On dirait aiijoiird'iuii que
7i SI'. H M ON S l)|-, MASSII.I.ON.
IrmiNciioiis pas ;i placer aillnirs. Taiil (|iii' le iimiidc \ciil (le nous; tant ({u'il se préseiilc des plaisirs, des devoirs, des bienséances, des inutilités, nous nous y livrons avec ^oût. Quand tout est (ini et (|u(' nous ne savons plus que l'aire de notre loisir, alors nous consaci'Oïis à (pieirpies pralirpies languissantes d(ï religion ces moments de rehnl (pie la lassitude ou le défaut de ])laisii-s nous laisse : ce sont proprement des moments de i-epos cpie nous nous donnons à nons-nièmes |)lulot (|irà Dieu, un inter\alle ((ue nous mettons entre le monde et nous, pour y rentrer avec plus de goût et respirer un peu de la fatigue, du dégoût, de la satiété où nous jetteroit la vie du monde et des plaisirs trop soutenue, et prolongée outre une certaine mesure au delà de laquelle se trouve l'ennui et la lassitude.
Voilà l'usage que les personnes mêmes qui se parent d'une réputation de vertu font, à la cour surtout, de leur temps : toute leur vie est une ])référence criminelle qu'elles donnent au inonde, à la fortune, aux bienséances, aux plaisirs, aux affaires, sur l'aifaire de leur salut : tout est rem[)li par ce ([u'on donne à ses maîtres, à ses places, à ses amis, à son goût, et il ne reste plus rien pour Dieu et pour l'éternité : il semble que le temps nous est premièrement donné pour le monde, pour l'ambition, pour nos places, pour les soins de la terre, et qu'ensuite ce que nous pou^ons avoir de trop, on nous sait bon gré si nous le donnons au salut.
(îrand Dieu ! et pourquoi nous laissez-vous sur la terre, que pour mériter votre possession éternelle? Tout ce que nous faisons pour le monde périra avec le monde; tout ce que nous faisons pour vous sera immortel : tous les soins (rici-l)as ont [)onr ol)jet des maîtres souvent ingrats,
sru I. i: M l'i.oi \)V Ti;>ii's. 73
injustes, dillitilcs. iiii|»niss,iiils du moins, cl (|iii ne pcii- MMit MOUS iciulic lifiirciix : Ic^ dcNoiis que nous Nousi'eii- (lous, nous les rendons à nu maître et à ini Sei<ijueur lidrlc. juste, uiiséricordicnv , lout-pnissant , et (jni seul pt'ul li'cnnipi'nscr vvtw (|ni le servent : les soins tie la terre, (|n('l(|n(' brillants (|u'ils puisst.'Ut être, nous sont étrani;-ers: ils ne sont pas digues de nous; ce n'est pas pour eux ([m- nous sounnes faits: nous devons seulcFuent nous y j)rrter en passant, pour salisl'airc aux liens passagers qui les exigent de nous, et qui nous lient aux autres iiomnies; les soins de l'éternité tout seuls sont dignes de la noblesse de nos espérances, et remplissent toute la grandeiu' (;t tonte la digniti' de notre destinée, bien plus, ô mon Dieu! sans les soins du salut, tous les autres sont profanes et souillés; ce ne sont plus que des agitations vaines, stériles, presque toujours criminelles : les soins du salut tout seuls les consacrent, les sanctifient, leur donnent la réalité, l'élévation, le prix et le mérite qui leur manque. Que dirai-je encore? tous les autres soins nous déchirent, nous troublent, nous inquiètent, nous aigrissent; mais les devoirs que nous vous rendons nous laissent une joie véritable dans le ceur, nous soutiennent. nous calment, nous consolent, et adoucissent même les peines et les amertumes des autres. Enfin, nous nous devons à vous, o mon Dieu! avant que d'être à nos maîtres, à nos inférieurs, à nos amis, à nos proches : c'est vous qui avez les premiers droits sur notre C(eur et sur notre raison , ([ui sont les dons de votre main libérale ; c'est donc pour ^ous premièrement que nous devons en faire usage; et nous sommes chrétiens avant que d'êtiv princes, sujets, hommes publics, on quelque^ autre chose sur la terre.
