‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 9 sur 58 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Trois circonstances décident d'ordinaire du prix des choses parmi les hommes : les grands avantages qui

52 Si:i{.M().\S 1)1-; MASSII.I.ON.

pLMivent nous en revenir; le peu f|U(' nous avons à les posséder; et enfin, tout espoii- (k; retour ôté, si nous venons à les perdre. Or, voilà , mes frères, les trois prin- (fipau.x niotiis qui doivent rendre à tout lionune sage le tein[)s précieux et estimable : premièrement, il est le prix de l'éternité; secondement, il est court, et l'on ne peut trop se hâter de le mettre à })rofit; enlin, il est irréparable , et ce que nous en avons une fois perdu est perdu sans ressource. Il est le prix de l'éternité : oui, mes frères, l'homme, condamné à la mort par le crime de sa naissance, ne devroit recevoir la vie que pour la perdre à l'instant même qu'il l'a reçue. Le sang de Jésus-Christ tout seul a effacé cet arrêt de mort et de condamnation prononcé contre tous les hommes en la personne du premier pécheur; nous vivons, quoique enfants d'un père condamné à la mort, et héritiers nous-mêmes de sa peine, parce que le Rédempteur est mort à notre place : la mort de Jésus-Christ est donc la source et le seul titre du droit que nous avons à la vie ; nos jours, nos moments sont donc les premiers bienfaits qui nous sont découlés de sa croix; et le temps que nous perdons si vainement est cependant le prix de son sang , le fruit de sa mort , et le mérite de son sacrifice.

Non-seulement comme enfants d'Adam , nous ne méritons plus de vivre ; mais tous les crimes mêmes que nous avons ajoutés à celui de notre naissance sont devenus pour nous de nouveaux arrêts de mort : autant de fois que nous avons violé la loi de l'Auteur de la vie, autant de fois nous avons dû dans le moment même la perdre : tout pécheur est donc un enfant de mort et de colère ; et toutes les fois que la miséricorde de Dieu , après chacun de nos crimes, a suspendu l'arrêt de notre condamnation

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o( (le notre mort, c'est romiiie une nouvelle vie qu'elle a bien \oulu nous aceordef, pour nous laisser le temps de réparer l'usage eriminel ([uc nous avions fait jusque-là de la nôtre.

Je ne parle pas même des maladies, des accidents, des périls innombrables qui ont tant de fois menacé notre vie, qui ont vu linir celle de nos amis et de nos proches, et dont sa bonté nous a toujours délivrés. La vie dont nous jouissons est donc comme un miracle perpétuel de la miséricorde divine ; le temps qui nous est laissé est donc la suite d'une infinité de grâces qui composent le fil et comme tout le cours de notre vie ; chaque moment que nous respirons est comme un nouveau bienfait que nous recevons de Dieu ; et passer ce temps et ces moments en une inutilité déplorable, c'est outrager la bonté infinie qui nous les accorde, prodiguer une grâce inestimable qui ne nous est point due, et livrer au hasard le prix de notre éternité. Voilà , mes frères , le premier crime attaché à la perte du temps : c'est un bien précieux qu'on nous laisse , quoique nous n'y ayons plus de droit ; qu'on ne nous laisse que pour acheter le royaume du ciel , et que nous dissipons comme la chose la plus vile, et dont on ne sait quel usage faire.

Nous regarderions comme un insensé dans le monde un homme, lequel, héritier d'un trésor immense, le laisseroit dissiper faute de soins et d'attentions, et n'en feroit aucun usage, ou pour s'élever à des places et à des dignités qui le tireroient de l'obscurité, ou pour s'assurer une fortune solide et qui le mît pour l'avenir dans une situation à ne plus craindre aucun' revers. Mais, mes

1. Renouard imprime fautivement : aucuns. Gaimie et Didot donnent aucun, conformément à la première édition.

o'i SKHAIOXS Dl' M A SS I I.I.O.X.

IVèrcs, le l('m|)s est ce trésor pi-éciciix dont nous avons luM'itô en naissant, et que le Seigneur nous laisse par pure miséricorde; il est entre nos mains, et c'est à nous d'en l'aii'c usaj^c, (le n'est pas podr nous élever ici-bas à des dignités Irivoles et à des grandeurs humaines; hélas! tout ce qui passe est trop vil pour être le prix d'un temps qui est lui-même le prix de l'éternité : c'est pour être placé au plus haut des cieux à côté de Jésus-Christ; c'est pour nous démêler de la foule des enfants d'Adam, audessus même des césars et des rois de la terre, dans cette société immortelle de bienheureux, qui seront tous l'ois, et dont le règne n'aura point d'autres ])ornes que celles de tous les siècles.

