‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 22 sur 58 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Premier triomphe de Jésus-Christ : il triomphe de la malignité de l'envie et de tous les opprobres qu'elle lui avoit attirés de la part de ses ennemis. Mais il triomphe encore du péché : il emmène captif ce premier auteur de la captivité de tous les hommes; il nous rétablit dans tous les droits glorieux dont nous étions déchus , et nous rend par la grâce la supériorité sur nos passions , que nous avions perdue avec l'innocence.

Second avantage de la religion : elle nous élève audessus de nos passions, et c'est le plus haut degré de gloire oii l'homme puisse ici-bas atteindre. Oui, mes frères, en vain le monde insulte tous les jours à la piété

i:j2 SI-U.MO.NS l)i: M AS SILLON.

par des dérisions insensées; en vain, pour cacher la lionte des passions, il fait ))resque à l'iionnne de bien une honte de la vertu; en \ain il la représente, aux giMuds surlout, couiinc une foiblesse et connue l'écueil de leur gloire; en vain il autorise leurs passions [)ar les grands e\eni])les ([ui les ont précédés, et par l'histoire des souverains qui ont allié la licence des mœurs avec un règne glorieux et l'éclat des victoires et des conquêtes : leurs vices, venus jusqu'à nous, et rappelés d'âge en âge, formeront jusqu'à la (in le trait honteux qui ellàce l'éclat de leurs grandes actions et qui déshonore leur histoire.

Plus môme ils sont élevés , plus le dérèglement des mœurs les dégratle; et leur igiiuviinic, dit l'Esprit de Dieu, (TOit à proportion de leur gloire (I Mach., i, Zi2). Outre que leur rang , en les plaçant au-dessus de nos tètes , expose leurs vices comme leur personne aux yeux du public; quelle honte, lorsque ceux qui sont établis pour régler les passions de la multitude deviennent eux-mêmes les vils jouets de leurs passions propres , et que la force , l'autorité , la pudeur des lois se trouve conhée à ceux qui ne connoissent de loi que le mépris public de toute bienséance et leur propre foiblesse ! Ils dévoient régler les mœurs publiques, et ils les corrompent ; ils étoient donnés de Dieu pour être les protecteurs de la vertu, et ils deviennent les appuis et les modèles du vice!

Toute la gloire humaine ne sauroit jamais eflàcer l'opprobre que leur laisse le désordre des mœurs et l'emportement des passions; les victoires les plus éclatantes ne couvrent pas la honte de leurs vices : on loue les actions, et l'on méprise la personne; c'est de tout temps qu'on a vu la réputation la plus brillante échouer contre les ma'urs du héros, et ses lauriers llétris par ses foi-

s LU i.i: ïii loM rii !■: di; la iu; i.k; ion. i:i:5

blesses : le niondt', (|ni scinhlc incprisci- l;i \(jrtii, ircsliinc et lie respecte pourtant (prclle; il élève des inoiumients supei"i)es aii\ ^raiidcs actions des coiupuTaiits : il fait retentir la terre du hrnil de leiu's louanges; une poésie pompeuse les chante et les inunortalise; chaf|ue Achille a son Homère; l'élofpience s'é[)uise poui- leur donner du lustre : rap[)areil des éloges est donné à l'usage et à la vanité; l'admiration secrète et les louanges réelles et sincères, on ne les donne qu'à la vertu et à la vérité.

Et, en elTet, le bonheur ou la témérité ont i)u l'aire des héros ; mais la vertu toute seule })eul Ibi^iner de grands hommes : il en coûte bien moins de remporter des victoires que de se vaincre soi-même ; il est bien plus aisé de conquérir des provinces et de dompter des peuples que de domptei' une passion : la morale même des païens en est convenue. Du moins les combats où président la fermeté, la grandeur du courage, la science militaire, sont de ces actions rares que l'on peut compter aisément dans le cours d'une longue vie; et quand il ne faut être grand que certains moments, la nature ramasse toutes ses forces, et l'orgueil, pour un peu de temps, peut su})pléer à la vertu. Mais les combats de la foi sont des combats de tous les jours : on a alTaire à des ennemis qui renaissent de leur propre défaite. Si vous vous lassez un instant, vous périssez : la victoire même a ses dangers; l'orgueil, loin de vous aider, devient le plus dangereux ennemi ({ue vous ayez à combattre : tout ce qui vous environne fournit des armes contre vous: votre cœur lui-même vous dresse des embûches; il faut sans cesse recommencer le combat. En un mot, on peut être quelquefois plus fort ou plus heureux que ses ennemis; mais qu'il est grand d'être toujours plus fort que soi-même !

i,j4 si:i;m().ns di: m as si 1.1,0 n.

Telle esl pxirlaiit l;i i;l()ii-(i de la rcligioii : la pliilosopliie (|{'CMii\ roil la houle des passions, mais elle n'apjjrenoit pas à les vaincre; et ses préceptes pompeux étoient pliilôt l'éIot,a' (le la vertu que le remède du vice.