74 Si: |{ MON S I)i: M ASS I I.LON.
\ (MIS IKIIIS (lire/ |)('lll-(Ml'(' , Il H 'S IVl'I'C^, (|ll(' \ OMS (TON CZ,
CM rciiiplissaiil les devoirs |)(''nil)li's cl iiilinis alliiclirs ;i votre état, sfr\ii' Dieu, n'iiiplir loiitc justice el travailler à votre saliil : Jeu coiixiciis: mais il faut l'emplir ces devoirs dans la \ ne de Dieu . par des niotifs de loi , el dans un esprit de relii^ioii et d ■ pieti'. Dieu ne compte que ce (|n'on l'ail poin* lui; il n'accepte de nos peines, de nos fatigues, de nos assnjettiss(;ments, de nos sacrifices, que cen\ (pji sont ollerts à sa !4loir(î et non pas à la nôtre; et nos jours ne sont ])leins à ses yen\ que lorsrpfils sont ])leins pour l'éternité. Toutes les actions ([ui n'ont pour objet que le monde, ({ue l'éclat qui vient de la terre, qu'une fortune périssable, quelques louanges qu'elles nous attirent de la part des hommes, à quelque degré de grandeur, de réputation qu'elles nous élèvent ici-bas, ne sont rien devant lui ou ne sont que des amusements puéi'ils indignes de la majesté de ses regards.
Ainsi, mes frères, que les jugements de Dieu sont différents de ceux du monde ! On appelle une belle vie dans le monde une vie éclatante où l'on compte de grandes actions, des victoires remportées, des négociations dilliciles conclues, des entreprises conduites avec succès, des emplois illustres soutenus avec réputation , des dignités éminentes acquises par des services importants, et exercées avec gloire; une vie qui passe dans les histoires, qui renq)lit les niomiinents publics, et dont le souvenir se conservera jusqu'à la dernière postérité : voihà une belle vie selon le monde. Mais si dans tout cela on a plus cherché ba gloire propi'e que la gloire de Dieu; si l'on n'a eu en vue que de se bâtir un édifice périssal)le de grandeur sur la terre, en vain a-t-ou fourni une carrière éclatante devant les hommes: de\ant Dieu c'est une vie |)erdue :
sr |{ I, i: M l'I.nl IM il' M l'S. 7f)
en xa'm l(S liistdiics itarlcnnil de ikmis: ikuis sci'olis clV.-icés (lu li\rt' (le \i(' cl des hisloii-cs ('Icriiellcs : en \;iiii nos actions fcroiil I "adinifalioii des siccics à \cnir: elles ik.* seioiil poliil écrites sur les colonnes iuuuorlelles du temple célestt' : l'J in sitI plin-ii doniits Israël Jititi scri- Onitiir (K/Kc.ii., \ni, 9): en \ain nous jouerons un ^rand rôle sur la scène de tous les siècles; nous serons dans les siècles éternels cnnnne ceux (|ui n'ont jamais été: en vain nos titres et nos di^iiilés se conserxcroiil siu' le marbre et sur le cuivi'e; connne ce sera Je doij;! des lionunes ([ui les ain\'i écrites, elles périi'ont a\('c eux: et ce ([iie 1(! doigt de Dieu tout seul aura ('ci'it dui'ci'a autant (|ue lui-même : eu \ain notre \iesera pro|)os(''e comme nu modèle à l'ambition dv nos neveux: comme elle n'aura de réalité que dans les passions des lionnnes, dès qu'il n'y aura plus de passions, et que tous les objets qui les allument seront anéantis, cette vie ne sera j)lus rien, et retombera dans le néant avec le monde qui l'avoit admirée.
Car de bonne foi, mes frères, \oudriez-vous que dans ce jour terrible , où les justices elles-mêmes seront jugées , Dieu vous tînt conipte de toutes les peines, de tous les soins, de tous les dégoûts que vous dévorez pour vous élever sur la terre? qu'il regardât comme un temps bien employé le temps que vous avez sacrifié au monde, à la toi'tune, à la gloire, à l'élévation de votre nom et de votre race, comme si vous n'étiez sur la terre que pour vousmêmes? qu'il mît au nombre de vos œuvres de salut celles qui n'ont eu que l'ambition, l'orgueil, l'envie, l'intérêt pour principe, et qu'il comptât vos vices parmi vos vertus ?
