‹ [Œuvres choisies]Chapitre 488 sur 558 · SCÈNE III — MADAME ÉVRARD, CIIÂRLE · texte numérisé non relu

SCÈNE III — MADAME ÉVRARD, CIIÂRLE

Ah! Gharle, ah ! mon ami, savez - vous la nouvelle,

La découverte affreuse?...

GHARLE.

Affreuse? Eh! quelle est-elle,

Madame ?

MADAME ÉVRARD

Cette Laure est femme du neveu.

CHAR LE

Comment?

MADAME ÉVRARD

Eh oui ! l’on vient de m’en faire l’aveu

A l’instant.

CHARLE

Bon ! Qui donc a pu ?

MADAME ÉVRARD

Monsieur lui-même

Et ce n’a pas été sans une peine extrême.

Je l’ai vu tout à coup distrait, embarrassé ;

Car j’ai le coup d’œil sûr; et je l’ai tant pressé (A cet âge on n’a pas la force de se taire),

Qu’enfin j’ai pénétré cet horrible mystère.

GH A RLE.

C'est la nièce !

MADAME EVRARD

Ah 1 l’instinct ne saurait nous trahir!

Vous voyez si j’avais sujet de la haïr!

Quand je touche au moment d’être ici la maîtresse. Quand je vais épouser, il faut qu’elle paraisse!

Car j’aurai fait en vain jouer mille ressorts :

Si Laure reste ici, mon ami, moi j’en sors.

GHARLE.

Eh mais !...

MADAME EVRARD

Vous-même aussi; nous sortons l’un et l’autre;

GHARLE.

Vous croyez?

MADAME EVRARD

Oui, ma chute entraînera la vôtre;

La protectrice à bas, adieu le protégé.

Je voudrais bien pourtant n’avoir pas mon congé,

MADAME EVRARD

Il n’en est qu’un moyen : arrangeons-nous de sorte, Qu’au lieu cle nous, mon cher, ce soit elle qui sorte

GHARLE.

Elle qui sorte ?

MADAME EVRARD

Eh oui !

CHARLE

Mais vous n’y pensez pas.

MADAME EVRARD

C’est Tunique moyen de sortir d'embarras.

Il faudra soutenir qu’elle n’est pas la nièce,

Et même le prouver.

CHARLE

Ah Dieu ! quelle hardiesse !...

Mais quels sont pour cela vos moyens ?

MADAME EVRARD

Tout est prêt.

Page 1