Il éloit même nécessaire à la gloire et au triomphe de la religion cpie les plus grands génies et toute la force de la raison humaine se lut épuisée [)our rendj'e les hommes vcu'tueux. Si les Socrate et les Platon n'avoient pas été les docteurs du monde avant Jésus-Christ, et n'eussent pas entrepris en vain de régler les mo'urs et de corriger les hommes par la force seule de la raison, l'homme auroit pu faire honneur de sa vertu à la supériorité de sa raison , ou à la beauté de la vertu même; mais ces prédicateurs de la sagesse ne firent point de sages, et il falloit que les vains essais de la philosophie préparassent de nouveaux triomphes à la grâce.

C'est elle enfin qui a montré à la terre le véritable sage, que tout le faste et tout l'appareil de la raison humaine uous annonçoit depuis si longtemps. Elle n'a pas borné toute sa gloire, comme la philosophie, h essayer d'en former à peine un dans chaque siècle parmi les hommes : elle en a peuplé les villes, les empires, les déserts; et l'univers entier a été pour elle un autre lycée, où, au milieu des places publiques (Prov., viii, J, 3, h), elle a prêché la sagesse k tous les hommes. Ce n'est pas seulement parmi les peuples les plus polis qu'elle a choisi ses sages; le Grec et le Barbare, le Romain et le Scythe, ont été également appelés à sa divine philosophie : ce n'est pas aux savants tout seuls qu'elle a réservé la connoissance sublime de ses mystères ; le simple a prophétisé comme le sage, et les ignorants eux-mêmes sont devenus ses docteurs et ses apôtres : il falloit que la véri-

SI i; i.i': r i; n> m r ii !•: wi: i..\ it i: i.K. i<)\. i.'i.'i

table saj^t'ssc put dcNcnir l;i sagesse de tods les lioimiics.

(hic dirai-jc? sa (lorliliic cluii iiisciisée on a|)|)arence, et les philosophes soiiinireiil leiii" raison or;j,iieineiise à cette saillie folie: cNe iraiiiioncoit (pie des croix et des soiillraiices, et les (•(•sars (h'\ iiirciil ses disciples; elle seule vint apprenih'e an\ lioinnies ([iie la chasteté , riinmililé, la tempérance. poii\ oient (Mre assises sur le Irôiie, et que le siège des passions et tles plaisirs pouvuit devenir le siège de la vertn et de rinnocence : (•[uelle gloire pour la religion !

Mais, Sire, si la piété des gi'ands est glorieuse à la religion, c'est la religion tonte simule (pii lait la gloire \éritable des grands. De tons leurs titres, le j)lns honorable c'est la vertu : un prince maître de ses passions ; apprenant sur Ini-nième à commander aux antres; ne voulant goûter de l'autorité que les soins et les peines ({ue le devoir y attache ; plus touché de ses fautes que des vaines louanges qui les lui déguisent en vertus; regardant comme l'unique privilège de son rang l'exemple qu'il est obligé de donner aux peuples; n'ayant point d'autre frein ni d'autre règle que des désirs, et faisant pourtant à tous ses désirs un frein de la règle même ; voyant autour de lui tous les hommes prêts à servir à ses passions , et ne se croyant fait lui-même que pour servir à leurs besoins; pouvant abuser de tout, et se refusant même ce qu'il auroit eu droit de se permettre; en un mot, entouré de tous les attraits du vice, et ne leur montrant jamais que la vertu : un prince de ce caractère est le plus grand spectacle que la foi puisse donner à la terre ; une seule de ses journées compte plus d'actions glorieuses que la longue carrière d'un conquérant : l'un a été le héros d'un jour, l'autre l'est de toute la vie.

si: KM ON s Dl'i MASSILLON.

1 r.oisi i;.Mi; i'a i;j ie.

C'est ainsi (|ih' Jésiis-Clirisl, Irioiiiplic aiijoiinriiui Hn prché : mais il lri()iiii)iic encore de la mort; il nous ouvre les portes de l'immortalité, que le péché nous avoit fermées; et le sein même de son tomhi'aii enfante tons les lionniK.'s à la vie éternelle.

r/('s( le dernier trait ([ni achève le tiriomphe de la religion. L'im[)iété ne donnoit à l'homme (jae la même fin (|n"à la bctc : tout dexoit mourir avec son corps; et cet être si noble, seul capable d'aimer et de connoître, n'étoit poiu-laiit (pi'un vil assemblage de boue que le hasard avoit formé, et que le hasard seul alloit dissoudre pour toujours.

La s;:[)erstition païenne lui promettoit au delà du tombeau une lelicité oiseuse, où les vains fantômes des sens dévoient faire tout le bonheur d'un homme qui ne peut être heureux ({ne par la vérité.

La religion nous onvre des espérances plus nobles et })lus sublimes : elle rend à l'homme l'immortalité, que l'impiété de la philosophie avoit voulu lui ravir, et substitue la possession éternelle du bien souverain à ces champs fabuleux et à ces idées puériles de bonheur que la superstition avoit imaginées.

