L'Observatoire
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diic, l;i iiKiiii : r| un cniiiil inii-aciilriix |);ir la hardiesse et les lra\;uix inc()iii|)réliensil)les de Tenlreprise rappi'ocha ce (|ue la iiatui-e avoit séparé par des espaces immenses.
Il éloit réservé à Louis d'achever ce que les siècles précédents de la. nionarchic u'ani'oient même osé souhaiter : c'étoit le rèti,"ne des |)rodiges; nos pères ne les a\ oient pas même imaginés, et nos nev(;ux n'en vcriont jamais de semhiables; mais, [)lus heureuK que nous, ils verront peutèli'e le règne de la paix, de l;i frugalité et de l'innocence. Qu'ils n'ai'ri\ent jamais au comble frivole de notre gloire, plutôt que de l'acheter au pri\ des vices et des malheurs où elle nous a précipités!
Il est vrai que les soins de Louis pour augmenter l'éclat et le bon ordre du royaume ne se proposoient point de bornes. La ville régnante, l'abord de toutes les nations, et qui rassemble le choix comme le rebut de nos provinces, vit ce nombre prodigieux d'habitants si différents de mœurs, d'intérêts, de pays, vivre comme im seul homme. La police y ùta au crime la sûreté que la confusion et la multitude lui avoient jusque-là donnée. Au milieu de ce chaos régnèrent l'ordre et la paix ; et dans ce concours innombrable d'honuues si inconnus les uns aux autres, nul presque ne fut inconnu à la vigilance du magistrat.
Le royaume entier changea de face comme la capitale : la justice eut des lois fixes, et le bon droit ne dépendit plus, ou du caprice du juge, ou du crédit de la partie; des règlements utiles, et qui deviendront la jurisprudence de tous les règnes à venir, furent publiés; l'étude du di"oit françois et du droit public se ranima; des sénateurs célèbres, et dont les noms foriueront un jour la tradition des grands hommes qui embelliront l'histoire de la magistrature, ornèrent nos tribunaux; l'éloquence et la science
oKAisoN FrM'.iiiii; m: i.oris i.i'; en and. it:;
(les lois et (les ma\liii('s hi'illciciil dans le haiTcaii , et la trihiiiii' (In sciial principal (lc\int aussi célèbre par la majesté (les plaicloNcrs pu])lics (juc l'avoit été sous les llortense et sous les (licérou celle de Pioine.
A i|nel poini de ptMicction les sciences et les ai'ls ne lurent-ils pas portés I Vous en serez les monuments éternels, écoles fameuses rassemblées autour du trône, et qui en assurez |)lus l'éclat et la majesté que les soixante vaillants (jui en\ ironnoient le li'ùne de Salomou ! (Cam., m, 7.) L'émulation y forma le goût: les récompenses augmentèrent l'émulation ; le niéi-ite, f[iii se niultiplioit, nndtiplia les récompenses.
Quels lionnnes et quels ouvrages vois-je sortir à la lois de ces assemblées savantes : des Phidias, des Apelles, des Platons, des Sopliocles, des Plantes, des Démosthènes, des Horaces ; des lionnnes et des ouvrages au goût desquels le goût des âges futurs de la monarchie se rappellera toujours ! Je vois revivre le siècle d'Auguste, et les temps les plus polis et les plus cultivés de la Grèce. Il falloit que tout fût marqué au coin de l'immortalité sous le règne de Louis, et que les époques des lettres y fussent aussi célèbres que celles des victoires.
