ACTE II, SCÈNE II
Pourquoi rester garçon? Il ne tenait qu’à vous,
Dans votre état, avec une grosse fortune,
De trouver une femme, et dix mille pour une.
M. DUBRIAGEi
Que veux-tu ?... J’ai toujours aimé le célibat.
GEORGE
Célibat, dites-vous! C’est donc là votre état?
Triste état, si par là, comme je le soupçonne,
On entend n’aimer rien, ne tenir à personne !
Vive le mariage ! Il faut se marier,
Riche ou non : et tenez, je m’en vais parier
Que si quelqu’un offrait au plus pauvre des hommes
Un hôtel, un carrosse, avec de grosses sommes,
Pour qu’il vécût garçon, il dirait : « Grand merci ;
« Plutôt que d’être riche, et que de l’être ainsi,
« J’aime cent fois mieux vivre, au fond de la campagne, « Pauvre, grattant la terre, auprès d’une compagne, »
M. DUBRIAGE.
Assez.
GEORGE
Ce que j’en dis, c’est par pure amitié ;
C’est que vraiment, monsieur, vous me faites pitié.
M. DUBRIAGE.
Pitié, dis-tu ? george.
Pardon, c’est qu’il est incroyable Que moi, qui près de vous ne suis qu’un pauvre diable, Sois plus heureux pourtant : c’est un chagrin que j’ai.
De ta compassion je te suis obligé :
Mais changeons de sujet. (il se lève.)
GEORGE
Très -volontiers. Encore,
Si, pour charmer, monsieur, l’ennui qui vous dévore, Vous aviez près de vous quelque proche parent !...
M. DUBRIAGE.
Oui ! tu vois mon neveu !
GEORGE
Mais cela me surprend,
Et vraiment je ne puis du tout le reconnaître.
LE VIEUX CELIBATAIRE
M. DUBRIAGE.
A propos, tu l’as vu longtemps?
GEORGE
Je T ai vu naître.
Depuis, pendant dix ans, j’ai vécu près de lui.
M. DUBRIAGE.
Mais dis, George, d’après ce qu’il est aujourd’hui, Il devait donc avoir un bouillant caractère ?
Eh non ! il était doux !
M. DUBRIAGE.
Bon !
GEORGE
A ne vous rien taire,
Moi, je ne saurais croire à ce grand changement : Il faut qu’on l’ait...
M. DUBRIAGE.
Tu dis qu’il était doux ?
GEORGE
Charmant.
Sa mère ne pouvait se passer de sa vue.
Hélas ! son plus grand tort est de l’avoir perdue.
Un oncle lui restait; mais il ne l’a point vu.
Hélas !
M. DUBRIAGE, à part.
Chut 1
GEORGE
Abandonné dès lors, au dépourvu...
M. DUBRIAGE, voyant venir Ambroise.