‹ [Œuvres choisies]Chapitre 99 sur 558 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Quand votre oncle pour vous vint demanaer ma main? Répondez...

FLORIMOND

A cela je répondrai, madame,

, Que mon oncle ignorait cette subite flamme.

ÉLIANTE

Allons, fort bien. Mais vous, monsieur, vous le saviez, Quand ici même, ici, vous sûtes à mes pieds Prodiguer les serments d’une amour éternelle.

FLORIMOND

Moi, madame? depuis ma passion nouvelle,

Je ne vous ai pas dit un mot de mon amour.

ÉLIANTE

J’admire un tel sang-froid. Quoi ! monsieur, en ce jour, Plus tendre que jamais, plein d’une ardeur extrême, Vous n’ètes pas venu me dire Je vous aime ?

FLORIMOND

Sans doute, je le dis, madame, j’en conviens,

Et quand je le disais, mon cœur le sentait bien.

ÉLIANTE, à part.

O ciel! à sa franchise aurais-je fait injure?

Haut.

Expliquons-nous ici, monsieur, je vous conjure. M’aurait-on abusée en voulant m’informer Des nœuds que votre main était près de former?

Non, madame.

ÉLIANTE

C’est donc vous qui m’avez trompée ?

FLORIMOND

Non, madame.

ÉLIANTE

A présent, me voilà retombée Dans mon incertitude et mes premiers combats.

Eh quoi ! monsieur, tantôt vous ne me trompiez pas ?

FLORIMOND

Non; je suis infidèle, et ne suis point un traître.

ÉLIANTE

Point traître, dites-vous ? Et n’est-ce donc pas l’être,

L’INCONSTANT

Que de venir ici m’engager votre foi,

Quand vous êtes, è Brest, près d’épouser...

FLORIMOND

Qui? moi?

Je n’épouse personne à Brest, je vous le jure.

Monsieur, c’est trop longtemps soutenir l’imposture. Il n’est pas vrai qu’à Brest vous êtes sur le point D’épouser Léonor?. ..

FLORIMOND

Je ne l’épouse point.

ÉLIANTE

C’en est trop.

FLORIMOND

Jusqu’au bout, écoutez-moi, de grâce;

Il s’en est peu fallu que je ne l’épousasse. Pardonnez... envers vous je ressens tous mes torts; Mais enfin, revenu de mes premiers transports,

J’ai couru jusqu’ici pour fuir ce mariage.

Je vous ai fait tantôt honneur de ce voyage,

Et je n’ai qu’en cela blessé la vérité :

Encore pour le faire il m’en a bien coûté.

Mais tout le reste est vrai; mon ardeur se réveille, Dès qu’ici votre nom vient frapper mon oreille;

Et c’est de bonne foi, madame, qu'en ce jour Je jurais à vos pieds un éternel amour.

ÉLIANTE

(A part.)

Ah! je respire... Et moi, trop prompte, je l’accable !...

Ainsi de fausseté vous n’étiez point coupable?

FLORIMOND

Madame, sans cela je le suis bien assez.

ÉLIANTE

Ne parlons plus de torts; ils sont tous effacés.

FLORIMOND

Tantôt à ce pardon j’aurais osé prétendre, Mais...

Page 1