Quelle folie donc , de ne faire aucun usage d'un trésor si inestimable ; de prodiguer en amusements frivoles un tenq)s qui peut être le prix de notre salut éternel ; et de laisser aller en fumée l'espérance de notre immortalité! Oui, mes frères, il n'est point de jour, d'heure, de moment, lequel mis h profit ne puisse nous mériter le ciel. Un seul jour perdu devroit donc nous laisser des regrets mille fois plus vifs et plus cuisants qu'une grande fortune manquée; et cependant, ce temps si précieux nous est à charge ; toute notre vie n'est qu'un art continuel de le perdre ; et malgré toutes nos attentions à le dissiper , il nous en l'este toujours assez pour ne savoir encore qu'en faire; et cependant, la chose dont nous faisons le moins de cas sur la terre, c'est de notre temps : nos oflices , nous les réservons pour nos amis; nos bienlaits, pour nos créatures; nos biens, pour nos proches et pour nos enfants ; notre crédit et notre faveur , pour nous-mêmes; nos louanges, pour ceux qui nous en paroissent dignes: notre temps, nous le donnons à tout

SDK L'I' .M l'I.oi Dl TI;M I'S. ou

h' monde; nous l'exposons, ponr ainsi diic, en ])roif' à loiis les lionnnt's; on nons fait même plaisir de nous en dé("liart:;ei' ; c'est coinnie nn poids (pie nons portons au inHieu du monde, ciiei'cliaiit sans cesse ([uelqu'un qui nous en sonla^^e. Ainsi li; teni[)s, ce don de Dieu, ce bienfait le plus précieux de sa clémence, et qui doit être le prix de notre éternité, lait tout l'embarras, tout l'emnii . et le l'ardean le pins pesant de notre vie.

Mais une seconde raison qui nous fait encore mieux sentir combien nous sommes insensés de faire si peu de cas du temps que Dieu nous laisse, c'est que non-seulement il est le [)ri\ tle notre éternité : mais de plus, il est court, et on ne peut trop se hâter de le mettre à profit. Car, mes frères, si nous avions à vivre une longue suite de siècles sur la terre, ce temps, il est vrai, seroit encore trop court pour être employé à mériter un bonheur immortel; mais du moins , nous pourrions regagner sur la longueur ces pertes passagères; du moins , les jours et les moments perdus ne formeroient que comme un point imperceptible dans cette longue suite de siècles que nous aurions à passer ici-bas. Mais , hélas ! toute notre vie n'est ellemême qu'un point imperceptible ; la plus longue dure si peu ; nos jours et nos années ont été renfermés dans des bornes si étroites , qu'on ne voit pas ce que nous pouvons encore en perdre dans un espace si court et si rapide. Nous ne sommes, pour ainsi dire, qu'un instant sur la terre ; semblables à ces feux errants qu'on voit dans les airs au milieu d'une nuit obscure, nous ne paroissons que pour disparoître en un clin d'oeil , et nous replonger pour toujours dans des ténèbres éternelles : ^ le spectacle que

1. Ténèbres éternelles; l'expression n'est-elle pas païenne phitut que chrétienne? L'immortalité exclut l'idi'e de iéni-bres éternelles.

56 SKiniONS l)K I\I ASSI I.LON.

nous donnons ;iu inonde n'est qu'un éclair qui s'éteint en naissant : nous le disons tous les jours nous-mêmes. Hélas ! où prendre des moments de reste dans une vie (|ui n'est (ju'un moment elle-même? Kt encore, si vous retranchez de ce moment ce que vous êtes obligés d'accorder aux besoins indispensables du corps, aux devoirs de votre état , aux événements imprévus , aux bienséances inévitables de la société : que reste-t-il pour vous, pour Dieu, pour l'éternité ? et ne sommes-nous pas dignes de pitié de ne savoir encore quel usage faire de ce peu qui nous reste, et de recourir à mille artifices qui nous aident à n'en pas sentir la longueur et la durée?

Au peu de temps que nous avons à vivre sur la terre , ajoutez , mes frères , le nombre de nos crimes passés , que nous avons à expier dans ce court intervalle. Que d'iniquités se sont assemblées sur notre tête depuis nos premiers ans ! hélas ! dix vies comme la nôtre suffîroient h peine pour en expier une partie : le temps seroit encore trop court; et il faudroit que la bonté de Dieu suppléât à la durée de notre pénitence. Grand Dieu ! que peut-il donc me rester pour les plaisirs et pour l'inutilité , dans une vie aussi courte et aussi criminelle que la mienne? Grand Dieu! cjuelle place peuvent donc trouver les jeux et les amusements frivoles dans un intervalle si rapide, et qui ne suffiroit pas tout entier pour expier un seul de mes crimes ?

