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La Sicile, ainsi nommée de ses trois promontoires

cueillit quelques rameaux qu'il disposa en guirlande funéraire pour couronner son blanc et vénérable front. Puis il fit signe aux autres de l'imiter. Lesquels, en un moment, se furent couronnés des mêmes sombres ramures et, guidés par Telesio, arrivèrent au sépulcre où le prêtre s'inclina et baisa la dure pierre. Tout le monde en fit de même, et quelques-uns attendris par le souvenir de Meliso, laissaient arrosé de leurs pleurs le marbre blanc qu'ils baisaient.

Telesio, ensuite, ordonna d'allumer le feu sacré, et sur-le-champ, à l'entour de la sépulture, on dressa maint petit foyer où brûlaient seulement des branches de cyprès. Et le vénérable prêtre commença, d'un pas lent et grave, à faire le tour du bûcher, répandant en l'ardente flamme le saint encens parfumé, et disant chaque fois une courte prière pour l'âme de Méliso. A la fin de chaque oraison, il élevait sa voix tremblante, et les assistants répondaient, d'un triste et pieux accent, par trois fois : amen, amen. Et de ce lamentable son, résonnaient les proches collines, et les profondes vallées. Et les ramures des hauts cyprès, ainsi que de tous les arbres dont le val était rempli, au souffle d'un doux zéphyr, faisaient ensemble un sourd et attristant murmure, comme pour contribuer à la mélancolie du funèbre sacrifice.

[Telesio prononce l*éloge funèbre de Meliso. Puis les bergers improvisent un concert élégiaque auquel se mêle le chant des chardonnerets, des calandres et des rossignols. Mais la nuit tombe, s'étend par toute la vallée sacrée. Les étoiles errantes apparaissent et la lune au clair visage. Or, un vent s'élève, obscurcit la voûte sereine, éteint l'or du firmament. A cet instant jaillit de la tombe de Meliso une merveilleuse flamme. Dans la transparente clarté surgit la muse Galliope, la plus puissante des neuf sœurs, la déesse de la poésie. Elle chante la gloire des génies espagnols, puis disparaît entre les flammes. L'assistance se ressaisit, et sous le charme encore de la révélation, salue l'Aurore qui découvre ses roses dans le ciel vaste, annonçant l'allégresse du jour prochain. On décide de cheminer vers la fontaine des Palmes où Ton passera la sieste. Après le repas champêtre, la compagnie, oublieuse de ses récentes tris-

tesses, joue aux énigmes, aux charades, lorsque soudain des cris l'appellent au bord du Tage où elle voit deux bergère» luttant pour empêcher un pâtre de se noyer. On reconnaît Galercio avec Maurise et Théolinde, en même temps que Gélasie riant du haut d'un rocher. On sauve Galercio, mais Ton voit, d'autre part, Gélasie s'enfuyant devant Lenio qui Taime. Cependant que Théolinde raconte comme Léonarde traîtreusement s'est mariée avec le bel Artidore. Tircis trouve sur Galercio des vers à l'adresse de l'insensible Gélasie. Il va les montrer à Elicio, mais celui-ci s'est évanoui, apprenant qu'avant trois jours Galathée doit épouser le riche fermier portugais. Tircis le ranime et lui oiTre de lui prêter son appui. Au reste, le soir, Elicio reçoit un billet de Galathée le suppliant de la sauver. Elicio, transporté, lui répond et s'unit à tous ses amis pour essayer une démarche auprès du vieil Aurelio, disposé même à employer la force si le père s'entête à contrarier sa fille. La suite de l'histoire est promise dans une seconde partie.]

LES NOUVELLES EXEÍVIPLAIRES

{NOVELAS EJEMPLARES)

[Nous suivons, pour Tanalyse et les extraits des Nouvelles Exemplaires^ Tordre même que donne la première édition de Juan de la Cuesta, à Madrid, en 1613. Nous ne joindrons donc pas à la liste La Fausse Tante, découverte en 1788, quoique cette œuvre soit empreinte d'assez de talent pour que Ton n'ose l'attribuer à personne autre qu'à Cervantes i.

Après une dédicace au comte de Lemos, et un prologue célèbre par le portrait que Cervantes fait de soi-même, diaprés le tableau de Juan de Jauregui, et que l'on trouvera dans notre Introduction, viennent les poésies de circonstance adressées à l'auteur par divers ingenios. Puis ce sont les douze Nouvelles.

Nous nous sommes servi des éditions critiques de MM. Rodriguez Marin, N.-A. Cortés, et Amezúa y Mayo.]

La Petite Gitane

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