ACTE IV, SCÈNE V
Ou, si je ne le puis, mon valet m’y rapporte.
Lorsque l’on est blessé, qu’on est intéressant ! Peut-être.., le beau sexe est si compatissant !
De sa main... pourquoi non? Jadis les demoiselles Soignaient les chevaliers qui se battaient pour elles. Mon Henriette est tendre : oui, le matin, le soir, Auprès de son malade elle viendra s’asseoir.
Bayard fut, comme moi, blessé, malade à Bresse : Mais Bayard près de lui n’avait point sa maîtresse.
La mienne à mon chevet s’établira : je crois Qu’elle fera monter son clavecin chez moi.
Tantôt d’un roman tendre elle fait la lecture,
Et nous nous retrouvons dans plus d’une peinture.
Un jour... il m’en souvient, en un endroit charmant, Ma lectrice s’arrête involontairement,
Pousse un soupir, sur moi jette à la dérobée Un regard !... de ses yeux une larme est tombée.
Ah ! si je suis malade, elle n’est guère mieux ;
Et mon état, vraiment, est si délicieux,
Que je voudrais, je crois, ne guérir de ma vie.
M. DE FLORVILLE
D’être malade ainsi vous donneriez l’envie.
Vous voyez l’avenir comme on voit le passé.
Mais quoi ! si par malheur vous n’étiez pas blessé? m. d’orlange.
Bon ! rien de tout ceci n’arrivera peut-être ,
Et ce futur époux est bien loin de paraître.
Mais de votre départ je suis très-aftligé :
Car vous m’êtes si cher !...
M. DE FLORVILLE
Je vous suis obligé.
Je vais prendre à l’instant congé...
m. d’orlange.
De mon beau-père ?
M. DE FLORVILLE
Oui, monsieur.
m. d’orlange.
Nous pourrons nous retrouver, j’espère.
Quelque part... dans l’Europe, en un mot, nous revoir.
LES CHATEAUX EN ESPAGNE
M. DE FLORVILLE
Je ne sais...
M. D’ORLANGE.
Je serais enchanté de pouvoir Vous être utile.
M. DE FLORVILLE
Eh mais !...
M. D’ORLANGE.
Obliger ceux qu’on aime Qu’on estime, surtout, c’est s’obliger soi-même.
M. DE FLORVILLE
Monsieur...
M. D’ORLANGE, frappé tout à coup d’une idée.
Mais, à propos, ne vous tenez pas loin. D’un honnête homme, un jour, je puis avoir besoin.
Je ne m’explique pas ; mais j’ai sur vous des vues... N’en dites mot. Adieu.
(il sort.)