Ah ! mes frères , y pensons-nous ? un criminel condamné à la mort, et à qui on ne laisseroit qu'un jour pour obtenir sa grâce, y trouveroit-il encore des heui-es et des moments à perdre ? Se plaindroit-il de la longueur et de la durée du temps que la bonté du juge lui auroit accordé? en seroit-il embarrassé ? chercheroit-il des amu-

sri{ i/i'. M l'i.oi Dr ti;mi'S. 57

RCDUMits ril\((lt'>^ |»(uir l'aider à passer ces iiioincuts i)!^'cii'iix ([iroii lui laisse piMir méritci' son ])ai'(](iii cl sa (leli\ l'aiice ? ne inellroil -il pas à piolil un iiiler\alle si décisif poiii- sa ilestiiiée ? ne reinpiaceroit-il ])as |)ar le sérieux, par la \ivacité, pai' la continuité des soins, ce qui manqucroit à la hricvctc i\i\ lenips qu'on lui auroit accorde? Insensés cpie nous soinnies ! noti'c arrêt est ])i'ononcé, nos crimes rendent notre condaninarion certaine: on nous laisse encore \u\ jour pour éviter ce malheur, et changer la rigueur de notre sent(?nce éternelle ; et ce jour unique, et ce jour rapide , nous le passons indoleuunent en des occupations vaines, oiseuses, puériles; et ce jour précieux nous est à charge, nous ennuie; nous cherchons conunent l'abréger ; à peine trouvons-nous assez d'amusements ])our en remplir le vide ; nous arri- \ons au soir sans a\oir l'ait d'autre usage du jour qu'on nous laisse, que de nous être rendus encore plus dignes de la condamnation que nous avions déjà méritée.

Et encore, mes frères, que savons-nous si l'abus que nous faisons du jour que la bonté de Dieu nous laisse n'obligera pas sa justice de l'abréger, et d'en l'etrancher une partie ? Que d'accidents imprévus peuvent nous arrêter au milieu de cette course si limitée , et moissonner dans nos plus beaux ans l'espérance d'une plus longue vie! que de morts soudaines et étonnantes, et toujours la juste peine de l'usage indigne qu'on faisoit de la vie ! Quel siècle, quel règne vit jamais tant de ces tristes exemples? G'étoient autrefois des accidents rares et singuliers; ce sont aujourd'hui des événements de tous les jours : soit que nos crimes nous attirent ce chcâtiment, soit que nos excès, inconnus à nos pères, nous y conduisent, ce sont aujourd'hui les morts les plus communes

'M si;i!M()Ns m: mass 1 1.1,0. \.

et les plus rré(|iieiiles, (loiiipicz, si nous le poiiNcz. ceux (le vos |)i()cli('s, (le \()s amis, de vos maîtres, (juc la mort terrible a surpris tout d'un coup sans préparation, sans repentir, sans avoir en un instant, sans penser à eu\-inènies, au ])i(!U (ju'ils avoient outragé, à leurs crimes qu'ils n'ont pas eu loisir de coniioître, loin de les détester; sans le secours des derniers remèdes de l'Église, qu'on a été obligé de hasarder sur leur cadavre , et à ([ui le temps a été refusé à la mort, parce qu'ils en avoient toujours abusé pendant leur vie.

Venez nous dire après cela qu'il y a bien des moments vides dans la journée; qu'il faut savoir s'anmser et passer le temps à quelque chose.

11 y a bien des moments vides dans la journée? mais c'est là votre crime de les laisser dans ce vide alïreux : les jours du juste sont toujours pleins. Des moments vides dans la journée? mais tous vos devoirs sont-ils remplis? vos maisons sont-elles réglées, vos enfants instruits, les aOligés secourus, les pauvres visités, les soins de vos places et de vos dignités acquittés, les œuvres de la piété accomplies, les prières terminées, les lectures saintes linies ? Le temps est si court, vos obligations si infinies ; et vous pouvez encore trouver tant de moments vides dans la journée? Mon Dieu ! que de saints solitaires se plaignoient que les jours passoient trop rapidement ! ils reprenoient sur la nuit ce que la brièveté du jour avoit ôté h leurs travaux et à leur zèle ; ils trouvoient mauvais que l'aurore vînt interrompre la ferveur de leurs oraisons et de leurs cantiques; il ne leurrestoit pas assez de temps dans le calme et le loisir de leur solitude pour publier vos louanges et vos miséricordes éternelles : et nous , chargés d'une multiplicité pénible de soins; et nous, au

s ni i.'i'.M l'i.oi nr Ti': m i's. -iii

milieu des solliciUides et des eiit;;ij:;eiiieiils du siècle, (|ui absorbent presciiie tous nos jours et nos nionienls; et nous, redevables à nos proches, à nos enfants, à nos amis, à nos inférieurs, à nos maîtres, à nos places, à la patrie, d'une inlinité de devoirs; nous trouvons encore du vide dans notre vie, et le peu (fui nous en reste nous paroît trop ionjj^, pour être employé à vous servir et à l)enir xotre saint nom !

