‹ Œuvres choisiesChapitre 91 sur 138 · Lésine, avarice sordide · texte numérisé non relu

Lésine, avarice sordide

rats que les armes, cependant ceux des armes ont ail prix de ceux des lettres je ne sais quelle qualité unie à je ne sais quelle splendeur intérieure, qui fait qu'ils les surpassent tous. Et ce que je veux vous dire mainte^ nant, gardez-le dans votre mémoire, car cela vous profitera et vous soulagera dans vos travaux : et c'est que vous éloigniez de vous l'imagination des événements à venir qui pourraient vous être contraires; car le pire de tous est la mort, et si celle-ci est bonne, le meilleur de tous c'est de mourir. On demanda à Jules César, ce valeureux empereur romain, quelle était la meilleure mort. Il répondit : l'impensée, la soudaine, l'imprévue ^ Et quoiqu'il répondît en païen, étranger à la connaissance du vrai Dieu, cependant il dit bien, pour s'épargner le regret humain. Car en admettant qu'on vous tue dès la première action et bataille, ou d'une charge d'artillerie, ou d'une saute de mine, qu'importe?

« Le tout est de mourir, et l'œuvre est terminée. Comme le dit Térence 2, le soldat a meilleure apparence, mort dans la bataille que vivant et sauf dans la fuite; et le soldat acquiert de la renommée dans la mesure de son obéissance envers ses capitaines et envers ceux qui peuvent lui commander. Et notez, mon fils, qu'il convient mieux au soldat de sentir la poudre que la civette, et que si la vieillesse vous prend en cet exercice plein de dignité, fussiez-vous couvert de blessures, estropié ou boiteux, du moins ne pourra-t-elle vous saisir sans honneur, et tel, que votre pauvreté ne saurait le diminuer 3; d'autant plus que maintenant l'on organise l'assistance et le secours aux soldats vieux et estropiés *, parce qu'il n'est pas bien que l'on agisse envers eux comme font ceux qui émancipent et donnent liberté à

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