‹ [Œuvres choisies]Chapitre 389 sur 558 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M. DORLANGE, M. DE FLORVILLE

M. d’oRLANGE.

Vous le voyez, mon cher.

3ela s’entend, je crois.

M. DE FLORVILLE

Oh ! oui, rien n’est plus clair. Mais cette affaire-ci s’est menée un peu vite.

M. DORLANGE.

En effet. A ma noce, au moins, je vous invite.

M. DE FLORVILLE

Mille grâces, monsieur: je repars à l’instant.

m. d’orlange.

Quoi! vous partez? sur vous j’avais compté pourtant.

M. DE FLORVILLE

En vérité... je suis on ne peut plus sensible...

m. d’orlange.

Faites-moi ce plaisir.

M. DE FLORVILLE

11 ne m’est pas possible.

LES CHATEAUX EN ESPAGNE

M. d’ ORL ANGE.

Félicitez-moi donc, je vous prie.

M. DE FLOU VILLE

En effet,

Vous êtes fort heureux : enfin, il se pouvait Qu'Henrietie déjà fût promise à quelqu’autre, Qu’auriez-vous fait alors?

Quel scrupule est le vôtre?

Je trouverais, d’honneur, on ne peut plus plaisant De supplanter d’abord, presque chemin faisant, Quelque futur époux qui ne s’en doute guère Toute ruse est permise en amour comme en guerre.

M. DE FL O R VILLE

Fort bien: mais c’estblesser pourtant les droits d’autrui.

M. d’ O RL AN GE.

Est-ce ma faute, à moi, si je plais mieux que lui?

M. DE F LO R VILLE

Mais ce futur époux se fût montré peut-être.

m. d’orlange.

Tant mieux: j’aurais été charmé de le connaître.

M. DE FLORVILLE, faisant un geste.

Et... si...

M. D’ORLANGE.

Je vous entends : je ne me bats pas mal.

Je suis même en état d’épargner mon rival :

Je ne le tuerais point.

M. DE FL OR VILLE

Vous êtes bien honnête:

S’il vous tuait?

Eh bien ! si le destin m’apprête Une si belle mort, soit ; je m’y dévouerai.

Monsieur; par deux beaux yeux heureux d’être pleuré ! Mais c’est mal à propos s’inquiéter sans doute.

C’est mettre tout au pis ; car je veux qu’il m’en coûte Une blessure ou deux : je ne m’en plaindrais pas ;

Et ma blessure même a pour moi mille appas. Lentement du château je regagne la porte ;

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