Mais on est trop heureux, dites -vous, de savoir s'anmser innocennnent, et passer le temps à quelque chose; mais que savez-vous si tout votre temps n'est pas déjà passé, et si vous ne touchez point au moment fatal où l'éternité commence V mais votre temps vous appartient-il , pour en dis])oser à votre gré ? mais le temps passe lui-même si rapidement; et faut-il tant d'amusement pour l'aider à passer encore plus vite ? Mais le temps ne vous est-il donné pour rien de sérieux, rien de grand, rien d'éternel, rien de digne de l'élévation et de la destinée de l'homme? Et le chrétien et l'héritier du ciel n'est-il sur la terre que pour s'amuser?

Mais n'y a-t-il pas, ajoutez-vous, des délassements innocents dans la vie? Il y en a, j'en conviens : mais les délassements supposent les peines et les soins c{ui les ont précédés ; et toute votre vie n'est qu'un délassement perpétuel : mais les délassements sont permis à ceux qui , après avoir rempli tous les devoirs , sont obligés d'accorder quelques moments de relâcle à la foiblesse humaine ; mais vous, si vous avez besoin de vous délasser, c'est de la continuité de vos plaisirs et de vos délassements mêmes ; c'est de la fureur d'un jeu outré, dont la durée, le sérieux , l'application , outre la perte du temps , vous rend inhabile , au sortir de là, à vaquer à tous les autres

(iO Si:i«.M()NS 1)1. M ASSI I.I.()\.

(Itnolrs (le xotrc (''t;it. (hicl délasseiiiciil ([u'unc piissldii elïrénée qui occupe presque toute votre \ie . rpii é|)uise votre santé , (lui dérange votre fortune , qui vous rend le jouet éternel de la bizarrerie du hasard! et n'est-ce pas dans ces maisons où règne un jeu éternel et public, (pi'oii ne \()lt nul ordre, indle règle, nulle discipline , tous les devoirs sérieux oubliés, des enfants mal élevés, des domestiques déréglés, des allaires en décadence, les murmures de ceux qui ont autorité sur vous , le scandale des gens de bien, la risée du public, les soupçons, et peut-être les discours sur vos mœurs, sur votre conduite, sur une vie qui vous livre, pour ainsi dire, au public, à des inconnus comme à vos citoyens, à des sociétés qui ne siéent ni à votre rang ni à votre sexe , à des familiarités dont la réputation soulïre toujours? la passion du jeu n'est presque jamais seule , et dans les personnes du sexe surtout, elle est toujours la source ou l'occasion de toutes les autres ; voilà ces délassements que vous croyez innocents et nécessaires pour remplir les moments vides de vos journées.

Ah ! mes frères , combien de réprouvés au milieu des llanmies éternelles ne demandent à la miséricorde de Dieu qu'un seul de ces moments dont vous ne savez que faire! et si leur demande pouvoit être exaucée, quel usage ne feroient-ils pas d'un moment si précieux? Que de larmes de componction et de pénitence ! que de prières et de supplications pour toucher le Père des miséricordes , et engager ses entrailles paternelles à leur rendre sa bienveillance! Cependant on leui' refuse ce moment unique ; on leur répond qu'il n'y a plus de temps pour eux ; et vous , vous êtes embarrassés de celui qu'on vous laisse. Dieu vous jugera, mes frères; et au lit de la

sri{ I. i: M PI. (Il \)V TV. M l's. ei

mort, et dans celte heure tei'iil)le (jiii nous siir|)ren(lra, vous demaiitlerez eu \aiii du teuips, vous prouiettrez en vain à Dieu un usajj;e j)lus cluétien de celui ({ue vous tâcherez d'obtenir ; sa justice coupera sans pitié le lil de \ os jours; et ce temps (pii vous pèse,(pii xoiis embarrasse, vous sera alors refusé.

Mais en quoi notre aveuglement est ici plus grand, mes frères , c'est que non-seulement le temps que nous perdons avec tant d'insensibilité est court et précieux, mais encore irréparable;^ et ce que nous en avons une fois perdu est perdu sans ressource.

Je dis irréparable : car premièrement , les biens , les honneurs, la réputation, la faveur, quand on les perd, on peut encore les recouvrer ; on peut même remplacer chacune de ces pertes par d'autres endroits qui nous en dédommagent avec usure : mais ces temps- perdus et passés dans l'inutilité sont autant de moyens de salut que nous n'aurons plus, et qui sont retranchés du nombre de ceux que Dieu nous avoit préparés dans sa miséricorde. En efl'et, dans un espace aussi court que celui que nous avons à vivre , nous ne pouvons pas douter que Dieu n'ait eu des desseins particuliers sur chacun de nos jours et de nos moments; qu'il n'ait marqué l'usage que nous en devions faire, le rapport qu'ils dévoient avoir avec notre salut éternel , et qu'il n'ait attaché à chacun des grâces et des secours pour consommer l'ouvrage de notre sanctification. Or, ces jours et ces moments étant perdus, les grâces qui leur étoient attachées le sont aussi; les

1. La symétrie aurait voulu : c"est que le temps que nous perdons est non-seulement court et précieux, mais encore irréparable.

2. Au xvii<= siècle, temps s'employait souvent dans le sens de moment, heure. Voir notre Lexique comparé de la langue de Corneille.

