‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 1 sur 58 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

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la faiiiM'l ;i riii(ii,t;(;iic<; , laiidis (|ii'il ic|i,iiiilr()il a pleines mains, snr imi petit nombre (riienicnx. la r()S(''e i\n ciel el la i,M'aisse de la loiTC, s'il iTaAoit prétendu (pie, l'alxjndance di's uns suppléât à la nécessité des anli'(,'s?

(Jiii rignore, ({ue tous les biens appartenoient originairement à tous les lionnnes en commun ; que la simple natiu'e ne citnnoissoit ni de pro[)riété ni de pai'tage , et qu'elle laissoit d'abord chacun de nous en possession de tout l'univers: mais que pour mettre des bornes à la cupidité, et éviter les dissensions et les troubles, le commun consentement des peuples établit ([U(! les plus sages, les plus miséricordieux, les plus intègres, seroient aussi les plus opulents; qu'outre la portion du bien que la nature leur destinoit, ils se cliargeroient encore de celle des plus foibles, pour en être les dépositaires, et les défendre contre les usurpations et les violences; de sorte qu'ils furent établis par la nature môme comme les tuteurs des malheureux, et que ce qu'ils eurent de trop ne fut plus que l'héritage de leurs frères, confié à leurs soins et à leur équité?

Qui l'ignore enfin, que les liens de la religion ont encore resserré ces premiers nœuds que la nature avoit formés parmi les hommes; que la grâce de Jésus-Christ, qui enfanta les premiers fidèles, non-seulement n'en fit qu'un cœur et qu'une came, mais encore qu'une famille, d'où toute propriété fut bannie; et que l'Évangile, nous faisant une loi d'aimer nos frères comme nous-mêmes, ne nous permet plus, ou d'ignorer leurs besoins, ou d'être insensibles à leurs peines '/

Mais il en est du devoir de l'aumône comme de tous les autres devoirs de la loi : en général , en idée, on n'ose en contredire l'obligation; la circonstance de l'accomplir

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('sl-t'IIc arrivée? nu ne iii;iii(|ii(' jiiiiiais de pi-rtcxlc, ou poiii" s'en (lispciiscr huit ;i l'ail, (m [)()ur iio s'en ac(|iiiU('r (|ii'à (Ifiiii. Or, il semble (|ii(' ri";s[)i-it de Dieu a voulu uous niaii|ut'i' lous ces pri'IcMcs dans les réponses (pic joui les disciples à Jésus-dhrist , pour s'excuseï' de sccoiu'ir celle inidlilude allaniée (pii l'avoil sui\i au d('scrt.

Ku premier lieu, ils le l'oul souxciiir (|u'à [)eiiie outils de (pioi loiunir à leurs propres besoins, et qu'il ne letu" resle (pie ciiKi pains d'orij;*' (;t deu\ })oissoiis : h'.si piur /nuis hic. (///i liubcl qiiinqnc pdiies hordearcos et d/(i)s pisci's (JoAN., \i, 9). Et voilcà le premier prétexte (pie la cupidité op[)os(! au devoir de la miséricorde. A peine a-t-on le nécessaire; on a un nom et un raiifj; à souleiiir dans le monde, des enfants à établii', des créanciei's à satisfaire, des fonds à dégager, des charges publiques à supporter, mille frais de pure bienséance auxquels il faut fournir : or, qu'est-ce qu'un revenu ({ui n'est pas inlini, pour des dépenses de tant de sortes? Scd Ikcc (/nid inlcr tantos? (Ibid.) Ainsi parle tous les jours le monde, et le monde le plus brillant et le plus somptueux.

Or, mes frères, je sais que les boi'nes du nécessaire ne sont pas les mêmes pour tous les états ; qu'elles augmentent cà proportion du rang et de la naissance; qu'une étoile, comme parle l'Apôtre, doit dilï'érer en clarté d'une autre étoile; que même, dès les siècles apostoliques, on Yoyoit dans l'assemblée des fidèles des honnnes revêtus d'une robe de distinction , et portant au doigt un anneau d'or, tandis que les autres, d'une condition plus obscure, se contentoient de simples vêtements pour couvrir leur nudité ; qu'ainsi la religion ne confond pas les états ; et ({ue si elle défend à ceux qui habitent les palais des rois la mollesse des m(rurs et le faste indécent des vêtements,

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elle ne leur oidoniic pas aussi la ])aii\n'lé et la simplicité de ceux (jui Nivcul au fond des cliauips, et de la plus obscure populace : j(; le sais.

