‹ Œuvres choisiesChapitre 16 sur 138 · Livre Premier · texte numérisé non relu

Livre Premier

[Le berger Elicio, sur les rives du Tage, se plaint de Tamour incertain qui le consume sans trêve pour la nonpareille Galathée, qui, bergère capricieuse, semble tantôt dédaigner et tantôt favoriser Tardeur du jeune Elicio. Un jour que celui-ci, dans un pré délicieux, mêle au son d'un rebec Tharmonie poétique de son chant de désespérance, vient vers lui son rival Erastre, un rustre gardien de troupeaux, qui brûle aussi pour Galathée, mais sans être mieux exaucé. Aussi bien, les deux émules, demeurés fort bons amis, conversent agréablement, et, s'asseyant ensemble surTherbe menue, confessent leur passion commune en un duo bucolique.

Mais ils voient que de la montagne sort en courant un berger qu'un autre poursuit, puis rattrape, et d^un terrible poignard assassine devant leurs yeux. L'agresseur disparaît si vite que nos bergers, surpris, ne peuvent l'arrêter, mais recueillent du mourant l'aveu d'avoir mérité le châtiment qui le frappe. Ils ensevelissent son corps et retournent, attristés, vers leurs troupeaux paisibles.

Or, la nuit venue, Elicio quitte sa cabane; et, passant près d'un fourré, à ses oreilles résonne une voix qui se lamente et qui bientôt exhale un chant mélodieux. Cette voix est celle du

pâtre homicide, ainsi qu'Elicio le devine. L'amant de Galathée s'approche; il apaise Tàme farouche de Lisondre — tel est son nom — qui raconte enfin l'origine de son acte justicier. Il naquit de nobles parents, et de non moins nobles naquit Léonide qu'il aimait. Par Sylvie, amie de Léonide, il se fait entendre d'elle et la demande en mariage. Grisalvo, frère de Léonide et amoureux de Sylvie, a un ami : Carino. L'on demande à celui-ci de conduire, dans la nuit, Léonide au hameau voisin où doit l'attendre Lisandre. Le traître Carino qui garde la rancune d'un orgueil que Crisalvo et le frère de Lisandre autrefois avaient blessé, médite une horrible vengeance. Il accède à ce qu'on propose, mais confie secrètement Léonide à certain Libée — qu'il hait en le dissimulant — et fait savoir à Crisalvo que Sylvie aime Lisandre et qu'ils doivent tous les deux s'épouser cette nuit même. Fou de colère et de désespoir l'amant outragé s'élance, avec quatre de ses parents, vers le lieu du rendez-vous, et, dans l'obscurité nocturne, poignarde sa propre sœur, croyant immoler son amante, tandis que ses acolytes en finissent avec Libée que tous ont pris pour Lisandre.

Celui-ci, dans l'inquiétude, part lui-même à la recherche du couple qu'il attendait, et découvre, agonisante, son adorée Léonide. Que l'on juge de sa douleur! Et qu'on excuse la vengeance qu'il prit du cruel Crisalvo et du traître Carino, la seule complète ; leur mort!

Ému, Elicio invite, dans sa cabane, Lisandre, a,rui de se reposer pour ce qui reste de la nuit.]

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