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iiioinuiits (le D'u'ii soiil litiis ul ne revieriiiunt plus; Je cours de ses miséricordes est l'églé ; nous avons cru ne perdre que des moments inutiles , et avec eux nous avons perdu des j^râces inestimables , (pii se trouvent rabattues de celles que la bonté de Dieu nous avoit destinées.

Irréparable, secondement, parce que chaque jour , chaque moment devoit nous avancer d'un degré vers le ciel: or, les jours et les moments perdus nous laissant en arrière , et la durée de notre course étant d'ailleurs déterminée, la lin arrive que nous sommes encore fort loin; qu'il n'y a plus assez de temps pour lournir le reste de la carrière; ou que du moins, pour regagner les moments perdus et arriver, il faut doubler la marche, avancer à pas de géant, remplir en un jour la carrière de plusieurs années , faire des eiïorts héroïques , nous hâter au delà même de nos forces; en venir à de saints excès, qui sont des miracles de la grâce, et dont le commun des hommes n'est pas d'ordinaire capable ; et consommer dans un court intervalle ce qui devoit être l'ouvrage laborieux de la vie entière.

Irréparable enlin par rapport aux œuvi'es de pénitence et de satisfaction, dont on est capable en certaine saison de la vie, et dont on ne l'est plus quand on a attendu les infirmités d'un âge plus avancé. Car, après tout, on a beau dire alors que Dieu ne demande point l'impossible; qu'il y a une pénitence pour tous les âges, et que la religion ne veut pas qu'on avance ses jours sous prétexte d'expier ses fautes ; c'est vous-mêmes qui vous êtes mis dans cette impossibilité : vos fautes ne diminuent pas vos obligations ; il faut que le péché soit puni pour être ell'acé. Dieu vous avoit laissé du temps et des forces pour satisfaire à cette loi immuable et éternelle : ce temps,

sri; i/i;m im.oi i»r ri- m i's. w

vous l'axez passé à acc:iiiiiiilci- de nouvelles dettes; ces l'orces , NOUS les avez usées, ou par de nouveaux excès, ou du moins sans en l'aire aucun tisane par rapport aux desseins de Dieu sin- nous : il faut doue (pic Dieu lasse ce que \ous n'a\ez poiiil l'ait xoiis-mènies, et (pi'il punisse après votre mort les crimes (pic vous n'avez poiiil voulu expier pendant votre vie.

C'est-à-dire, pour recueillir loiit(!s ces réilexions, (ju'il en est de clia({ue moment de noire vie, comme de celui de notre mort : on ne meurt (ju'une l'ois, et de là on conclut qu'il faut bien mourir, parce qu'il n'y a plus moyen de revenir, et de réparer par une seconde mort le malheur de la première : ainsi, on ne vit qu'une fois un tel et tel moment : on ne sauroit donc plus revenir sur ses pas, et réparer en reconnnençant le même chemin les fautes de la première marche : ainsi , chaque moment de notre vie que nous perdons devient un point fixe pour notre éternité ; ce moment perdu ne changera plus : éternellement il sera le même , nous sera rappelé tel que nous l'avons passé, et sera marqué de ce caractère ineffaçable. Quel est donc notre aveuglement, mes frères, nous dont toute la vie n'est qu'une attention continuelle à perdre un temps qui ne revient plus, et qui va d'un cours si rapide se précipiter dans les abîmes de l'éternité !

Grand Dieu ! vous qui êtes le souverain dispensateur des temps et des moments ! vous entre les mains de qui sont nos jours et nos années ! de quel œil nous voyezvous perdre, dissiper des moments dont vous seul connoissez la durée, dont vous avez marqué en caractères irrévocables le cours et la mesure ; des moments que vous tirez du trésor de vos miséricordes éternelles , pour nous

61 Si;i{M()\S Dl', Al ASSI l,L()X.

laisser le temps de luire pénitence; des moments que votre justice vous presse tous les jours d'abréger, pour nous |)nnir d'en avoir jusques ic'i abusé; des moments ([ue vous refusez chaque jour à nos yeux à tant de pécheurs moins coupables que nous , que la mort terrible surprend et entraîne dans le goull're de vos vengeances éternelles; des moments enlin dont nous ne jouirons peut-être pas longtemps , et dont vous allez au premier jour terminer la triste carrière! Grand Dieu! voilà déjà la plus gi'ande et la plus belle partie de ma vie passée et toute perdue: il n'y a pas eu jusques ici dans tous mes jours un seul jour sérieux, un seul jour pour vous, pour mon salut, pour l'éternité : toute ma vie n'est qu'une fumée qui ne laisse rien de réel et de solide à la main qui la rappelle, et qui la ramasse. Grand Dieu ! traînerai-je jusqu'à la fin mes jours dans cette triste inutilité , dans cet ennui qui me poursuit au milieu de mes plaisirs et des efibrts que je fais pour l'éviter? La dernière heure me surprendrat-elle chargé du vide de toutes mes années? et n'y aurat-il dans toute ma course de sérieux que le dernier moment qui la terminera , et qui décidera de mes destinées éternelles ? Quelle vie, grand Dieu! pour une âme destinée à vous servir, appelée à la société immortelle de votre Fils et de vos saints, enrichie de vos dons, et par eux capable de faire des œuvres dignes de l'éternité! quelle vie qu'une vie f[ui n'est rien, qui ne se propose rien, qui ne remplit un temps qui décide de tout pour elle, qu'en ne faisant rien, qu'en ne comptant pour bien passés que les jours et les moments qui lui échappent!