Mais, mes frères, c'est une vérité incontestahl»' (pic ce qu'il y «i de supcrilu dans vos biens ne vous a|)paiiienl pas ; que c'est la portion des pauvres ; et que vous ne devez compter à vous' de vos revenus que ce qui est nécessaire pour soutenir l'état où la Providence vous a fait naître. Je vous demande donc, est-ce l'Évangile ou la cupidité, qui doit régler ce nécessaire? Oseriez-vous prétendre que toutes les vanités dont l'usage vous fait une loi vous fussent comptées devant Dieu comme des dé- })enses inséparal)les de votre condition? prétendre que tout ce qui vous llatte, vous accommode, nourrit votre orgueil , satisfait vos caprices , corrompt votre cœur, vous soit pour cela nécessaire? prétendre que tout ce que vous sacrifiez à la fortune d'im enfant })Our l'élever plus haut que ses ancêtres; tout ce que vous risquez à un jeu excessif; que ce luxe , ou ({ui ne convient pas à votre naissance , ou qui en est un abus , soient des droits incontestables qui doivent être pris sur vos biens avant ceux de la charité? prétendi'e enfin que, parce qu'un père obscur et échappé de la foule vous aura laissé héritiei" de ses trésors, et peut-être aussi de ses injustices, il vous sera permis d'oublier votre peuple et la maison de votre père, vous mettre à côté des plus gi'ands noms, et soutenir le même éclat, parce que vous pouvez fournir à la même dépense ?

Si cela est ainsi, mes frères, si vous ne comptez pour superflu que ce qui peut échapper à vos plaisirs, à vos

1. Expression assez particulière pour dire regarder 'omine étant à vous, comme vous appartenant.

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pioliisions , à vos capiiccs , \(»iis navc/ donc (fiiù rire \(ilii|)lii('ii\ , ciipiiciriiv , dissolu, prodii^iic , pour ('-Ire dispensé ilii d('\()ir (le raiimiuit'. IMiis nous auic/ de passions à satisfaire, plus rohli^alioii d'èlre cliarilable diniiiiiiera ; et \os excès, (pie le Seigneur \oiis ordoniKjit d'expier par la inis('ricorde, seront enx-nièines le pi"i\ilé^e (|ui \(ius en dt'cliari;('. Il Tant donc qu'il \ ail ici une règle à observer, et des J)ornes à se pi-escrire, dill'érenles de celles de la cupidité : et la xoici, la règle de la foi. Tout ce (pii ne tend (pi'à noni'rii' la \ie des sens, qu'à llallcr les passions, (pi'à autoriser les pompes el les abus du inonde, tout cela est snperlln poui" un clirélien; c'est ce (pi'il faut retrancher et mettre à part : voilà le fonds et l'héritage des pauvres; vous n'en êtes ([uc le deposifairi', et ne |)Ouvez y toucher sans usui'patiun et sans injustice. L'Évangile, mes frères, réduit à peu le nécessaire du chrétien, quelque élevé qu'il soit dans le monde; la religion retranche bien des dépenses, et si nous vivions tous selon les règles de la foi, nos besoins, qui ne seroient plus multipliés par nos passions, seroient moindres: nous trouverions la plus grande partie de nos biens inutile; et, connue dans le premier âge de la foi , l'Eglise ne verroit point d'indigent parmi les fidèles. Nos dépenses augmentent tous les jours, parce que tous les jours nos passions se multiplient : l'opulence de nos pères n'est plus qu'un état pauvre et malaisé pour nous ; et nos grands biens ne peuvent plus sudire, parce que rien ne suffit cà qui ne se refuse rien. Et pour donner à cette vérité toute l'étendue que demande' le sujet cjue nous traitons, je vous demande en

1. L"éditi()n Renoiiard, fautive ici, comme en plusieurs autres endi'oitp, met : que le demande. Cette fois encore réditinn Gaume reproduit ])lus exactement l'édition piinceps.

f. si: l!M(t,N> l)i; M \S>I l.l.d.N.

second lieu, nus iVèivs, l'élévalioii ci raboiidaiicc i>i'i nous êtes nés vou.s dispensent-elles de la simplicité, de la IVugalité, de la modestie, de la violence évangélique? Pour être nés grands , vous n'en êtes pas moins chrétiens. En vain, comme ces Israélites dans le désert, avez-vous amassé plus de manne que vos frères: vous n'en pouvez garder })our votre usage ({ue la mesure prescrite par la loi : (Jtii muUitnt, non abiindaril (Il Cor,, vin, lô). Hois de là, Jésus-Christ n'auroit défendu le faste, les pompes, les plaisirs, qu'aux pauvres et aux malheureux; eux à (pii l'infortune de leur conditioii rend cette défense fort inutile.