Mais cette innnortalité , qui est la plus douce espérance de la foi, n'est promise ({u'à la foi même : ses promesses sont la récompense de ses maximes; et poin- ne mourir jamais, même (^levant les hommes, il faut avoir vécu selon Dieu.

Oui, mes frères, cette immortalité même de renommée , que la vanité piomet ici-l)as dans le souvenir des

siK i.i: TiiioM PII !■; i)i': i..\ lii' i.k; ion. r;:

liomiiies, les «grands iic peux eut la iiH'riU'i- (juc par la vertu.

La iiinri est presipic loujoiirs l'ccueil et le tenue l'alal de leur g^\()\vc : les vaines^ louanges dont on les avoil abusés peudaul leur \le descen;leut presque aussitôt avec eux dans l'oubli du tombeau; ils ne survivent pas longtemps à eux-mêmes, ou, s'il en reste quelque souveniiparmi les honnnes, ils en sont plus redevables à la malignité des censures ((u'à la vanité des éloges ; leurs louanges n'ont eu que la même durée que leurs bienfaits; ils ne sont plus rien dès fju'ils ne peuvent plus rien ; leurs adulateurs mêmes deviennent leurs censeurs (car l'adulation dégénère toujours cm ingratitude); de nouvelles espérances forment un nou\eau langage: on élève sur les débris de la gloire du mort la gloire du vivant; on embellit de ses dépouilles et de ses vertus celui qui prend sa place. Les grands sont proprement le jouet des passions des hommes ; leur gloire n'a point de consistance assurée, et elle augmente ou diminue avec les intérêts de ceux qui les louent.

Combien de princes vantés pendant leur vie n'ont pas même laissé leur nom à la postérité! Et que sont les histoires des Etats et des empires, qu'un petit reste de noms et d'actions échappé de cette foule innombrable qui, depuis la naissance des siècles, est demeurée dans l'oubli!

Qu'ils vivent selon Dieu, et leur nom ne périra jamais de la mémoire des hommes : les princes religieux sont écrits en caractères inefl'açables dans les annales de l'univers. Les victoires et les conquêtes sont de tous les siècles et de tous les règnes, et elles s'elTacent, pour ainsi dire, les unes les autres dans nos histoires ; mais les grandes actions de piété, plus rares, y conservent toujours tout

i:i8 si: KM ON S 1)1-: .m as sillon.

leur ('chit. lu prince pieux se démêle toujours de la foule lies autres princes dans la postérité; sa tête et sou nom s'élèvent au-dessus de toute cette multitude, comme celle de Said s'élevoit au-dessus de toute la multitude des tribus; sa gloire va même croissant en s'éloignaut ; et plus les siècles se corrompent, plus il devient un grand spectacle par sa vertu.

Oui, Sire, on a prescpie oublié les noms de ces pi'emiers concpiérauts qui jetèrent dans les Gaules les premiers Ibndements de votj-e monarchie; ils sont jilus connus par les fables et par les romans que par les histoii'es, et l'on dispute même s'il faut les mettre au nombre de vos augustes prédécesseurs : ils sont demeurés comme ensevelis dans les fondements de l'empire qu'ils ont élevé; et leur valeur, qui a perpétué la conquête du royaume h leurs descendants, n'a pu y perpétuer leur mémoire.

Mais le premier prince qui a fait asseoir avec lui la religion sur le trône des François a immortalisé tous ses titres par celui de chrétien. La France a conservé chèrement la mémoire du grand Clovis; la foi est devenue, pour ainsi dire, la première et la plus sûre épocjue de l'histoire de la monarchie ; et nous ne commençons à connoître vos ancêtres que depuis qu'ils ont commencé eux-mêmes à connoître Jésus-Christ.

Les saints rois dont les noms sont écrits dans nos annales seront toujours les titres les plus précieux de la monarchie et les modèles illustres que chaque siècle proposera à leurs successeurs.

C'est sur la vie. Sire, de ces pieux princes vos ancêtres qu'on a déjà fixé vos premiers regards : on vous anime tous les jours à la vertu par ces grands exemples. Souvenez-vous des Charlemagne et des saint Louis, qui ajou-

sril l.l' l'KKni PII i: !)!■: I. \ IMIMCIon. \:;\)

tèri'iit à l'rclat <lt' la coiintiiiic (|iit' nous [jortcz, rcclal iinmorlol de la justice cl de lu [)iéLé; c'est ce (jue l'épèlenl tous les jouis à \otic Majesté de sages instructions. i\e remontez pas uicuie si liant : vous touchez à des exemples d'autant plus iiiliTcssauts (pi'ils di)i\('iit xoiis être [)lus chers; et la [)iété coule de plii> [)iès dans vos veines avec le sang d'un père pieux et d'un auguste bisaïeul.