La France a retenti longtemps de ces pompeux éloges, et nous nous sommes connne rassasiés là-dessus de nos propres louanges. Mais, le dirai-je ici? en ajoutant à la science, nous avons ajouté au travail et à la malice : les arts, en llattant la curiosité, ont enfanté la mollesse; le théâtre plus florissant, mais toujours le triste fruit de l'abondance, de l'oisiveté et de la corruption, ou a donné du ridicule au vice, sans corriger les mœurs, ou a corrompu les mœurs en rendant le vice plus aimable ; la poésie , en nous rappelant tout le sel et tous les agréments des
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anciens, nous en a rappclr les srduclinns cl la licence: la philosophie a paru |)ei(li-e du cùlv de la simplicilé tie la loi ce qu'elle acrpiéroil de phis sur les connoissances de la nature ; l'élorpience, toujours flatteuse dans les monarchies, s'est aU'adie par des adulations dangereuses aux meilleurs princes ; enfui la science môme de la religion , plus exacte et plus approi'ondie, et d'où dévoient naître la paix et la vérité, a dégénéré en vaines subtilités et éternisé les disputes. () siècle si vanté! ro/rc if/iioniuiie scsl donc vnilllplicc (ircc votre gloifcl (()>ke, iv, 7.) Mais la gloire a})partenoit à Louis, et l'abus qu'on en a fait a été notre seul on\ rage. Ainsi éclatoit au loin la grandeur et la réputation de la France, tandis qu'au dedans elle s'all'oiblissoit par ses j)ropres avantages.
Je ne rappelle ici qu'une partie des merveilles dont vous avez été témoins. Tout ce qui fait la grandeur des empires se trouvoit l'éuni autoui' de Louis : des ministres sages et habiles , ressource des [)euples et des rois; nos frontières reculées , et qui sembloient éloigner de nous la guerre pour toujours ; des forteresses inaccessibles élevées de toutes pai-ts, et qui paroissoient plus destinées à menacer les Etats ^oisins (pi'à mettre nos Ltats à couvert; l'Espagne forcée de nous céder, par un acte solennel, la préséance qu'elle nous avoit jusque-là disputée ; Rome même désavouer, par un monument public, le droit des gens violé, et l'outrage fait à une couronne de qui elle tient sa splendeur et la vaste étendue de son patrimoine ; enfin le souverain lui-même d'une république florissante descendre de son trône , d'où ses prédécesseurs n'étoient pas encore descendus, quitter ses citoyens et sa patrie, et venir mettre les marques fastueuses de sa dignité aux ])ieds de Louis , [)Our lléchir sa clémence.
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{li'aii(U ('V l'iirmciils ((iii nous allii'oiciil la jalousie bien plus '(lie radmiialioii de riùiropel et des (hôiieineiUs ([ui l'ont tant (le jalouv peuvent bien enihellir l'histoire d'un règne, mais ils n'assurent jamais le bonheur d'un Ktat.
Qu ' niau<|U()it-il. dans ces temps lieureuv, à la ^'loire de Louis? Arbitre de la pai\ et de la [,nierre ; maîti'e de rEnro[)e; formant presjpie a\cc la même autorité les décisions des cours étrangèi'es que celles de ses propres conseils: trouvant dans Famour de ses sujets des ressources qui, en tarissant leurs biens, ne pouvoient épuiser leur zèle ; conservant sur les pi-inces issus de son sang, signalés par mille victoires, un pouvoir aussi absolu que sur le reste de ses sujets ; voyant autour de son ti'ùne les enfants de ses enftints; le père d'une nombreuse postérité; le patriarche, pour ainsi dire, de la famille royale, et élevant tout à la fois, sous ses yeux, les successeurs des trois règnes suivants : jamais la succession royale n'avoit paru [)lus affermie: nous \ oyions croître au pied du troue les rois de nos enfants et de nos neveux. Ilélas 1 h peine en reste-t-il un pour nous-mêmes; et il n'est demeuré qu'une étincelle dans Israël, Mais ne hâtons pas ces tristes images que la constance de Louis doit nous ramener dans la suite de ce discours.
Que ces jours de deuil paroissoient loin de nous, en ce jour brillant où nous donnions des rois à nos voisins ; et où l'Espagne même, qui avoit ébranlé tant de fois l'empire françois, et qui depuis si longtemps usurpoit une de nos couronnes, vint mettre toutes les siennes sur la tète d'un des petits-fds de Louis !
