SCÈNE V
M. DORLANGE, M. DE FLORVILLE
M. d’oRLANGE.
Vous le voyez, mon cher.
3ela s’entend, je crois.
M. DE FLORVILLE
Oh ! oui, rien n’est plus clair. Mais cette affaire-ci s’est menée un peu vite.
M. DORLANGE.
En effet. A ma noce, au moins, je vous invite.
M. DE FLORVILLE
Mille grâces, monsieur: je repars à l’instant.
m. d’orlange.
Quoi! vous partez? sur vous j’avais compté pourtant.
M. DE FLORVILLE
En vérité... je suis on ne peut plus sensible...
m. d’orlange.
Faites-moi ce plaisir.
M. DE FLORVILLE
11 ne m’est pas possible.
LES CHATEAUX EN ESPAGNE
M. d’ ORL ANGE.
Félicitez-moi donc, je vous prie.
M. DE FLOU VILLE
En effet,
Vous êtes fort heureux : enfin, il se pouvait Qu'Henrietie déjà fût promise à quelqu’autre, Qu’auriez-vous fait alors?
Quel scrupule est le vôtre?
Je trouverais, d’honneur, on ne peut plus plaisant De supplanter d’abord, presque chemin faisant, Quelque futur époux qui ne s’en doute guère Toute ruse est permise en amour comme en guerre.
M. DE FL O R VILLE
Fort bien: mais c’estblesser pourtant les droits d’autrui.
M. d’ O RL AN GE.
Est-ce ma faute, à moi, si je plais mieux que lui?
M. DE F LO R VILLE
Mais ce futur époux se fût montré peut-être.
m. d’orlange.
Tant mieux: j’aurais été charmé de le connaître.
M. DE FLORVILLE, faisant un geste.
Et... si...
M. D’ORLANGE.
Je vous entends : je ne me bats pas mal.
Je suis même en état d’épargner mon rival :
Je ne le tuerais point.
M. DE FL OR VILLE
Vous êtes bien honnête:
S’il vous tuait?
Eh bien ! si le destin m’apprête Une si belle mort, soit ; je m’y dévouerai.
Monsieur; par deux beaux yeux heureux d’être pleuré ! Mais c’est mal à propos s’inquiéter sans doute.
C’est mettre tout au pis ; car je veux qu’il m’en coûte Une blessure ou deux : je ne m’en plaindrais pas ;
Et ma blessure même a pour moi mille appas. Lentement du château je regagne la porte ;