Or, cette vérité capitale supposée : si, selon la règle de la foi , il ne vous est pas permis de faire servir vos richesses à la félicité de vos sens ; si le riche est obligé de porter sa croix, de ne chercher pas sa consolation en ce monde et de se renoncer sans cesse soi-même comme le pauvre: quel a pu être le dessein de la Providence, en répandant sur v-us les biens de la terre? et quel avantage peut-il vous en revenir à vous-mêmes? Seroit-ce de fournir à vos passions désordonnées? mais vous n'êtes plus redevables à la chair pour vivre selon la chair. Seroit-ce de soutenir l'orgueil du rang et de la naissance? mais tout ce que vous donnez à la vanité, vous le retranchez de la charité. Seroit-ce de thésauriser pour vos neveux? mais votre trésor ne doit être que dans le ciel. Seroit-ce de passer la vie plus agréablement? mais si vous ne pleurez, si vous ne souflrez, si vous ne combattez, vous êtes perclus. Seroit-ce de vous attacher plus à la terre? mais le chrétien n'est pas de ce monde, il est citoyen du siècle à venir. Seroit-ce d'agrandir vos possessions et vos héritages? mais vous n'agrandiriez jamais que le lieu de votre

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t'\il : et le !j;aiii du iiioiidt' t'iilicr \uiis scroit iiiiililc si Miiis xeiiit'Z à perdre xotic àiiie. Sei'oit-ce de chaiMir \i)S tables de mets plus e\(pii ? mais vous savez que l'Évangile n'interdit pas moins la \ie sensuelle et voluptueuse au riche (pi'à l'indigent. Repassez sur tous les avantages (jue vous pou\ez retirer selon le monde de votre prospérité, ils sont [jresipie tous interdits par la l(ù dr Dieu.

Ce n'a donc pas été son dessein de \ous les ménager en vous faisant naître dans l'abondance: ce n'est donc pas pour NOUS ipie vous êtes nés grands: ce n'est pas |)our vous, comme le disoit autrefois Mardocliée à la pieuse Estlier, que le Seigneur vous a élevée à ce point de grandeur et de prospérité qui vous environne; c'est pour son peuple allligé: c'est pour être la [jroiectrice des infortunés : Et qiiis /tocil utrwn tid nyiniiit ccncris. ut in tuli tcmpore puriircria? (Estiier, i\ . IZi.; Si vous ne répondez pas à ce dessein de Dieu sur vous, continuoit ce sage Juif, il se servira de quelijue autre qui lui sera plus fidèle : il lui transportera cette couronne qui vous étoit destinée ; il saura bien pomvoir par quelque autre voie à l'allliction de son peuple ; car il ne permet pas que les siens périssent : mais vous et la maison de votre père périrez : Pcr aUtnit oc- Ciisionnn libciuibiiiitur JiKlai: et in. et doittus pat fis lui, pcribitis (Ibid.;. Vous n'êtes donc, dans les desseins de Dieu, ([\ie les ministres de sa providence envers les créatures qui soutirent; vos grands biens ne sont donc ([ue des dépôts sacrés que sa bonté a mis entre vos mains pour y être plus à couvert de l'usurpation et de la violence, et conservés plus sûrement à la veuve et k l'orphelin; votre abondance dans l'ordre de sa sagesse n'est donc destinée qu'à suppléei" à leur nécessité: votre

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atiloiih'. (|ir;'i les |»r()l(''u,('r: \()s (liL;iill('s . (|ii'à \(!n^or leurs iiili'rrts : voli'O raiijj;, (inà les consoler par vos ollices : loiil ce (|U(M()iis êtes, vous ne rèi(^s (|iie pour eux: \oti'e élévalioii ne soroit plus l'ouvrage (!<; D'kîu, et il vous aiiroit inaudit en répandant sur vous les biens de la terre, s'il \()us les avoit donnés pour un autre usat:;e.

Ml! ne nous allégu(!z donc, plus, pour excusci' voire dincté envers vos frértîs, des besoins ((ue la loi de Dieu condannie ; justifiez ])]utôt sa providence envers les créatiu'es qui soidTrent : laites-leur connoître, en rentrant dans son oi'dre , qu'il y a un Dieu pour elles comme pour vous ; et bénir les conseils adorables de sa sagesse dans la dispensation des choses d'ici -bas, qui leur a ménagé dans votre abondance des ressources si consolantes.

Mais d'ailleui's, mes t'rèi'es, que peuvent retranche)' à ces besoins que vous nous alléguez tant les largesses modiques qu'on vous demande? Le Seigneur n'exige pas de vous une partie de vos fonds et de vos héritages, quoiqu'ils lui ap})artiennent tout entiers et qu'il ait droit de vous en dépouiller; il vous laisse tranquilles possesseurs de ces terres, de ces palais, qui vous distinguent dans votre peuple et dont la piété de vos ancêtres enrichissoit autrefois nos temples ; il ne vous ordonne pas, connue à ce jeune homme de l'Kvangile, de renoncer à tout, de distril)uer tout votre l)ien aux ])auvres, et de le suivre; il ne vous fait pas une loi, comme autrefois aux premiers fidèles, de venir porter tous vos trésors aux pieds de vos pasteurs; il ne vous i'rappe i)as d'anathème, comme il frappa Ananie et Saphire, pour avoir osé seulement retenir une portion d'un bien qu'ils avoient reçu de leurs pères, vous qui ne devez peut-être qu'aux malheurs publics et à des gains odieux ou suspects l'accroissement de votre for-

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