ACTE I, SCÈNE II
Oui, voyez le présent, et surtout l’avenir.
N’est-il pas fort heureux, il faut en convenir,
Que je sois le filleul de monsieur Dubriage;
Qu’après deux ou trois mois tout au plus de veuvage, La gouvernante m’ait, j’ignore encor pourquoi,
Fait venir tout exprès pour être portier, moi,
De sorte que je puisse ici vous être utile;
Et que, depuis trois mois, venu dans cette ville,
Vous me l’ayez fait dire, au lieu de vous montrer ;
Que j’aie imaginé, moi, de vous faire entrer,
Et que madame Evrard, si subtile et si fine,
Vous ait reçu dabord sur votre bonne mine ?
CHAULE.
Il est vrai... george.
C’est votre air de décence, et surtout De jeunesse... que sais-jo ?... Oui, la dame a du goût.
CHARLE
Souvent, et j’apprécie une faveur pareille,
On dirait qu’elle veut me parler à l’oreille.
GEORGE
Ne voudrait-elle pas vous faire par hasard Un tendre aveu?... Mais non, j’ai tort ; madame Évrard! Elle est d’une sagesse, oh mais ! à toute épreuve.
Cet Ambroise, entre nous, qui, depuis qu’elle est veuve, Remplace le défunt dans l’emploi d’intendant,
L’aime fort, et voudrait l’épouser : cependant Avec lui, je le vois, elle est d’une réserve !...
CHARLE
Je l’observe en effet.
GEORGE
A propos, moi j’observe Qif Ambroise vous hait fort.
, CHARLE
Rien n’est moins surprenant; Avec mon oncle même il est impertinent :
Puis il craint, entre nous, que je ne le supplante.
, GEORGE
Écoutez donc, monsieur! sa place est excellente ;
Et vraiment mon parrain vous aime tout à fait,
LE VIEUX CÉLIBATAIRE
Sans vous connaître encor.
CHARLE
Je le crois en effet,
George, et c’est un grand point : oui, ce seul avantage Me flatte beaucoup plus que tout son héritage.
Pourvu que je lui plaise, il m’importe fort peu Que ce soit le valet, que ce soit le neveu :
Si je ne touche un oncle, au moins j’égaie un maître
A. de tels sentiments j’aime à vous reconnaître.
CHARLE
Au fait, depuis trois mois que j’habite en ces lieux, D’abord, sous un faux nom, j’ai trouvé grâce aux yeux D’un oncle qui me hait sous mon nom véritable. Ajoute que j’ai su rendre douce et traitable Madame Evrard, qui, grâce à mon déguisement, Semble sourire à Oharie, en détestant Armand.
Voilà trois mois fort bien employés.
GEORGE
Oui, courage ;
Madame votre épouse achèvera l’ouvrage.