Vous êtes, Sire, le seul héritier de leur trône, puissiezvous l'être de leurs vertus! IHiissciit ces grands modèles revivre en vous par riinitation plus encore que par le nom ! Puissiez-vous devenir vous-même le modèle des rois , vos successeurs!

Déjà, si notre tendresse ne nous séduit pas, si une enfance cultivée par tant de soins et par des mains si habiles, et où l'excellence de la nature semble prévenir tous les jours celle de l'éducation, ne nous fait pas de nos désirs de vaines prédictions, déjà s'ouvrent à nous de si douces espérances; déjà nous voyons briller de loin les premières lueurs de notre i)rospérité future ; déjà la majesté de vos ancêtres, peinte sur votre front, nous annonce vos grandes destinées. Puissiez-vous donc, Sire, et ce si)uhait les renferme tous, puissiez-vous être un jour aussi grand que vous nous êtes cher!

Grand Dieu! si ce n'étoient là que mes vœux et mes prières, les dernières sans doute que mon ministère, attaché désormais par les jugements secrets de votre providence au soin d'une de vos Églises, me permettra tie vous offrir dans ce lieu auguste : si ce n'étoient là que mes vœux et mes prières, eh! qui suis-je, pour espérer qu'elles pussent monter jusqu'à votre trône? mais ce sont les vœux de tant de saints rois qui ont gouverné la monarchie , et qui, mettant leur couronne devant Fautel

IGO si: li MON S i)i: m .\SS I I.I.ON.

éU'riK'l ;iii\ |)i<'(U de 1" Ai;iif;ni . \oiis demandent |)oiii' cet enfant angn-^le la couronm; de justice qu'ils ont euxniènies niérilée.

Ce sont les vumix du prince pieux surtout (pii lui donna la naissance, et qui, prosterné dans le ciel, connue nous l'espérons, devant la face de votre gloire, ne cesse de vous demander (pie cet unique héritier de sa couronne le devienne aussi des grâces et des miséricordes dont vous l'aviez prévenu lui-même.

(le sont les vo'ux de tous ceux qui m'écoutent, et qui, ou chargés du soin de son enfance, ou attachés de plus près à sa personne sacrée, répandent ici leur cœur en votre })résence , afin que cet enfant précieux , qui est connue l'enfant de nos soupirs et de nos larmes, non-seulement ne périsse pas , mais devienne lui-môme le salut de son peuple.

Que dirai-je encore? ce sont, ù mon Dieu! les vœux que toute la nation vous olï're aujourd'hui par ma bouche; cette nation que vous avez protégée dès le commencement, et qui, malgré ses crimes, est encore la portion la plus llorissante de votre Église.

Pourrez-vous, grand Dieu! fermer à tant de vœux les entrailles de votre miséricorde? Dieu des vertus, tournezvous donc vers nous : Dcus virtutnni, ronrertcre (Ps. lxxix, Jo, 1(3). Regardez du haut du ciel, et voyez, non les dissolutions publiques et secrètes, mais les malheurs de ce premier royaume chrétien, de cette vigne si chérie que votre main elle-même a plantée, et qui a été arrosée du sang de tant de martyrs! Rcspicc de rœlo, et ride, cl visita vincmn i)>tmn qwmi jHantavil dcatcrd tiui ! Jetez sur elle vos anciens regards de miséricorde; et si nos crimes vous forcent encore de détourner de nous votre face, que

sr I! i.i'; Ti; io.m i'ii i: di; i,a w \:i.\i\ ion. loi

l'iiiiiocciici' (In moins de cv\ ;in;;'nslc cnlanl (pic \oiis a\('z clahli snr nous Nons i-appcllc cl Nons rende à xoli'c [jciipic : />'/ siijxr [lliKm lioiiiiiiis. qiitin confinnttsli lihi.

Vous lions avez assez afllij^és, giand Dieu! essuyez enfin les larmes (|uc laiii de llt'anv, ([ne nous avez versés sur nous dans votre colère, nous ionl répandre; faites succéder des jours de joie et de miséricorde à ces jours de deuil , de courroux et de venj^-eance ; que vos laveurs abondent où vos cliâtimeuts a\ oient abondé, et que cet enfant si cher soit \)0\w nous im don (jni réparc toutes nos pertes.

Faites-en, grand Dieu! un roi scion votre c(Rur, c'està-dire le père de son peu[)lc, le protecteur de votre Église, le modèle des mœurs publiques, le pacificateur plutcjt que le vainqueur des nations, l'arbitre plus que la terreur de ses voisins ; et que l'Europe entière envie plus notre bonheur, et soit plus touchée de ses vertus, qu'elle ne soit jalouse de ses victoires et de ses conquêtes.

Exaucez des vœux si tendres et si justes, ô mon Dieu! et que ces faveurs temporelles soient pour nous un gage de celles que vous nous préparez dans l'eternifé^

Ainsi soit-il.

