henriette
Qui vient pour me surprendre, et marche à petit bruit,
Retenant son haleine ; elle ouvre et s’introduit.
Ah ! si la solitude est douce en elle-même,
Je sens qu’elle est plus douce auprès de ce qu'on aime.