Mais si l'inutilité est opposée au prix du temps, le dérangement et la multitude des occupations ne l'est pas moins au bon ordre du temps , et à l'usage chrétien que

>i I! I. i: \i l'i.oi Di Ti;.M l's. (,r,

nous l'ii (IcMtiis lairc. Nous \fiic/ dr \()ii- les |)(,'iils (((j l;i vie oiseuse; il laiil nous exposer les iiicoiuéuienls de la \ie occupée.

1)1- r\ii;M !•: pa iî ii k.

A toul eu (pic lions avons dil jnstpriri, mes IVèi'es , la plupart de ceux (pii iirécoiileiil ont sans donle opposé en secret cpie leur \ie n'est rien moins qu'oiseus(; et inutile; ([u'à [)eine peii\eiil-ils sullire aux devoirs, aux bienséances, au\ enti;agements inlinis de leur état; qu'ils vivent dans une vicissitude éternelle d'occupations et d'allaires, ([ni absorbe toute leur vie; et qu'ils se croient heureux quand il leur reste un moment pour être à euxmêmes et jouir d'un loisir que la situation de leur Ibrtune leur refuse.

Et voilà, mes frères, une nouvelle manière d'abuser du temps , plus dangereuse encore c{ue l'inutilité et la jiaresse. En effet, l'usage chrétien du temps n'est pas d'en remj)lir tous les moments ; c'est de les remplir dans l'ordre , et suivant la volonté du Seigneur qui nous les donne : la vie de la foi est une vie de règle et de sagesse; l'humeur, l'imagination, l'orgueil, la cupidité, sont de faux principes de conduite, puisqu'ils ne sont eux-mêmes que le dérèglement de l'esprit et du cœur, et que l'ordre et la raison doivent être nos seuls guides.

Cependant la vie de la plupart des hommes est une vie toujours occupée et toujours inutile ; une vie toujours laborieuse et toujours vide : leurs passions forment tous leurs mouvements. Ce sont là les grands ressorts qui agitent les hommes; qui les font courir çà et là, comme des insensés; qui ne les laissent pas un moment tranu. 5

M Si;ii.M(»N> l)i: M A s SI 1,1,(1 N.

(juilles ; cl en icmplissanl Ions leurs moiiiciils , ils ne cherchent pas à i-emplir leurs devoirs, mais à se ]i\rer à leur in(|ui(''lucle, et siitislaii-e leurs cupidités injustes.

Mais en quoi consiste cet ordre (|ni doit ré<^ler Ja mesure de nos occupations, et sanctiher l'usage de Jiotre temps? Il consiste premièrement à nous borner aux occupations attachées à notre état; à ne ])as chei'clier les places et les situations qui les nmltipiient; et ne pas compter parmi nos devoirs les soins et les embarras que l'inquiétude ou nos passions toutes seules nous forment. Secondement, quelque agitée que soit notre situation, parmi toutes nos occupations , regarder comme les plus essentielles et les plus privilégiées celles que nous devons à notre salut.

Je dis premièrement, à ne pas compter parmi les occupations ({ui sanctifient l'usage de notre temps celles que l'inquiétude ou les passions toutes seules nous forment.

L'inquiétude ; oui , mes Irères , nous voulons tous nous éviter nous-mêmes : rien n'est plus triste pour la plupart des hommes que de se retrouver avec eux seuls , et retomber sur leur propre cœur. Gomme des passions vaines nous emportent; que des attachements criminels nous souillent ; que mille désirs illégitimes occupent tous les mouvements de notre cœur, en rentrant en nousmêmes, nous n'y trouvons qu'une réponse de mort, qu'un vide affreux, que des remords cruels, des pensées noires et des réflexions tristes. Nous cherchons donc dans la variété des occupations , et dans des distractions éternelles, l'oubli de nous-mêmes: nous craignons le loisir comme le signal de l'ennui ; et nous croyons trouver dans le dérangement et la multiplicité des soins extérieurs

>i li 1/ i; M l'i^oi m T i;.M l's. ht

celle ixresse lieiii'eiise (|iii l'ail ([lie nous mairlioiis sans nous en apercexoir , el (|ne nous ne sentons [)lns le [)oids (le noiis-ni(~Mnes.