ORAISON FUNRBUE

|)i; LOI IS LK (IIWM), P.Ol l)K KI'.VNCE

DAxNS LA SAl.NTL-CIIAI'ELLE DE l'Al'.IS.

lù'ce maijnu^ c^Vc^f.s' siini , et pi-wcc-isi omnes sapienlia fini faevunt anle me in Jérusalem... et ai/novi ijuod in liis ((uoque essel lubor et afflictia fpirilits.

Je suis devenu grand, j'ai surpassé en gloire et en sagesse tous ceux qui m'ont précédé dans Jérusalem ; et j'ai reconnu qu'en cela même il n'y avoit que vanité et al'fliction d'esprit.

(KCCLES., I, IG, 17.)

Dieu seul esl gi'iuid, mes frères, et dans ces derniers moments surtout, où il |)roside à la mort des rois de la terre : plus leur gloire et leur puissance ont éclaté, plus, en s' évanouissant alors, elles rendent hommage à sa grandeur suprême : Dieu paroît tout ce qu'il est; et l'homme n'est plus rien de tout ce qu'il croyoit être.

Heureux le prince dont le cœur ne s'est point élevé au milieu de ses prospérités et de sa gloire; qui, semblable à Salomon, n'a pas attendu que toute sa grandeur expirât avec lui au lit de la mort, pour avouer qu'elle n'étoit que vanité et affliction d'esprit ; et qui s'est humilié sous la main de Dieu, dans le temps même que l'adulation sembloit le mettre au-dessus de l'homme!

Oui, mes frères, la grandeur et les victoires du roi que nous pleurons ont été autrefois assez publiées : la

OKAISON !• l N i: liKl-; hi: I.ollS l.!' (.1{.\.\1). I(,;i

iiiagililici'iiCL' (les elot^es ;i ('<;;. ilr celle des é\eiiciiH'iils ; les Iioinmes ont Iniil dit, il y a l()ii;^'teiii[)s, en [)ai-laiil de sa Li;l()li"e. (}ue nous reste-t-il iei , (jne dfn |)ai'l('r poiii' notre instraction?

(]e roi, la teneur de ses voisins, ri'tonnenienl de l'uni- \'ers, le père des i-i>is: phis t^M'and (|iie tous ses ancètr.'S, plus ma,u;nilique f[ue Salonion dans tonte sa gloire, a reconnu comme lui (pie tout étoil vanité. Le monde a été ébloui de l'éclat (pii renvironnoil ; ses ennemis ont envié sa puissance ; les étrani^ers sont venus des îles les ()lus éloignées baisser les yeux devant la gloire de sa majesté; ses sujets lui ont presque di'essé des autels, et le prestige qui se formoit autour de lui n'a pu le séduire lui-même.

Vous l'aviez rempli, ô mon Dieu I de la crainte de votre nom; vous l'aviez écrit sur le livre éternel, dans la succession des saints rois qui dévoient gouverner vos peuples; vous l'aviez revêtu de grandeur et de magnilicence. Mais ce n'étoit pas assez; il talloit encore qu'il tut martpié du caractère propre de vos élus : vous avez récompensé sa foi par des tribulations et par des disgrâces. L'usage chrétien des prospérités peut nous donner droit au royaume des cieux, mais il n'y a que l'allliction et la violence qui nous l'assure.

Voyons-nous des mêmes yeux, mes frères, la vicissitude des choses humaines? Sans remonter aux siècles de nos pères, quelles leçons Dieu n'a-t-il pas données au nôtre ? Nous avons vu toute la race royale presque éteinte ; les princes, l'espérance et l'appui du trône, moissonnés à la flem' de leur âge ; l'époux et l'épouse auguste, au milieu de leurs plus beaux jours, enfermés dans le même cercueil, et les cendres de l'enfant suivre tristement et augmenter l'appareil lugubre de leurs funérailles ; le roi,

li,V si; KM ON s \)\: M A S S I 1. 1. () N.

(lui ;i\(iil |);iss('' (riiiie miiiorih; orageuse au l'ègiic le pliis n|,)ii(.|i\ (luiil il soil parli'! dans nos histoires, rel()iiil)ei' do celle gloire dans des malheurs presfjne su})éi'ieurs à ses anciennes prospérités, se relevw encore plus grand de toutes ces |)ertes, et survivre à tant (révénements divers poui' l'endri; gloii'C à Dieu et s'allcrniir dans la loi des ])iens imnujables.

Ces grands objets passent (le\ant jios yeux comine des scènes fabuleuses : le cœur se })rèle pour un moment au .spectacle; l'attendrissement huit avec la représentation, el il semble que Dieu n'opère ici-bas tant de révolutions f{ue pour se jouer dans l'univers, et nous amuser plutôt que nous instruire.

