‹ [Œuvres choisies]Chapitre 435 sur 558 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

AMBROISE

Je voudrais voir cela !

MADAME EVRARD

Ce ton de confiance

Pourrait vous attirer quelques fâcheux éclats ;

Je vous en avertis, ne vous exposez pas.

AMBROISE

Eh î je n’ai pas du tout besoin qu’on m’avertisse :

La maison sauterait plutôt que j’en sortisse.

Un autre soin m’occupe, à ne vous rien celer;

Et je vais cette fois nettement vous parler.

Dès longtemps je vous aime, et vous presse, madame, De recevoir ma main, de devenir ma femme:

C’est trop longtemps aussi me jouer, m amuser.

Il faut m admettre enfin, ou bien me refuser.

MADAME EVRARD

Mais vous pressez les gens d’une manière étrange,

Il le faut avouer.

AMBROISE

Je ne prends plus le change.

Tenez, madame Evrard, je vais au fait d’abord.

Je ne suis point galant : mais vous me plaisez fort.

MADAME EVRARD

Monsieur Ambroise!...

AMBROISE

Eh oui, votre air, votre figure.

Que vous dirai-je enfin? toute votre tournure M’enchante, me ravit. Allez, j’ai de bons yeux:

Vous êtes fraîche, et moi je ne suis pas très-vieux ; Par ma foi, nous serons le mieux du monde ensemble. Et puis notre intérêt l’exige, ce me semble.

Ma fortune est assez ronde, vous le savez.

Je ne m’informe point de ce que vous avez :

Vous ne vous êtes pas sûrement oubliée....

Allons, madame Évrard...

MADAME ÉVRARD

Je crains d’être liée...

AMBROISE

Eh ! plutôt craignez tout, si nous nous divisons ;

LE VIEUX CÉLIBATAIRE

Oui : je n’ai pas besoin d’en dire les raisons.

L’un de l’autre,, entre nous, nous savons des nouvelles, Et tous deux nous pourrions en raconter de belles ;

Au lieu qu’à l’avenir, si nous ne faisons qu’un,

Nous ne craindrons plus rien de l’ennemi commun... A propos, j’oubliais de vous dire, madame.

Que j’ai trouvé, je crois, cette seconde femme...

MADAME EVRARD

Vous revenez toujours sur ce chapitre-là.

Je ne suis point d’accord, avec vous, sur cela.

Vous n’avez pas besoin de quelqu’un qui vous aide ?

MADAME EVRARD

Moi ! point du tout, ambroise.

Si fait, et puis qui vous succède?...

MADAME EVRARD

Qui?... AMBROISE.

Voulons-nous servir jusques à nos vieux jours? Notre service est doux ; mais nous servons toujours.

MADAME EVRARD

Vous voyez mal, Ambroise : il vaudrait mieux peut-être Attendre... enfin fermer les yeux de notre maître.

AMBROISE

Mais cela peut durer encore très-longtemps.

Monsieur n’a, voyez-vous, que soixante-cinq ans ;

Il est temps, croyez-moi, de faire une retraite:

Et pour la faire sûre, honorable et discrète,

Il faut laisser ici des gens honnêtes, doux,

Par nous-mêmes choisis, qui dépendent de nous,

Qui soient à nous, de nous qui lui parlent sans cesse.

MADAME EVRARD

S’ils allaient de monsieur captiver la tendresse...

Enfin nous verrons.

AMBROISE

Bon ! vous remettez toujours.

Eh ! moins d’impatience.

AMBROISE

Et vous, moins de détours;

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