‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 31 sur 58 · Hotcl des Invalides · texte numérisé non relu

Hotcl des Invalides

'2. Maison de Saint-Cyr.

:\. La Trappe et Sept-Fonts.

(>u\iS()\ I" r N i: H i{ i. \)\: 1.(1 1 M ih; (;i;\\ii. m.i

/•///// super iosiiiiild I M\(ii.. ii, •Jt», 'M)\. Des oin i;i<;('s iiiliiiis, rt'iii|)lis (le (lodiiiic ri de liiinirrc, paroissciil poiiiaider à la pictc di's lidrics. Nos im'\cii\, (|ni, i-ii iciiiuntant. rctruiiN l'i'oiil dans ce siccir Ifs prciiiicrs iiioiiiiiiirnls de lu scit'iicc cl de la \)\v[v iTiioiiM'Iécs, hriiiront le icl,^iic lie l.onis, icccn loiit la ,i;iàci' ([ne nous a\ons rejetee, el puiseront dans ces secours dus à ses soins, et transmis d'âge en âge, les règles des nueurs, la justice et le salut ([ne nous n'axons pu tron\ei' même dans ses exemples.

(hi'étoit-il réser\é à une piéh' si lidrir à Dicn. si z('l<''e [)uur l'Eglise, si utile aux [)enples. ipi'nne couronne de justice, encore plus éclatanle (juc celle (pi'il a\oit reçue de ses ancêtres, et une nioit encor(! ()lus glorieuse à la grâce et plus héroïque ([ue sa \ie?

Non, mes frères, la source du véritable héroïsme et de l'élévation des sentiments est dans la foi; le monde n'a jamais lait ([ue de faux héros, et la moi't. ([ni nous monti'e toujoui's tels que nous sonuues, déc(juvre enfin en eux, ou une Ibiblesse de timidité ([ui les déshonore, ou une ostentation de fermeté, encore [)lus foible et |)lus méprisable ([ue leur frayeur, parce (pfelle est plus fausse. Louis meurt en roi, eu héros, en saint. Mn soudain dépérissement ébranle d'abord les fondements, ce sendjie inaltérables, d'une santé que l'âge, les alllictions et les soins laborieux d'un long règne a\oient jusque-là respectée. Il avoit vécu au delà de l'âge des rois; et elle nous promettoit encore une vie au delà du cours ordinaire de celle des autres hommes : il avoit vu naître nos pères, et il semble que nous comptions que c'étoit à nos neveux à le voir mourir. Tout ce qui nous llatte nous paroît toujours devoir être éternel.

Mais Dieu, dont le règne seul ne finit [:oint , et qui

|()(i s !■; irMo Ns ni': m a s> i i.i.o.n.

;i\(»il (h'jà ciiiprciiit au dedans de lui les (•;u'a(:tèr(îs iiioiïacahles de la iiioil , les caclioit encore aux lumières de l'ail el aux Naines espérances d'une coiu' que rexcelleiice du lenipei'anient rassiiroil eiicoi'e. .Mais enlin le seci'et de Dieu se déclare : la niori cacln'e an dedans laisse xoir au dehors des signes toujours Irop inFaiHibles, ([lii l'annoncent : on ne peut plus la inéconnoîtrc; sa lenteur augmente encore les horreurs de l'ajjpareil. Louis seul la voit d'un œil tranquille. Au milieu des sanglots de ses anciens et lidèles serviteurs , de la consternation des princes et des grands, des larmes de toute sa cour, Louis trouve dans la foi une paix, une fermeté, une grandeur d'âme ([ue le inonde n"a pas encore donnée. Pourquoi pj curez-vous? dit-il à un des siens, que les larmes abondantes d'une douleur moins circonspecte lui font remarquer; acicz-rous cru (juc les rois éloieiit iuunortels?

