Livre premier
[Après une noble et émouvante dédicace à son protecteur le comte de Lemos, signée le 19 avril 1616, soit quatre jours avant sa propre mort, et dans laquelle il paraphrase le début d'un vieux « romance » :
Un pied déjà dans l'étrier, Avec l'angoisse de la mort, Grand seigneur je t'écris celle-ci....
Cervantes imagine, en un court prologue, une conversation avec un étudiant fort admirateur de ses œuvres, et auquel il révèle sa misère physique et les certitudes d'une mort prochaine. Mais rien ne nous prépare, comme pour Don Quichotte, à l'atmosphère du nouveau roman.
Celui-ci, qui, d'après l'auteur lui-même en son prologue aux Nouvelles Exemplaires^ « ose rivaliser avec Héliodore », l'écrivain de Théagène et Chariclée, est, en effet, le récit des amours de Périandre et Auristèle, noms sous lesquels se cachent les illustres Persiles, fils de la reine dislande, et Sigismonde, fille de la reine de Frislande.
Sigismonde fut envoyée par sa mère à la cour de la reine d'Islande pour y être fiancée avec le prince héritier Maximin. Ce dernier est absent de l'île, et son frère cadet, Persiles, devient amoureux de la belle étrangère. Son amour, qu'il n*ose révéler, le consume, Tépuise, et enfin l'achèverait si sa mère, prise de pitié, ne consentait à changer ses projets de mariage
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et à autoriser le sentiment de son second fils. Sigismonde accepte volontiers cet autre fiancé, et les deux jeunes gens décident, avant que Maximin ne revienne, de quitter l'Islande sous prétexte d^un vœu à accomplir à Rome, où ils étudieront la religion catholique par trop méconnue dans les contrées septentrionales. Le roman tout entier est la relation de ce voyage agrémenté des plus bizarres aventures.
Au début du premier livre, nous sommes avec Persiles sous le nom de Périandre dans une île barbare où Pon sacrifie tous les jeunes hommes qui y abordent afin d'en faire goûter le cœur réduit en poudre à ceux des notables de l'île susceptibles de devenir, d'après la prophétie d'un sorcier, les conquérants
u monde, lesquels se révéleront en absorbant la poudre avec impassibilité. Les barbares achètent ou enlèvent également toutes les jeunes filles qu'ils trouvent et qu'ils réservent à celui d'entre eux qui accomplira la prophétie.
Périandre, fait prisonnier par les barbares, va donc être sacrifié, mais il est sauvé par une tempête marine et recueilli par le navire du prince Arnaud, héritier du royaume de Danemarck, qui cherche lui-même Auristèle à lui vendue par des pirates et enlevée par les barbares.
Périandre, apprenant qu'Auristèle, qu'il donnera désormais pour sa sœur, est captive des barbares, obtient d'Arnaud de retourner dans l'île, déguisé en femme, afin de tenter de découvrir Auristèle. Celle-ci lui apparaît, en eiTet, habillée en homme, et conduite au sacrifice prescrit par le sorcier. Une querelle surgit entre les barbares, et l'incendie de Tîle la sauve, elle aussi, de la mort. L'un des barbares, d'origine espagnole, nommé Antonio, recueille Auristèle et Périandre dans une caverne, puis s'embarque avec eux, emmenant en outre sa femme. Riela, sa fille. Constance, et son fils Antonio. Ils vont ainsi dans l'intention d'atteindre Rome en passant par l'Angleterre et la France. Mais, d'abord ils voguent sur la mer, touchant à des îles diverses. A l'une d'elles atterrit Arnaud qui se joint aux voyageurs et les prend dans son navire.
Un soir, deux soldats percent les flancs du vaisseau afin de s'emparer d'Auristèle à la faveur du naufrage. Le vaisseau coule, les passagers se réfugient dans des barques, et ainsi Périandre et Auristèle se trouvent séparés.
La barque d'Auristèle aborde à une île de glace. Auristèle et ses compagnons en sont délivrés par un capitaine de corsaires dont ils partagent l'existence aventureuse pendant près de trois mois. Un jour, ce ^pitainç jeur racpnte sou histoire.]