‹ Œuvres choisiesChapitre 110 sur 138 · Livre quatrième · texte numérisé non relu

Livre quatrième

[Les amants arrivent aux environs de Rome et, dans un bois, rencontrent le duc de Nemours et le prince Arnaud blessés en duel. Le portrait d'Auristèle vu par le prince entre les mains du duc avait été la cause de la sanglante querelle.

On relève les deux blessés, qui, bien soignés, sont, au bout de huit jours, en état de gagner Rome. L'entrée des voyageurs dans la Ville Éternelle excite la curiosité, et la vue des trois belles dames françaises, et d'Auristèle, plus belle encore, ravit le peuple romain.

Cependant Auristèle et Périandre emploient le temps qu'ils passent en la ville des pontifes à mieux connaître la religion catholique, à éclaircir ce qu'en leur pays du Nord, ils ne savaient qu'obscurément. Les leçons qu'ils prennent réjouissent leurs âmes, qu'elles sortent d'elles-mêmes et élèvent jusqu'aux cieux.

Les autres pèlerins visitent la ville. Les dames françaises parcourent les temples somptueux. Quant au duc de Nemours et au prince Arnaud, ils ont découvert dans la rue Bancos^ à une devanture, le portrait en pied d'Auristèle. Ils se disputent la gloire de l'acquérir, et le gouverneur de Rome, qui passe à cet instant, les met d'accord, en faisant saisir le portrait et arrêter les deux pèlerins. Périandre, qui s'est entendu avec le peintre et lui a acheté son œuvre, va la réclamer au gouverneur et finit par lui en faire don « car il fallait bien que le gouverneur eût quelque profit de l'aiTaire ». Le prince et le duc sont alors relâchés.

Mais une triste aventure vient encore affliger les amants fidèles. Une fameuse courtisane, Hippolyte la Ferraraise, ayant aperçu Périandre, en est devenue amoureuse, et se voyant

repoussée par le jeune homme, décide de se venger. Un poison que lui délivre la femme du juif Zabulón défigure horriblement Auristèle et la conduit aux portes de la Mort.

La courtisane elle-même, en contemplant son œuvre et la douleur infinie de Périandre, regrette sa jalousie criminelle, et, connaissant enfin le remords, court chez l'aiTreuse juive demander un contre-poison. Le remède est appliqué; Auristèle revient à la vie, et « le soleil de sa beauté donne des signes précurseurs de son nouveau lever dans le ciel du visage » de la jeune femme. Les ombres de sa mélancolie s'enfuient, les roses de ses joues refleurissent, le carmin de ses lèvres reparaît, les perles de ses dents renaissent aussi blanches, et le doux organe de sa voix s'affirme. En peu de temps, elle redevient belle comme par le passé. Mais, instruite par l'expérience, elle voudrait renoncer à tout amour et se consacrer à Dieu. Elle le déclare ainsi, un jour, à son cher Périandre.]

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