Et que pourrez-vous lui dire au lit de la mort, lorsqu'il entrera en jugement avec vous, et (fu'il vous deman-
7(i SI'iniONS DI' MASSI 1.1,0. \.
(It'i'a ('(jiuplc (riiii (ciiii)-^ (|iril ne \(iiis ;i\()ll doiiin'' (|i](3 j)()iii- remployer à le t^loiiliei' et à le, .servir'/ l.ui (lirezvoii.s : Sei^'iieur, j"ai [•emporté de.s victoires, j'ai servi utilement et glorieusement le prince et la patrie, je nie suis l'ait nii j^raiid nom parmi les hommes? Hélas! vous n"a\('z pas su \ous xalncre \ous-méni(;; vous avez servi utilement les rois de la teri'c;, et vous avez ]né|)risé le service du Moi des rois; vous vous êtes fait un grand nom pju'mi les lionunes, et voti'e nom est inconnu pai'ini les élus de Dien : temps perdu pour l'éternité. Lui dircz-vous : J'ai conduit des négociations pénibles, j'ai conclu des traités importants, j'ai ménagé les intérêts et la fortune des princes, je suis entré dans les secrets et dans les conseils des rois'? Hélas! vous avez conclu des ti'aités et des alliances avec les honnnes, et vous avez violé mille fois l'alliance sainte que vous aviez faite avec Dieu; vous a\ez ménagé les intérêts des princes, et vous n'avez pas su ménager les intéi'êts de votre salut; vous êtes entré dans le secret des rois, et vous n'avez pas connu les secrets du royaume des cieux : temps perdu pour l'éternité. Lui direz-vous : Toute ma vie n'a été qu'un travail et une oi'cu[)ation pénible et contiruielle ? Hélas! vous avez toujours travaillé, et vous n'avez rien fait pour sauver votre âme : temps perdu pour l'éternité. Lui direz-vous : J'ai établi mes enfants, j'ai élevé mes proches, j'ai été utile à mes amis, jai augmenté le patrimoine de mes pères ? Hélas ! vous avez laissé de grands établissements à vos enfants, et vous ne leur avez pas laissé la crainte du Seigneur en les élevant et les établissant dans la foi et dans la piété; vous avez augmenté le patrimoine de vos pères, et vous avez dissipé les dons de la grâce et le patrimoine de Jésus- Christ : temps pei'dn ]iour réferuih''. Lui direz-vous : J'ai
sri{ I.' I-: M l'i.oi Di TI-; m I'S. 77
fait des éludes [)r()toii(les, j';ii l'iiriclii le |)ul)lic d'oiiviages utiles et curieux, j'ai perlectioniié les scieuces par de nouvelles découvertes, j'ai l'ail valoir mes grands talents, et les ai rriidiis ulilcs au\ liouiiiies? Hélas! le t^i'aiid talent qu'on vous a\oi( coiilié étoit celui de la loi et de la grâce, dont vous n'avez lait aucun usage; vous vous êtes rendu habile dans les sciences des lionnnes, et vous avez toujours it;noré la science des saints : tcuips perdu poui" l'éternité. Lui direz-vous ciiliii : J'ai passé la vie à rciiiplliles devoirs et les bienséances de mon état, j'ai l'ait des 'amis, j'ai su plaire à mes maîtres? Hélas! vous avez eu des amis sur la terre, et vous ne vous en êtes point lait dans le ciel: vous avez tout mis en œuvre pour plaire aux lionnnes, et vous n'avez l'icn l'ail poiu- plaire à Dieu : temps perdu pour réternité.
Non, mes frères, ([uel vide allVeuv la plupart de ces hommes, qui avoient gouverné les États et les empires; qui sembloient faire mouvoir l'univers entier; qui en avoient rempli les premières places; qui faisoient tout le sujet des entretiens, des craintes, des désirs, des espérances des lionnnes; ({ai occupoient presque seuls les attentions de toute la terre ; qui portoient tout seuls le poids des soins et des alfaires pTd:)]iques : quel vide affreux trouveront-ils dans toute leur ^ie au lit de lu mort ! tandis que les jours d'une âme sainte et retirée , qu'on regardoit comme des jours obscurs et oiseux , paroîtront pleins, occupés, marqués chacun par quelque victoire de la loi , et dignes d'être célébrés par les cantiques éternels.