Ce fut ce grand jour qu'il parut comme un nouveau Charlemagne, établissant ses enfants souverains dans l'Europe ; voyant son trône environné de rois sortis de son
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sjiiit;: iviinissaiit (Micoi'o une fois sons la race auguste des Francs les peuples et les nations; faisant mouvoir du fond de son |)alais l(;s ressorts de tant de l'oyaumes et devenu le centre et le lien de deux vastes monarchies dont les intérêts avoient semblé jus(|ue-là aussi incompatibles que les humeurs.
Jour mémoi'able! il est vrai, vous ne serez écrit sur nos fastes qu'avec le sang de tant de François que vous avez fait verser : les malheurs que vous prépariez nous ont rendu cette gloire triste et amère ; vos dons éclatants, en flattant notre vanité , ont humilié et pensé renverser notre puissance. L'Espagne ennemie n'avoit pu nous nuire, l'Espagne alliée nous a accablés : nos disgrâces seront éternellement gravées autour de la couronne qu'elle a mise sur la tête d'un de nos princes. Mais , si la Castille a vu notre joie modérée par nos pertes , elle ne verra jamais notre estime pour sa valeur et sa fidélité , et notre reconnoissance pour son choix, alîoiblie.
J'avoue, mes frères, cj[ue la gloire des événements, qui embellit un règne, est souvent étrangère au souverain: les rois ne sont grands que par les vertus qui leur sont propres; leurs succès les plus éclatants peuvent ne couvrir que des qualités fort obscures, et prouver qu'ils sont bien servis plutôt que dignes de commander.
Mais ici nous ne craignons pas de dépouiller Louis de tout cet éclat qui ^en^ ironnoit, et de vous le montrer luimême. Quelle sagesse et c[uel usage des affaires! l'Europe redoutoit la supériorité de ses conseils autant que celle de ses armes ; ses ministres étudioient sous lui l'art de gouverner; sa longue expéi'ience mûrissoit leur jeunesse et assuroit leurs lumières ; les négociations, conduites par l'habileté, réussissoient toujours par le secret. Quel bon-
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lieur la ii'[)utatioii seulu du {^njuNcriiciuciit ne prunieltoitellc pas à la France , si nous eussions su nous contenter de la gloire et de la sagesse! Tons les rois voisins, qui eu naissant avoicnt IrouNé Louis déjà \icilli sui- le irùne, se lussent regardés connue les enfants et les pupilles d'un si grand roi ; il n'eût pas été leur vainqueur, mais il i'ioil assez grand pour mépriser les Iriomphes,^ et il eut été leur tuteur et leur père.
De ce fonds de sagesse sortoit la majesté l'épandue sur sa personne : la vie la plus privée ne le vit jamais un moment oublier la gravité et les bienséances de la dignité royale; jamais roi ne sut mieux (|ue lui soutenir le caractère majestueux delà soiivei'aineté. Quelle grandeur quand les ministres des rois venoient au })ied de son trône ! quelle précision dans ses paroles ! quelle majesté dans ses réponses ! Nous les recueillions comme les maximes de la sagesse, jaloux que son silence nous dérobât trop souvent des trésors qui étoient à nous, et, s'il m'est permis de le dire, qu'il ménageât trop ses paroles à des sujets qui lui prodiguoient leur sang et leur tendresse.
Cependant, vous le savez, cette majesté n'avoit rien de farouche : un abord charmant, quand il vouloit se laisser approcher: un art d'assaisonner les grâces, qui touchoit plus que les grâces mêmes ; une politesse de discours qui trou\ oit toujours à placer ce qu'on aimoit le plus à entendre. Nous en sortions transportés et nous regrettions des moments que sa solitude et ses occupations rendoient tous les jours plus rares. Nation fidèle, nous aimons de tout temps à voir nos rois, et les rois gagnent toujours à se montrer à une nation qui les aime.