Ajoutons donc les ])aroles de la foi à cette triste cérémonie, ({ui sans cela nous prècheroit en vain ; racontons, non les merveilles d'un règne que les hommes ont déjà tant exalté , mais les merveilles de Dieu sur le roi qui nous est été. Rappelons ici ses vertus plutôt que ses victoires ; montrons-le plus grand encore au lit de la mort qu'il ne l'étoit autrefois sur son trône, dans les jours de sa gloire. N'ôtons les louanges à la vanité que pour les rendre à la grâce. Et quoiqu'il ait été grand, et par l'éclat inouï de son règne, et par les sentiments héroïques de sa piété, deux réllexions sur lesquelles va rouler ce devoir de reUgion que nous rendons à la mémoire de très-haut, trèspuissant et très-excellent prince Louis XIV du nom, roi de France et de Navarre, ne parlons de la gloire et de la grandeur de son règne que pour en montrer les écueils et le néant qu'il a connus, et de sa piété, que pour en proposer et immortahser les exemples.

OHAisoN rr\i:i{i{i; di: i.olis i.I': citAxi). ](,h

Tout ce ([iii fait la t;raii(Ii'iir des rois sur la terre en lait aussi le danger. Les succès éclatants dans la guerre , la niagnilicence dans la [)ai\ , l'élévation des sentiments et la majesté dans la persomie : Noilà tout ce que la vanité peut faire souhaiter aux soin crains; et voilà aussi tout ce ([ue la foi doit leur faire craindre.

Le roi, pour qui nous prions, passe, poiu" ainsi dire, du berceau sur le trône : il ne jouit point des a\antages de la vie prixée, toujours utile au souverain, parce (pfelle lui apprend à connoître les lionnnes, et ({ne les lioninies lui apprennent à se connoître lui-même.

Mais Dieu qui veille à l'enfance des rois, etcpii, en ibimant leurs premières inclinations, semble former les destinées publiques, versa de bonne heure dans son àme ces grandes qualités qui suppléent aux instructions et (jue l'instruction toute seule ne donne pas toujours.

Les troubles d'une longue minorité étant calmés par les soins d'une régente vertueuse et d'un ministre habile, Louis, au sortir de ces nuages, commence à se montrer à ses peuples. La jeunesse, toujours plus aimable, ce semble, dans les princes; cet air grand et auguste, ({ui tout seul annonçoit le souverain ; la tendresse perpétuelle de la nation poui' ses rois, tout le rendit maître des cœurs ; et c'est alors qu'un prince est véritablement roi, quand l'amour des peuples, si j'ose parler ainsi, le proclame.

La France reprenoit alors cet état florissant qu'un nouveau règne semble toujours promettre aux empires. Les

me, si; i{ mo.n s di; m ass i li.o.n.

(iissciisidiis ciNiles rjuniciil |)liis a^iii'nic cl piir^i'c de, mau\;iis citoyons ({ir('j)uls('(;. Les grands, l'éunis au pied (In Irôiic, ni' pensoient plus qu'à ](; soutenir. Les guerres élraiigères, cl qui n'étoient encore que de nation à nation, occujjoienl la valeni- de ses sujets, sans accabler ses p('u[)l('s. Heureuse si elle n'eût pas coiniu depuis toute sa puissance, et si, en ignorant con]l)ien il lui étoit aisé de conquérir, elle n'eut pas senti dans la suite tout ce qu'elle pou voit j)erdi'e !

Le mariage de l'infante d'Lspagne avec Louis venoit de suspendre les anciennes jalousies, que le voisinage, la valeur, la puissance Ibrmoient entre les deux nations. Les Pyrénées, qui les avoient vues tant de fois se disputer la victoire, les virent mener en triomphe, sur les mêmes lieux, les gages augustes de la paix. Le lit nuptial fut, pour ainsi dire, dressé sur le champ fameux de tant de batailles. On y célébroit, sans le savoir, la naissance future d'un souverain, que ce mariage devoit un jour donner à l'Espagne. Mais ce grand jour, qui enfanta depuis la réunion des deux empires, ne put encoie réunir les cœurs.

La régente ne survécut pas longtemps à la joie d'une cérémonie qui fut le fruit de sa sagesse, l'objet lixe de ses désirs, et qui couronna sa glorieuse administration. Le grand ministre qui l'avoit aidée à soutenir le poids des allaires, et qui avoit su sauver la France malgré la France conjurée contre lui, avoit vu peu auparavant expirer avec lui une autorité que la France ne souffrit jamais sans jalousie entre les mains d'un étranger, mais que les orages avoient aflérmie.

Louis se trouva seul, jeune, paisible, absolu, puissant, à la tète d'une nation belliqueuse; maître du cœur de ses

oiJAlsoN 11 .m;i!1;i; i»i. i.oiis i.l-; (il; A M», k.t

sujets et (In plus lloiissaiil rouimiii' du iiioiidc: ;t\i(l(' de jjjloire, eiuiiKiinc des \ieu\ clicis, dont les e.\i)Ioits j)assés seinbloient lui rcprociicr le i-epus où il les laissoit encore. Qu'il est dillicile, ([uaud ou peut tout, de se délier qu'on peut aussi tiop eulie|)iendre!