Ce monarque environné de tant de gloire, et qui voyoit autour de lui tant d'objets si capables de réveiller ou ses désirs ou sa tendresse, ne jette pas même un aùl de regret sur la vie; il ne lui reste pas même ces incertitudes qui montrent encore la xie au mourant, et qui mêlent du moins aux tristes saisissements de la crainte les douceurs de l'espérance. 11 sait que son heure est venue, et qu'il n'y a plus de ressource, et il conserve dans le lit de sa douleur cette majesté, cette séi-énité qu'on lui avoit vue autrefois au jour de ses prospérités sur son trône; il règle les affaires de l'État, qui ne le regardent déjà plus, avec le même soin et la même tranquillité que s'il commençoit seulement à régner; et la vue sûre et prochaine de la mort ne lui donne pas ce dégoût et cette horreur de penser à ce qu'on ^a quitter, qui est plutôt un désespoir secret de le perdre qu'une marque que l'on ne l'aime

()i{\is()\ l'iMiitui: ni: ions \.i: (in.wn pi:

plus. Les sacrt'iiit'iits (U's moiiiMiils n Oui pas imioiir de lui cet air sombre cl Iii<i;ul)i"(' ijui d'ordiiiaiit' les accoiupagiu' ; ce sont (les iiiysti'i'cs de paix et (le iiiagnificeiice. Et ee n'est pas ici un de ces nionients rapides el iiiTupies où la \('vl\i se l'appelle tniil enlière et trouxe, dans la courte tlurée de l'ellroi du speclacle, la ressource de sa fei'meté : les jours \i(les el les nuils laborieuses se prolongent, et rintré])i(lit('' de sa vertu semble croîtrt^ et s'afl'ermlr siii- les (hVbrls de son coi'ps terrestre, (hi'on est grand, (juand on Test par la loi!

La \ue fixe et assurée de la mort, soutenue durant plusieurs jours sans loiblesse, mais avec religion ; sans philosophie. maisa\ec ime majestueuse fermeté; ne voulant exciter ni Tattendrissement, ni l'admiration des spectateurs: ne cherchant ni à les intéresser à sa perte par ses regrets, ni à s'attirer leurs éloges par sa constance; plus grand mille fois que s'il eût alfecté de le paroître. Accourez à ce spectacle, censeurs frivoles et éternels de sa vertu, et qui aviez traité peut-être sa piété de foiblesse, et voyez si la vanité toute seule ne se feroit pas honneur de tout ce que la grâce opère de grand en Louis dans ces derniers moments ! Mais la vanité n'a jamais eu que le masque de la grandeur, c'est la grâce qui en a la vérité.

Il assemble autour de son lit , comme un autre David mourant, chargé d'années, de victoires et de vertus, les princes de son auguste sang et les grands de l'État, Avec quelle dignité soutient-il le speclacle de leur désolation et de leurs larmes! Il leur rappelle, comme David, leurs anciens services; il leur recommande l'union, la bonne intelligence, si rare sous un prince enfant, les intérêts de la monarchie, dont ils sont l'ornement et le plus ferme soutien ; il leur demande pour son fds Salomon , et pour

\[)s si:i;m().\s ni', m assi i.i.oN.

la loiMcssc (le son àt^c, le inrinc zric , la iiiriiic liih'lili'' (|i]i lc> a\(iil lonjoiirs si lorl (lisrni!4ii(''S sons son ro^nc. Jamais il n'a paru plus \ (''l'ilahlcnicnl roi : (■"csl (|n'il r(''loil (l(''jà(laiis le ciel: cl (juc le rri:;n(' (In jnsic csl encore pins j^-rand cl pins nlofieiiv (jnc ceini des l'ois de la t(!i"re.