Méditez ces vérités saintes, mes frères : le temps est court, il est irréparable; il est le prix de votre éternelle félicité; il ne vous est donné que pour vous en rendre
78 S 1:15 M ON S DK M A S S I I, I.O N.
(lii^iU's : iiicsiirc/ la-dcssus ce (pic xoiis cii devez donner au monde, aux plaisirs, à la rorluiie, à votre salut. Mes IVères, dit 1" Apôtre, le temps est court (I Con., vu, 29); usons donc du monde comme si nous n'en usions pas; possédons nos biens, nos places, nos dignités, nos titres, comme si nous ne les possédions pas; jouissons de la faveur de nos maîtres et de l'estime des lionnncs, comme si nous !i'en jouissions pas : ce n'est là qu'une ombre qui s'évanouit et nous échappe, et ne comptons de réel dans toute notre vie que les moments (|ue nous aurons employés pour le ciel.
Ainsi .soU-il.
F l\ A (.mi: NT DU SERMON
Lr, JKini 1)F. I.A l'ASSION.
\ l'KClIKUKSSE.
Sacrifier ses passions, n'est retrouvor 1<3 bonheur.
On ;i beau dire ({uc les soins des passions l'ont la lelicité de ceux qui en sont épris : c'est un langage dont le monde se fait honneur, et que l'expérience dément. Quel supplice pour une âme mondaine qui veut plaire, que les soins éternels d'une beauté qui s'efface et s'éteint tous les jours ! quelles attentions ! (juelle gène ! il faut prendre sur soi, sur ses inclinations, sur ses plaisirs, sur son indolence : quel secret dépit quand ces soins ont été inutiles et qu'il s'est trouvé des attraits plus heureux, et sur qui tous les regards ont tourné ! quelle tyrannie que celle des usages ! il faut pourtant s'y assujettir, malgré des affaires qui demandent qu'on se retranche, un époux qui éclate , le marchand qui murmure , et qui peut-être fait acheter bien cher les retardements et les délais. Je ne dis rien des soins de l'ambition : quelle vie que celle qui se passe toute en des mesures, des projets, des craintes, des espérances , des alarmes, des jalousies, des assujettis-
so s !■; li M<».\S l)l'. M ASS I IJJI.N.
sciiH'iits, (les bassesses ! Je ne |)arle i)as d'un enp;a^enicnt (le passion : quelles frayeurs (jue le mystère n'éclate! (lue (le mesures à ij;ai(ler du coté de la bienséance et de la u;l()ire ! (|U(' (r\<'u\ à exiler ! (|ue de sur\eillauls à tromper! (Hie de retours à craindre; sur la lidélité de ceux qu'on a clioisis pour les ministres et les conlidents de sa ])assi()n ! quels rebuts à essuyer de celui |)eut-ôtre à ({ui on a sacrifié son lionneur (!t sa liberté , el donl on n'oseroit se j)laindre ! à tout cela, ajoutez ces moments cruels où la passion moins vive nous laisse le loisir de retomber sur nous-mêmes, et de sentir toute l'indignité de notre état; ces moments où le creur, né pour des plaisirs plus solides, se lasse de ses propres idoles, et trouve son supplice dans ses dégoûts et dans sa propre inconstance. Monde })rofane ! si c'est là cette félicité que tu nous vantes tant, favorisesen tes adorateurs ; et j)unis-les , en les rendant ainsi heureux, de la foi qu'ils ont ajoutée si légèrement à tes promesses.
