ACTE I, SCÈNE I
Pauvre disgracié ! va dans la garde-robo Rejoindre de ce pas la soutane et la robe.
Que d’états ! je m’en vais les compter par mes doigts D’abord...
FLORIM OND.
Oh! tu feras ce compte une autre fois, c R i s P I N.
Boit. Sommes-nous ici pour longtemps?
FLORIMOND
Pour la vie.
CRIS P I N
Quoi ! Brest?. ..
FLORIMOND
D’y retourner, va, je n’ai nulle envie.
CRISPIN
Et votre mariage ?
FLORIM OND.
Eh bien ! il reste là.
CRISPIN
Mais Léonor?
FLORIMOND
Ma foi, l’épouse qui voudra.
CRISPIN
J’ignore, en vérité, si je dors, si je veiile ;
Vous la quittez, monsieur, le contrat fait, la veille?
FLORIMOND
Fallait-il, par hasard, attendre au lendemain?
La!... sérieusement, vous refusez sa main?
FLORIMOND
Pour le persuader, il faudra que je jure!
CRISPIN
Àh ! pouvez-vous lui faire une pareille injure?
Car que lui manque-t-il? Elle est jeune, d’abord,
FLORIMOND
Trop jeune.
CRISPIN
Bon, monsieur!
L’IN CONSTANT
FLORIMOND
C’est une enfant,
CRI SPIN
D’accord,
Mais une aimable enfant : elle est belle, bien faite...
FLORIMOND
Je sais fort bien qu’elle est d’une beauté parfaite; Mais cette beauté-là n’est point ce qu’il me faut; J’aime sur un visage à voir quelque défaut.
C’est différent. J’aimais cette humeur enjouée Qui ne la quittait pas de toute la journée.
FLORIM QND.
Je veux qu’on boude aussi parfois.
CRISPIN
Sans contredit.
FLORIMOND
Trop de gaîté, vois-tu, me lasse et m’étourdit :
Qui rit à tout propos, ne peut que me déplaire.
CRISPIN
Sans doute, Léonor n’était point votre affaire.
Une enfant de seize ans, riche, ayant mille attraits, Qui n’a pas un défaut, qui ne boude jamais !
Bon ! vous en seriez las au bout d’une semaine.
Mais que dira de vous monsieur le capitaine?
FLORIMOND
Qu’il en dise, parbleu, tout ce qu’il lui plaira :
Mais pour gendre jamais Kerbanton ne m’aura.
Qui? moi? bon Dieu! j’aurais le courage de vivre Auprès d’un vieux marin, qui chaque jour s’enivre. Qui fume à chaque instant et, tous les soirs d’hiver, Voudrait m’entretenir de ses combats de mer!... Laissons là pour jamais et le père et la fille.
CRISPIN
Parlons donc de Justine. Est-elle assez gentille?
Des défauts, elle en a ; mais elle a mille appas :
Elle est gaie et folâtre, et je ne m’en plains pas :
Voilà ce qu’il me faut, à moi qui ne ris guère.
Enfin, elle n’apoint de vieux marin pour père.