Ijilin, le jeune Salonion, rangiisie enfant, est appelé. Louis ollre an Dieu de ses ancêtres ce reste précieux de sa maison royale, cet enfant san\é du débris, fjni lui raj)pelle ]a ])ert(> encore récente de tant de ])rinces, et que SOS prières et sa piété ont sans doute conservé à la iMance. 11 demande pour lui à Dieu , connne ])a\id ])our son lils Salonion, un v(puv fidèle à sa loi, tendre ])onr ses peuples, zélé pour ses antels et poui' la i;-loire de son nom : Stilomoni cjungiir filio mco (la cor pcrfcclum ^ ut ciistoduil vidiidiilii tiui [\ Par., wix, lU). Il lui laisse pour dernières instructions, connue nn héritage encore })lus cher que sa conromie, les maximes de la ])iété et de la sagesse : Mou /ils, lui dit-il, ro//s //Ile: flrc un (jrond roi : VKiix souvcncz-i'ous que loiit roirc b nilicnr dcpoidvd (rCirv suiiniis ii Dieu, et du soin que vous aurez de sou- Imjer ros peuples, l'évitez lu guerre: ne suire: pus lùdfssus tues e.reniples; soyez u}i prinee pueifiepie , eruiejnez Dieu el souluf/e: ros sujets. Il lève les mains au ciel, connue les jiatriarches au lit de la mort, et réjiand sur cet enfant, avec ses v(eux et ses bénédictions, des larmes (pii échappent à sa tendresse, ou à la joie qu'il a d'aller ])ossé(ler le royaume de l'éternité qui lui est préparé.

RetoLU'nez donc dans le sein de Dieu d'où vous étiez sortie, âme héroïrpie et clirélienne ! votre co'ur est déjà où est votre trésor. Brisez ces foibles liens de votre mortalité, qui prolongent vos désirs et qui l'etardent votre espérance : le jour de notre deuil est le jour de voti'e

iti;\i>>(»\ iiM'.inih: \)\-: i.oris i.i-: ckand. l'i-.i

!:;l()iri' cl de nos ii luinplics. One les allers liitrlaires tie la KraiR'c v'uMiiiciit aii-dcvaiil de nous ])()iir vous conduinî avec pompe sur le Irùiic (pii nous csI dcstiiié daus le ciel, à côté (les saiuts rois vos auctMres, de C.liarlrniaf^ne et de saint l.ouls. Aile/, icjuiiidn' TlMTèse, Louis, Ad(''laï(le, (|iii vous attendent, et essuyer auprès d'eux, daus le séjour de rinuuoi-talité, les laiMues rpie vous avez répandues sur leurs cendi'es. Kt si, connue nous resp(''i'(»ns. la sainteté et la droiliu-e de nos intentions a suppléé (lt'\ant Dieu ce qui peut avoir manqué, durant le cours d'un si lonu; règne, au mérite de vos u'uvres et à l'intégrité de vos justices, veillez du haut de la demeure céleste sur un royaume ([ue vous laissez dans rallliclioii. snr nn loi enl'ant ipii n'a pas eu le loisir de croître et de mûrir sous vos \en\ et sous vos exemples: et obtenez la lin des malheurs qui nous accablent, et des crimes qui semblent se nnilii[)lifiavec nos malheurs.

Et vous, grand Dieu! jetez du haut du ciel des yeux de miséricorde sur cette monarchie désolée, où la gloire de votre nom est plus connue (pie parmi les autres nations, où la foi est aussi ancienne que la couronne, et où elle a toujours été aussi pure sur le trône que le sang même de nos rois qui Tout occupé. Défendez-nous des troubles et des dissensions auxquelles vous livrez presque toujours l'enfance des rois : laissez-nous du moins la consolation de pleurer paisiblement nos malheurs et nos pertes. Étendez les ailes de votre protection sur Teulant précieux que vous avez mis à la tète de votre peuple, cet auguste rejeton de tant de rois, cette victime innocente échappée toute seule aux traits de votre colère et à l'extinction de toute la race royale. Donnez-lui un cœur docile à des iustructious rpii voiU éti-e soutenues de

'2(1(1 S i;k m on s I)I': m a ssi m. on.