Les succès justifient bientôt nos eiiti'cpiises. La Flandre est d'abord revendiquée connue le patrimoine tle Tliérèse ; et tandis (|ue les manifestes éclaircissent notre droit, nos victoires le tlécident.

La Hollande, ce boidevartl que nous a\ ions élevé nousmêmes contre l'Espagne, tombe sous nos coups ; ses villes, devant lesquelles l'intrépidité espagnole avoit tant de fois échoué, n'ont plus de mur à l'épreuve de la bravoure françoise, et Louis est sur le point de renverser en une campagne l'ouvrage lent et pénible de la valeur et de la politique d'un siècle entier.

Déjà le feu de la guerre s'allume dans toute l'Europe : le nombre de nos \ictoires augmente celui de nos ennemis; et plus nos ennemis augmentent, plus nos victoires se multiplient. L'Escaut, le Rhin, le Pô, le ïher n'opposent qu'une foible digue à la rapidité de nos conquêtes. Toute l'Europe se ligue , et ses forces réunies ne servent ({u'à montrer la supériorité des nôtres ; les mauvais succès irritent nos ennemis , sans les désarmer ; leurs défaites , qui doivent linir la guerre, l'éternisent ; tant de sang déjà répandu nourrit les haines, loin de les éteindre ; les traités de paix ne sont que comme l'appareil d'une nouvelle guerre. Munster, Mmègue, Riswick, où toute la sagesse de l'Europe assemblée promettoit de si beaux jours, ne forment que des éclairs qui annoncent de nouveaux orages : les situations changent, et nos prospérités continuent. La monarchie n'avoit pas encore vu des jours si brillants :

I(i8 si: H. M ON S Di: MASSII.Ld.N.

elle s'rloit r(.'lcv(''C juilrclois de ses iiiallieiirs, elle; a pensé |)('i-li' (■( (■'( Toiilci" ' sous le poids de sa propre gloire.

La terre toute seule ne senibloit pas même suflire à nos triomphes. La mer encore gémissoit sous le nombre et sous la grandeur énorme de nos navires. INos Hottes, ([ul suHisoient à [)eiiie sous les derniers règnes pour mettre nos cotes à couvert de l'insulte des pirates, portoient partout au loin la terreur et la victoire. Les ennemis, attaqués jusque dans leurs ports, avoient paru céder à l'étendard de la Fi'ance l'empii'e des deux mers. La Sicile, la Manche, les îles du nouveau monde, avoient vu leurs ondes l'ougies par les défaites les plus sanglantes , et l'Afrique même , encore fière d'avoir vu autrefois échouer sur ses cotes la valeur de saint Louis et toute la puissance de Charles -Quint, ne trouvant plus d'asile sous ses remparts foudroyés, avoit été obligée de venir s'humilier, et d'en chercher un au pied du trône de Louis.

Nous nous élevions de tant de prospérités, et nous ne sa\ions pas que l'orgueil des empires est toujours le premier signal de leur décadence.

Telle fut la grandeur de Louis dans la guerre. Jamais la France n' avoit mis sur pied des armées si formidables ; jamais l'art militaire, c'est-à-dire l'art funeste d'apprendre aux hommes à s'exterminer les uns les autres, n'avoit été poussé si loin; jamais tant de généraux fameux, et pour ne parler que de ces premiers temps , un Condé , dont le premier coup d'œil décidoit toujours de la victoire; un Turenne, qui, plus tardif en apparence, n'en étoit que plus sûr du succès; un Créqui, plus grand le jour de sa défaite que dans les jours de ses triomphes; un Luxembourg,

1. Cet emploi du neutre pour le réfléchi est tout à fait insolite. L'ellipse (lu pronom personnel ne peut s'admettre qu'avec les verbes faire et laisser.

ou AI SON riMlKUi: 1)1-: l.oi IS l.!; (ilt.\Nl). lii'.)

((ul --tMiihloit se jouer de la nIcIoIic, et laiil d'autres venus depuis, ([ue nos annules mettront lui jdui' parmi les (iuesclins et les Dunois de notre siècle !

Mais, hélas! triste souvenir de nos victoires, que nous ra[)pelez-vous? Moumnents superbes élevés au milieu de nos places publi([ues, pour eu immortaliser la mémoire , ({ue rappellerez-vous à nos neveux, lorsqu'ils vous demanderont, connue autrefois les Israélites, ce que signilieiit vos masses pompeuses et énormes? Qnaiulo inUrroguverint ros filii vcslri , dicciilcs... : Onid sibi roliint isd lapides'/ (Jos., IV, (i.) Vous leur rappellerez un siècle entier d'horreur et de carnage : l'élite de la noblesse françoise précipitée dans le tombeau ; tant de maisons anciennes éteintes; tant de mères point consolées, qui [)leurent encore sur leurs enfants ; nos campagnes désertes , et au lieu des trésors qu elles renferment dans leur sein , n'offrant plus que des ronces au petit nombre des laboureurs forcés de les négliger ; nos villes désolées : nos peuples épuisés; les arts à la fin sans émulation; le commerce languissant : vous leur rappellerez nos pertes, plutôt que nos conquêtes : Quaiido intcrrogaverint vos filii vcstri , dircnlcs : Qiiid sibi vol/uit isti lapides? Vous leui" rappellerez tant de lieux saints profanés ; tant de dissolutions capables d'attirer la colère du ciel sur les plus justes entreprises; le feu, le sang, le blasphème, l'abomination, et toutes les horreurs qu'enfante la guerre : vous leur rappellerez nos crimes plutôt que nos victoires : Quiindo intcrrogaverint vos jilii vestri, dicentis : Onid sibi rolunl isti lapides?

