‹ [Œuvres choisies]Chapitre 430 sur 558 · SCÈNE II — M. DUBRIAGE, GEORGE · texte numérisé non relu

SCÈNE II — M. DUBRIAGE, GEORGE

GEORGE, de loin, à part.

Ils sont sortis, entrons.

M. DUBRIAGE, se croyant seul encore.

Oui, j’ai moins de chagrin Quand Charle est avec moi ; nous causons.

GEORGE, toujours de loin et à part.

Bon parrain!

11 parle, et n’a personne, hélas ! qui lui réponde : Approchons. m. dubriage.

C’est toi, George ? Où donc est tout le monde ?

GEORGE

Tout le monde est dehors.

M. DUBRIAGE. r

Madame Evrard aussi ?

Elle aussi : chacun a ses affaires, ici.

Et moi de leur absence, entre nous, je profite,

Pour vous faire, monsieur, ma petite visite :

Je ne vous ai point vu depuis hier au soir.

M. DUBRIAGE.

Moi j’ai, de mon côté, grand plaisir à te voir.

GEORGE

Vous êtes tout pensif.

M. DUBRIAGE.

C’est cette solitude.

GEORGE

Vous devez en avoir contracté l’habitude.

M. DUBRIAGE.

On a peine à s’y faire... et le temps aujourd’hui Est sombre: tout cela me donne un peu d’ennui.

GEORGE

Vous êtes malheureux; jamais je ne m’ennuie :

Qu’il fasse froid ou chaud, du soleil, de la pluie,

Tout cela m’est égal ; je suis toujours content.

M. DUBRIAGE.

Je le vois. george.

Je bénis mon sort à chaque instant.

Car, si je suis joyeux, j’ai bien sujet de l’être : D’abord, j’ai le bonheur de servir un bon maître,

Un cher parrain ; ensuite à l’emploi de portier J’ai, comme de raison, joint un petit métier :

Une loge ne peut occuper seule un homme ;

Et puis, écoutez donc, cela double la somme.

Je fais tout doucement me petite maison,

Et j’amasse en été pour l’arrière-saison.

M. DUBRIAGE.

C’est bien fait. D’être heureux ce George fait envie.

GEORGE

Àjoujez à cela le charme de la vie,

Une femmé : la mienne est un petit trésor ;

Elle a trente ans ; je crois qu’elle embellit encor.

Point d’humeur ; elle est gaie, elle est bonne, elle est

[franche !

Elle aime son cher George!.. Oh! j’ai bien ma revanche! Dame, c’est qu’elle a du soin du père, des enfants !... Aussi, sans nous vanter, les marmots sont charmants. Sans cesse autour de moi, l’on passe, l’on repasse ; C’est un mot, un coup d’œil ; et cela me délasse.

M. DUBRIAGE.

Mais cela te dérange.

Un peu: mais le plaisir !...

II faut bien se donner un moment de loisir :

Cela n’empêche pas que la besogne n’aille ;

Car moi, tout en riant, en causant je travaille.

Mais quand le soir, bien tard, les travaux sont finis, Et qu’autour de la table on est tous réunis (Car la petite bande, à présent, soupe à table),

Si vous saviez, monsieur, quel plaisir délectable !

Je me dis quelquefois : « Je ne suis qu’un portier :

« Mais souvent dans la loge on rit plus qu’au premier. »

M. DUBRIAGE.

Chacun est dans ce monde heureux à sa manière.

GEORGE

Àh ! la nôtre est la vraie, et vous ne l’êtes guère, Heureux ! C’est votre faute aussi ; car, entre nous,

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