};r;iii(ls exemples; (|iie la |)iét('' , la clt-iiieiicc, riiiiiiianilc;, et tant d'autres mmIiis (|iii vont |)r(''si(l('r à son (''diication, se r(''j)an(lent snr tout le cours de son fègne. Soyez son Dieu et son père, pour lui appi'endre à être le p(>re de ses sujets: et eoiiduisez-uous tous enseuible à la bienheureuse inunortalité.

SKKMO.N

I.A riTK DK LA IM i; I KIC A 1 I () \ 1)K I. \ SAIN'IK \ I K I! (i K.

Sl'H LA SOUMISSION \ I. \ \()l,()\Tl': l)K 1)1 Kl .

/'ostijiunti ii»iiliii siint difn j)W(i<ilinnh Mariw seciimbim l((jem Moyai , Inlcrvnl Jcsiini in Jérusalem, lit sistetent eum Domino.

Le temps de la purification de Marie Ptant accompli selon la loi de: Moïse, ils pt)itèiviit l'Enfant à Jérusalem , pour le présenter au Sei- Kueur.

t I.uc, 11, 2-2.I

La soumission à la volonté de Dieu est la <;-i'aude vertu dont Marie nous donne aujourd'hui l'exemple, dans le mystère que l'Eglise propose à la piété des fidèles. Quoique toute la vie de cette Yierge sainte ait été une conformité continuelle aux ordres du ciel, un acquiescement universel aux vues et aux desseins de Dieu sur elle, il semble cependant que c'est cette disposition ([ui domine le plus dans l'oblation qu'elle fait aujourd'hui de son fils au temple, et que c'est dans ce mystère que le sacrifice qu'elle lait à hi volonté de Dieu de ses lumières est plus entier et plus héroïque; et c'est cette veitu principale que nous allons vous proposer pour modèle.

En effet, sans elle la vertu n'est plus qu'une humeur,

I'(l2 si; li M ON S |)i: M ASSI I.I.ON.

(II! iiiic l'cclici'clic coiirniiirllr de nous iiicmt's: s;iiis elle, les illusions de notre csprii (Icvicnncnl noire seule loi; les inconslaiices de notre co'ur, notre seule rè^de; l;i hizai'rei'ie de nos désirs, noire seul frein, el runif|ue ressort de notre conduite; nous devenons, en un mot, notre divinité nous-niémes,

(Test la conrorniilé à, la volonté de |)i('u (|ui l'ait tout le ])ri\ de nos sacrifices: (|ui donne (\\i mt-rite à nos soutrances; (|ui sanctifie nos joies; qui ote à nos aMections lenr aniertunie, à nos prospérités leur venin; (|ui lixe nos iri'ésolutions: fjui calme nos craintes: (jui soutient nos découragements; (pii l'ègie nos espérances: (pii l'ait la sûreté de notre zèle, la consolation de nos dégoûts; en un mot, qui assure tontes nos vertus, et qui nous rend utiles nos imperfections mêmes.

C'est elle qui inspire les bons conseils; qui nous l'épond (lu succès de nos entreprises; qui nous rend maîtres des événements: qui sanctifie tous les états: qui règle tous les devoirs; qui maintient la subordination des peuples, l'antoiité des empires, la majesté des souverains, la fidélité des sujets, l'inégalité des conditions, toute l'harmonie du corps ])olitique, et qui fait que chacun à sa place ne regarde pas avec envie la destinée d'autrui , et ne pense qu'à remplir et sanctifier les devoirs de son état propre.

C'est elle, Sire,' (pii fait régner les rois avec piété et avec justice, et qui corrige en eux, et l'orgueil des prospérités, et l'amertume des disgrâces, en leur faisant adorer, dans la volonté du souverain dispensateur des événements, la source commune d'où ils partent.

Page 1