Voilà ce que notre pécheresse met aux pieds de Jésus- Christ, ses liens, ses troubles, sa servitude, les instruments de ses plaisirs en apparence , la source de toutes ses peines dans la vérité. Or, quand la vertu n'auroit point d'autre consolation, n'en est-ce pas une assez grande que d'être délivré des inquiétudes les plus vives des passions ; de ne faire plus dépendre son bonheur de l'inconstance, de la perfidie, de l'injustice des créatures; de s'être rendu supérieur aux événements; de trouver dans son propre cœur tout ce qu'il faut pour être heureux, et de se suffire , pour ainsi dire , à soi-même ? que perd-on en sacrifiant des soucis sombres et cruels, pour trouver la paix et la joie? et n'est-ce pas tout gagner, comme dit l'Apôtre, que de tout perdre pour Jésus-Christ? Votre foi
LA l'KCH i; lU'SSK. 81
VOUS a sauvre, dit le Sci^nu'iir à la péclieresse : allez en paix : Vddc in jxtcc. Voilà le tr(!'sor qu'on lui rend poulies passions qu'elle sacrifie ; voilà la récompense et la consolation (les larmes et du repeiilii' : la |)ai\ du cœur, (pi'ellc n'avoit pu encore trouver et que le monde n'a jamais donnée. Insensés ! dit un prophète ; malheur à vous donc ([ui traînez le poids de vos passions, comme le bœuf traîne en labourant les liens du jon^' (|ni l'arcahle, et qui vous perdez par la voie même des peines , des assujettissements et des contraintes ! Vœ qui tntldtis iniquitalcm in fii/iirulis rdiii/alis, et qiuisi rinculimi plaiisfri pccca/ian ! (Is., V, 18.)
Knlin, sou péché l'avoit avilie aux yeux des honmies : on ne regartloit plus qu'avec mépris l'indignité et l'opprobre de sa conduite; elle vivoit dégradée de tous les droits que donne une bonne réputation et une vie exempte de blâme; et le pharisien est surpris que Jésus-Christ veuille même la souffrir à ses pieds.
Car le monde, qui autorise tout ce qui conduit au dérèglement, couvre toujours de honte le dérèglement lui-même; il approuve, il justifie les maximes, les usages, les plaisirs qui corrompent le cœur ; et il veut pourtant qu'on allie l'innocence et la régularité des mœurs avec la corruption du cœur; il inspire toutes les passions, et il en blâme toujours les suites; il veut qu'on s'étudie à plaire, et il vous méprise dès que vous y avez réussi ; ses théâtres lascifs retentissent des éloges insensés de l'amour profane, et ses entretiens ne sont que des satires sanglantes de celles qui se livrent à ce penchant infortuné; il loue les grâces, les attraits, les talents malheureux qui allument des flammes impures, et il vous couvre d'une confusion éternelle dès que vous en paroissez embrasé. Or, qu'il est II. 6
82 S I- lî M 0 X S I) K M A S S I L L 0 N.
désa^i't'al)lc de traîner clans un monde qu'on aime encore, et dont on ne peut se passer, les tristes débris d'une réputation ou perdue , ou mal assurée ; et de réveiller j)artout avec soi le souvenir ou le soupçon de ses crimes !
Telles' avoient été les amertumes et les opprobres qui avoient accompagné les passions et les désordres de notre pécheresse ; mais sa pénitence lui rend encore plus d'Iioiuu'ur et de gloire, (pie ses crimes ne lui en avoient oté. Cette pécheresse si méprisée dans le monde trouve en Jésus-Christ un apologiste et un admirateur; cette pécheresse, dont on ne parloit qu'en rougissant, est louée par les endroits même les plus glorieux selon le monde, la bonté du cœur, la générosité des sentiments, la fidélité d'un saint amour; cette pécheresse, qu'on n'osoit comparer qu'à elle-même, et dont le scandale n'avoit point d'exemple dans la cité, est élevée au-dessus du pharisien ; la vérité, la sincérité de sa foi , de sa componction , de son amour, mérite d'abord la préférence sur une vertu superficielle et pharisaïque; enfin cette pécheresse dont on tait le nom, comme indigne d'être prononcé , et qui n'est nommée que par ses crimes, est devenue la gloire de Jésus-Christ, la louange de la grâce, l'honneur de l'Évangile. 0 admirable pouvoir de la vertu !
1. Didot Ocrit tels, suivant rorthographe moderne ; mais l'édition originale porte telles, par un latinisme, qui consiste, quand il y a plusieurs substantifs, à ne faire accorder l'adjectif qu'avec le substantif le plus prochain.
SERMON
l'oi 1! i.i; V i;.Mjr. i;i)i saint,
81 n LA PASSION
ConsumiHiitnni f^•^ Tout est .accompli.