1. Jam Ca?sar ttintus crat , ut posset triumpbos couteninere (Flok.j. n. 12
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|'!l (|m'l roi \ ;iiiroiL plus gagné ([iic Louis? Vous pouvez le dire ii'i à i)i;i place, anrifiis et illiislri's sujets occupés autour (le sa ix'i'souiic. Au luilicu de vous ce n'étoit plus ce graud roi, la terreur de l'I'Jirope, et dont nos yeux |)ou\oient à peine; soutenir la majesté; c'étoit un maître humain, facile, bienlaisant, alTable : l'éclat qui Fenvironnoit le déroboit à nos regards; uous ne voyions que sa trloire, et vous voviez tont;is ses vertus.'
l'n fonds d"lionneur, de droiture, de probité, de vérité; (pialités si essentielles aux rois, et si rares pourtant uième parmi les autres bommes ; un ami fidèle; un époux, malgré les foiblesses qui partagèrent son ca^ur, toujours respectueux pour la vertu de Thérèse; condanuiant, })our ainsi dire, par ses égards pour elle, l'injustice de ses engagements, et renouant par l'estime un lien afi'oibli par les passions ; un père tendre , plus grand dans cette bistoire domestique, qui ne passera peut-être point à nos ueveux , ({ue dans les événements éclatants de son règne, que les bistoires publiques conserveront à la postérité.
Mais ces vertus humaines, que sont-elles devant Dieu quand la piété ne les a pas sanctifiées? bêlas! le vain sujet souvent des louanges des bommes et des vengeances du Seigneur. Mais cette gloire si célébrée, et qui a fait tant de jaloux ou de llatteurs, à quoi mène-t-elle pour l'éternité, si l'on ne l'a pas rendue à celui à qui seul la gloire est due? à un jugement plus rigoureux, et par l'ambition qui toujours y conduit, et par l'orgueil qu'elle inspire. Destinée terrible, et toujours h craindre pour les plus grands rois surtout, vous n'augmenterez pas le deuil de nos prières et vous ne troublerez pas la ])aix des olfrandes saintes qui
1. Quelle fine critique de la pompe trop orientale dont s'entourait le g l'an d roi !
()i;aiso\ ir\i:inti; dk i.ons i.r; hua m» i7'.»
iV[)()st'iU sur l'aiitL'l , el <ini \<»iil sollicilcr pour Lotiis Je l'ère (les miséi'icoi'dt's.
Il coiimit 1(> lU'.'uit (It! la gloire liimialiH' : /s7 (ifiiion'i qiioil i/t /lis quoqui' csscl lnhor et o/fli'r/io spirilits ; el il lut encore plus grand [)ai- uu(; loi humble et par une piété sincère ([ue par l'éclat de sa pui-sance et de ses victoires.
1) !• u x 1 1- mi: p V u I 1 1 .
L'onction sainte répandue sur les i-ois consacre leur caractère et ne sanctifie pas toujours leur personne : l'étendue de leurs devoirs n'-poud à celle de \r\\v puissance; le sceptre est plutôt le titre tle leiu's soins et de leur servitude que de leur autorité ; ils ne sont rois que pour être les pères et les pasteurs des peuples; ils ne sont pas nés pour eux seuls, et les \ertus [)rivées, qui assurent le salut du sujet toutes seules , se tourneroient en vices pour le souverain.
C'est à la sublimité de ces idées primitives que l'Écriture rappelle l'éloge d'un des plus saints rois de Juda. H conserva son cœur fidèle à Dieu : GiibcniavU ad Dotninum cor ipsins (Eccli., xlix, 3, Zi); c'est le devoir essentiel de l'homme. Il renversa les abominations de l'impiété et tous les monuments de l'erreur : T/dit abou/iiiafioiics iiiipictatis; c'est le zèle du souverain. 11 allérmit la piété dans les jours de péché et de malice, en l'honorant de ses faveurs et de sa confiance : In dicbus peccalonnn corroburavit pietalcin-, et c'est l'exemple que doit à ses sujets celui qui en est le pasteur et le père.
Louis porta ^ en naissant un fonds de religion et de