0 fléau de Dieu! ô guerre! cesserez-vous enfin de ravager l'héritage de Jésus- Christ? 0 glaive du Seigneur ! levé depuis longtemps sur les peuples et sur les

170 si-.iiMnxs Dr: massillon.

iKiiioiis, lie NOUS j-cposerc'z-\ (JUS pas eiic(jrc? O mnrru Doininil usqucquo non quicsces? (Jérkm., xlvji, O.) Vos vengeances, ô mon Dieu! ne sont-elles pas encore accomplies? iN'auiiez-vous encore donné qu'une fausse paix ta la terre? L'iiniocence de l'auguste eulant (pie \ous \enez d'établir sur la nation ne désarme-t-elle pas votre bras, plus que nos iniquités ne l'irritent? Regardez-le du haut du ciel, et n'exercez plus sur nous des châtiments qui n'ont servi jus(pi'i(i (pià nuiirq)lier nos crimes : O miicro DjDiini l Hsqncquo itou quicsces'/ Ingrcdccc in nujituun tiunn, rcfrigcriirv , et sile.

\]w si long cours de prospérités inouïes, qui devoit un jour nous coûter si cher, éleva bient(jt le royaume à un point de gloire et de magnificence où les siècles passés ne l'avoient pas encore vu. La France devint comme le spectacle pompeux de toute l'Europe. Que de maisons royales s'élevèrent, demeure superbe de Louis, où toutes les merveilles de l'Asie et de l'Italie rassend^lées sembloient venir rendre hommage à sa grandeur! Paris, comme Home triomphante, s'embellissoit des dépouilles des nations. La cour, à l'exemple du souverain , plus brillante et ]ilus magnifique que jamais, se pi({ua d'elïacer l'éclat des cours étrangères. La ville , l'imitatrice éternelle de la cour, en copia le faste. Les provinces à l'envi marchèrent de loin sur les traces de la ville. La simplicité des anciennes uKjeurs changea : il ne resta plus de vestiges de la modestie de nos pères que dans leurs vieux et respectables portraits, ([ui en ornant les murs de nos palais nous en reprochoieut tout bas la magnificence. Le luxe, toujours le précui'seur de l'indigence , en corronqjant les UKX'urs , tarit la source de nos biens; la misère même, qu'il avoit enfantée, ne put le modérer; la perpétuelle inconstance

oiiAisox l'iNKitiu: Di'] i.ons m: c.iiamj. i:i

(l('> oriiciiii'iils fui un des ;il liihiil-^ de la iialioii; la hi/ai'l'erie tlcviiit un ^oùt ; nos \oisiiis niC'mcs, à ([ui noire faste nous i-emloit si odieux, ne laissèrent [)as d'en \enii' clierclier chez nous le modèle; et, après les avoir ej)nis(''s j)ar nos \ictoii"es, nous sûmes encore les corrompre par nos exemples,

Cependant charpie jour enibellissoil le règne de Louis. La navigation, plus florissante ([ue sous tous les règnes précédents, étendit noire commerce dans toutes l(!s [)arties du monde connu. Des honnnes habiles fiu'ent envoyés vers les cotes les plus éloignées de l'un et de l'auti-e hémisphère pour prentlre des points fixes et en [)erfeclionner les connoissances. Lu édilice c(''lèl)re' s'éleva hors de nos nnirs, où, en observant le cours des astres et tonte la magnificence des cieux, on marque au i)ilote des routes certaines sur la vaste étendue de l'Océan, et on apprend au philosophe à s'humilier sous la majesté immense de l'Auteur de l'univers. Nos Hottes, aidées de ces secours, nous apportoient tous les ans, comme celles de Salomon, les richesses du nouveau monde. Hélas ! ces nations insulaires et simples nous envoyoient leur or et leur argent, et nous leur portions peut-être en échange, au lieu de la foi, nos dérèglements et nos vices.

Le commerce , si étendu au dehors , fut facilité au dedans par des ouvrages dignes de la grandeur des Romains. Des rivières, malgré les terres et les collines qui les séparoient, virent réunir leurs eaux, et porter au pied des murs de la capitale le tribut et les richesses diverses de chacjue province. Les deux mers qui entourent et qui enrichissent ce vaste royaume se donnèrent , ])our ainsi

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