ACTE III, SÇÊNE IV
EUSÉBIE
C’est ici qu’ils l’ont placé, sans doute; Hélas ! ce bon jeune homme! il est las de sa route : On le fatigue encor; voyez!
RAIMOND, à part.
Quelle bonté!
Si j’étais sûre, moi, qu’il fût de ce côté,
Je saurais l’avertir que c’est un stratagème.
RAIMOND, à part.
Charmante !
EUSÉBIE
Mais, peut-être, on m’observe moi-même.
Essayons : je pourrais, sans affectation,
Parler, comme en chantaut.
RAIMOND
Aimable attention!
Chut.
EUSEBIE, chante sur un air bien simple.
Cet étranger, simple et crédule, Je voudrais l’avertir tout bas, Et lui sauver un ridicule Que son cœur ne mérite pas.
Jeune homme ici tout est tranquille, Et point de voleurs entre nous :
Quittez donc ce poste inutile,
Bon voyageur, reposez-vous.
RAIMOND
Qu’à ce trait de bonté j’aime à vous reconnaître!
Vous êtes là, dehors !
RAIMOND
Oui, sous votre fenêtre,
Je suis loin de me plaindre; et trop heureux ici... Mais vous-même, si tard, vous veillez donc aussi!
EUSÉBIE
Je n’aurais pu dormir : je souffrais; je l’avoue...
RAIMOND
Eh! de quoi?
MALICE POUR MALICE
MALICE POUR MALICE
EUSÉBIE
Mais des tours, monsieur, que l’on vous joue. Ne le voyez-vous pas?
RAIMOND
Eh! oui, j’entrevois bien Que l’on s’égaie ici; mais bon ! cela n’est rien;
Et quand vous me plaignez, je ris de leur malice.
EUSÉBIE
Je vous plains, et je fus un instant leur complice.
Vous, leur complice? vous? non je ne le crois pas.
EUSÉBIE
Rien n’est plus vrai, pourtant. Je le dirai tous bas : Je ne suis point Elise.
RAIMOND
Hé bien?
De madame Dolban.
EUSÉBIE
Et point la fille
RAIMOND
Qu’importe la famille?
Ah! je m’estimerais le plus heureux mortel,
Si je pouvais me croire aimé de vous...
EUSÉBIE
Ah! ciel!
Puis-je?
RAIMOND
Dites un mot, ô charmante Eusébie.
Et Raimond vous consacre et son cœur et sa vie.
Non, monsieur, non...
RAIMOND
J’appelle encor de ce refus.
Votre cœur est-il libre? Hé bien ?
EUSÉBIE, en soupirant.
Il ne l’est plus
Depuis bien peu d’instants...
(On entend du bruit.)