Mais, lu'Iasl nons nons li-oin|)ons: l'emini n(! se lrou\e (jne dans le (l('i-aii}j;enienl , et. dans nn(3 vie d'agitation où jamais rien n'est à sa place; c'est en vivant an hasard (|ne nons nons sonnnes à charge à nons-niènies ; que nous cherchons lonjoius de nouvelles occupations, et ([ue le dégoût nons l'ait hieutiH lepentir de les a\oir cherchées ; (jue nous chang(H)iis sans cesse de silualion pour nous fuir, et ([ne nons nous [)ortoiis [)artont nous-mêmes; en un mot , ([ue tonte notre \ie n'est r[u"nn art divcrsilié d'éviter l'ennui , et un talent malheureux de le trouver. Partout où n'est [)as l'oi-die, il faut nécessairement que se trouve l'ennui; et loin ([u'une vie de dérangement et d'agitation en soit le remède , elle en est au contraire la source la plus féconde et la plus universelle.

Les âmes justes qui vivent dans l'ordre, elles qui ne donnent rien aux caprices et à l'humeur, elles dont toutes les occupations sont à leur place , dont tous les moments sont remplis selon leur destination et la volonté du Seigneur qui les dirige , trouvent dans l'ordre le remède de l'ennui. Cette sage uniformité dans la pratique des devoirs, qui paroît si triste aux yeux du monde, est la source de leur joie et de cette égalité d'humeur que rien n'altère : jamais embarrassées du temps présent, que des devoirs marqués occupent; jamais en peine sur le temps à venir, pour lequel de nouveaux devoirs sont marqués; jamais livrées à elles-mêmes par la variété des occupations qui se succèdent les unes aux autres; les jours leur paroissent des moments, parce que tous les moments sont à leur place ; le temps ne leur pèse pas ,

G8 SI':i{M()iNS lu: MASS I I.I.ON.

j);ircu ({ii'il a. loujoiirs s;i (Icsliiialioii <•! son usage; et elles Irouvciil dans ranaiigeiiiciil (I'iiik; nIc LiDilbrnic et occupée celle paix et celle joie (jue le reste des lioiiiiues chcrclie en \aiii dans le déi'angeineiit et dans mie agilalion élernelie,

L'iiHpiiélnde, en inullipliant nos occupations, nous laisse donc livrés à l'ennui et au dégoût; et elle ne sanctifie [)as [)()ur cela l'usage de notre temps. Car si les nionuMils (pie l'ordre de Dieu ne l'èglciil poinl sont des moments perdus, (quelque remplis qu'ils soient d'ailleurs; si la vie de l'homme doit être une vie sage et réglée, où chaque occupation ait sa place fixe ; quoi de plus opposé à une telle vie que cette inconstance , ces variations éternelles , dans lesquelles l'inquiétude nous fait passer notre temps? Mais les passions qui nous mettent dans un mouvement perpétuel ne nous forment pas des occupations plus légitimes.

Oui, mes frères, je sais qu'il n'est qu'un certain âge de la vie où l'on paroisse occupé du frivole et des plaisirs; des soins plus sérieux et des occupations plus solides succèdent à l'oisiveté et aux amusements des premières mœurs ; et après avoir donné la jeunesse à la paresse et aux plaisirs , on donne les années de maturité à la patrie, à la fortune, à soi-même: mais c'est encore ici que nous prenons le change. J'avoue que nous nous devons à l'Etat, au prince, aux soins publics; que la religion met au nombre des devoirs qu'elle nous prescrit le zèle pour le service du souverain, pour les intérêts et la gloire de la patrie; et môme qu'elle seule sait former des sujets fidèles, et des citoyens prêts à tout sacrifier pour la cause commune. Mais la religion ne veut pas que l'orgueil et l'ambition nous jettent témérairement dans les

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soins publics, cl (|ii'(m s'cllorcc par loiilcs sortes de xoics, (l'iiitriji;iics, di' sollicitalions, de paivciiii" à des places, où, iiousde\aiil tout entiers aii\ anli-es, il ne nous reste plus de temps pour uoiis-uiènies. La religion veut qu'on craigne ces situations tinnultneuses; qu'on s'y prête à regret et en tremblant, (juand l'ordre de Dieu et l'autorité de nos maîtres nous y appelle; et (pie, par son |)roj)re clioix , on |)rérère toujoui's la sûreté et le loisir d'un état privé au péril et à l'éclat des dignité-s et des places. Hélas! nous avons si peu tle t<3nips à vivie sur la terre, et le salut ou la condanuiation éternelle qui nous attend est si proche, (pie tous les autres soins, Lors celui-là, devroient ('tre pour nous ti'istes et onéreux ; et ([ue tout ce qui nous distrait de cette grande allaire, pour laquelle on ne nous laisse qu'un petit nombre de jours, devroit nous paroître pour nous un grand malheur. Ce n'est pas là wno maxime de spiritualité ; c'est la première maxime tle la loi, et le fond du christianisme.

