ACTE IV, SCÈNE V
M. DUBRIÀGE.
Non..., mais c’est que vraiment elle est intéressante;
Elle a... MADAME EVRARD.
De la douceur peut-être, j’en convien...
Mais rappelons, monsieur, cet aimable entretien,
Ces mots charmants qu’allait exprimer votre bouche..
M. DUBRIAGE.
Ce n’est pas seulement sa douceur qui me touche; C’est qu'elle a de la grâce, un choix de termes purs, Surtout de la sagesse et des principes sûrs.
MADAME EVRARD
Oui, je le crois... Tantôt, ou je me suis^rompée,
Ou d’un grand mouvement votre âme était frappée.
M. DUBRIAGE.
Cette fille a vraiment un mérite accompli.
MADAME EVRARD
Vous ne parlez que d’elle, et semblez tout rempli... Un moment vous a-t-il fait perdre-! a mémoire Des discours de tantôt?...
M. DUBRIAGE.
Non : pourriez-vous le croire?...
Je vous suis attaché... Mais quoi ! les mots touchants De cette enfaut...
Encor 1 c’est se moquer des gens.
M. DUBRIAGE.
Vous avez de l’humeur.
MADAME EVRARD
Oui, je m’impatiente
De voir que vous parlez toujours d’une servante.
M. DUBRIAGE.
C’est qu’elle est au-dessus vraiment de son état ;
Elle a je ne sais quoi de doux, de délicat...
MADAME EVRARD
Oh, c’en est trop ! S’il faut dire ce que j’en pense, Cette fille me blesse et me déplaît d’avance.
M. DUBRIAGE.
Eh pourquoi?
LE VIEUX CÉLIBATAIRE
MADAME EVRARD
Je ne sais... mais elle me déplaît :
Je vous dis nettement la chose comme elle est.
Elle n’est bonne à rien, d’ailleurs, à rien qui vaille ; Et je crois qu'il vaut mieux d’abord qu’elle s’en aille.
Qu’elle s’en aille ! Qui, Laure?
MADAME EVRARD
Oui.
M. DUBRIAGE.
Vous plaisantez!
MADAME EVRARD
Moi! point du tout.
M. DUBRIAGE.
Gomment !...
MADAME EVRARD
Ainsi vous hésitez,
Et vous me préférez la première venue,
Qu’à peine, en ce moment, vous connaissez de vue!
M. DUBRIAGE.
Non. Mais quoi! je ne puis chasser ainsi...
madame évrard. Fort bien!
C/est votre dernier mot?... Et moi, voici le mien :
Il faut que sur-le-champ l’une de nous deux sorte.
M. DUBRIAGE.
Eh quoi ! pouvez -vous bien me parler de la sorte?
Vous-même entre nous deux pouvez-vous balancer?
M DUBRIAGE.
Mais je puis vous chérir, et ne point la chasser.
MADAME ÉVRARD
Non, monsieur : chassez Laure, ou bien...
M. DUBRIAGE.
Quelle rudesse !
MADAME ÉVRARD
Qu’elle sorte, ou je sors.
M. DUBRIAGE, en colère.
Vous êtes la maîtresse ;
Mais elle restera.