Cependant l'ambition, l'orgueil, toutes nos passions, l'ont que nous ne pouvons supporter une condition privée. (]e que nous craignons le plus dans la vie, et à la cour surtout, c'est une destinée et un état qui nous laisse à nousmêmes, et ne nous établit point sur les autres. Nous ne consultons, ni l'ordre de Dieu, ni les vues de la religion, ni les périls des situations trop agitées, ni le bonheur ((ue la foi découvre dans un état tranquille et privé, où l'on n'a à répondre ({ue de soi-même ; ni souvent même nos talents ; nous ne consultons que nos passions, que ce désir insatiable de nous élever au-dessus de nos frères; nous voulons paroître sur la scène, et devenir des personnages; et sur une scène qui va finir demain , et qui ne nous laissera de réel cjue la peine puérile de l'avoir jouée. Plus même

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les places soiil eux iroiiiiécs de liiiiiiilh' cl (rciiiharfus , plus elles nous paroi.ssent dignes de nos reclicrclies : nous voudiions (Hre de tout : le loisii- si cher ;i une func; fidèle nous paroît lu)nleu\; loul ce (|ui nous |)arta<i;e entre nous et le |)ublic ; tout ce qui donne aux autres hommes un droit absolu sui- notre temps; tout ce (jui nous jette dans l'abîme de soins et d'aj^^itations que traînent a|)rès soi le crédit, la faveur, la considération, nous touclie, nous attire, nous transporte. Ainsi la plupail des hommes se l'ont inconsidérément une vie tumultueuse et agitée que Dieu ne demandoitpas d'eux, et cherchent avec empressement des soins où l'on ne peut être en sia-eté que lorsque l'ordre de Dieu nous les ménage.

A la vérité nous les entendons quelquefois se plaindre des agitations infinies, inséparables de leurs places, soupirer après le repos, envier la destinée d'un état tranquille et privé ; et redire sans cesse qu'il seroit temps enfin de vivre pour soi, après avoir si longtemps vécu pour les autres. Mais ce ne sont là que des discours : ils paroissent gémir sous le poids des affaires ; mais ils porteroient avec bien plus de douleur et d'accablement le poids du loisir et d'une condition privée: ils ont employé une partie de leur vie à briguer le tumulte des places et des emplois; et ils emploient^ l'autre à se plaindre du malheur de les avoir obtenus : c'est un langage de vanité ; ils voudroient paroître supérieurs à leur fortune , et ils ne le sont pas au moindre revers et au plus léger refroidissement qui la menace. Voilà comme nos passions seules nous forment des embarras et des occupations que Dieu ne demandoit pas de nous , et nous ôtent un temps dont nous

1. Des emplois , ils emploient. \oilà encore une de ces négligences plus équentes qu'on ne croit !ii''ni''i'al(Miient chez Masi^illon.

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lie ciuiiioîli'oiiN II' |)|-'i\ (|iic |(iix(jii(' nous sci'oiis ;ii'i'i\t's à i-f (It'i'iiiiT iiiiiiiii'iil (III le lciii|)^ linil cl rt'IcniiU' coiiimciicc. l'jicoi'c, iiu's iVcii's, si, .111 milieu (k's occupalioiis iiiliiiies aliacluMS ;i votre élat. \oiis regardiez coiniiie les |»liis |)ii\il('L;iées celles (jul se raj)|)(>iieiit au salut, vous ri'parerie/. du ni(>ius,en (|ue|(jue manière, la dissipation de celle [)anie de \o(re \ie, (pie le monde el les soins d'ici-bas occupent tout eiitii're. Mais c'(;st encoi'e ici oiV notre a\euL;lemcnl est déplorable : nous ne Irouxons point de temps pour notre salut éternel; ce qu'on donne au |)!'ince. à la fortune, au\ devoirs d'uiK; cliarge, aux bienséanctvs de son état, aux soins du c()r[)s (>t de la j)arnre, à l'amitié, à la société, au délassement, à l'usage; tout cela paroit essentiel et indis[)ensable : on n'oseroit y touchei', y l'etrancliei'; on le prolonge même au delà des bornes de la raison et de la nécessité; et connue la vie est trop courte, et les jours tro}) rapides pour sufllre à tout, ce qu'on en retranche ce sont les soins du salut; dans la multiplicité de nos occupations, ce sont toujours celles qu'on devroit donner à l'éternité qui sont sacrifiées. Oui, mes frères, au lieu de prendre sur nos délassements, sur des devoirs que l'ambition multiplie, sur des bienséances que l'oisiveté seule a établies, sur les soins d'une vaine parure (pie l'usage et la mollesse ont rendus interminables; au lieu de prendre là-dessus chaque jour quelque temps du moins pour Dieu et pour nos intérêts éternels, à peine leur donnons-nous quelques foibles restes, qui ont échappé par hasard au monde et aux plaisirs; quelques moments rapides dont le monde ne veut plus, dont nous sommes peut-être embarrassés et que nous ne

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