‹ Œuvres choisies. Nouv. éd., accompagnée de notes et précédée d'une étude sur MassillonChapitre 32 sur 58 · Louis \i · texte numérisé non relu

Louis \i

sru 1 \ S(Ui\iissio\ A I, A voi.nNTf'. i)i' !)ii:i'. 20:1

D'où \i('iil (Iniic. mes IVrics , (|iic cclli' soumission si n(''C('-;s.rn(' cl si coiisol.niic csi si l'.iic paiiiii les (idoles? d'où xit'iil (|ir,iii iiiilini (!<■ I;i xicissiliidc (]<'<• cllOSes liuiiiaiiH's. lions \i\oiis prcsiiiic loiis coininc s'il n'\ a\()it |)oiiil d l'ilrc soincrain an-dcssnsdc nous, (|ni en IViI le niodératnir , (•oiiiinc si le hasard rloil le seul DiiMi tie rnnivcrs.on ([iic non-: l'iissions nous- inènies les artisans du honlicnr on du inallicnr de nos dcslinées?

Sonniez donc ((n'en Nons proposant anjonrd'Iini l'exemple de la soumission de Marie, je \oiis entn;- (ieniie sur nue iiialière si imporlanle. Comme par les suites de \olre raiiL!,' . de nos j)laces et de voire naissance, NOUS leiie/ la |)liij)art aux pins grands é\éiienienls (pii se passent ici-bas, sonH'rez (jne je \ons apprenne à les ramener à leur soni'ce , et à reconnoître nn Dieu dans Funivei'S, seul dispensatenr des bons et des mauvais snccès.

Premièrement, quelles sont les sources secrètes de notre ré\olte conti-e la volonté de Dieu? secondement, quels sont les avantaii;es cpii acc()nq)ap;nent la soumission à sa volonté sainte ?

C/est-à-dire , d'oii \lent (pie nous ne voulons jamais ce (pie Dieu \ent? d'oii vient cependant qu'il y a tant de douceur et de consolation à ne vouloir rpie ce (\ue Dieu veut ? Implorons, etc.

Arc, Maria.

p H !•: M I !■: n e f a u ni::.

Les principales sources de notre révolte contre la volonté de Dieu sont : premièrement, une vaine raison, qui rap])elle toujours les o-uvres du Seigneur au jugement

204 Sl^ H M(»NS It i: M A SS I l.l.()\.

(le SCS |)r(>|)i'cs liiiiiirrcs. (|iii nciiI approtoiidir ce ([n'cllc (l('\i()il adorer, t;t (|iii coïKlainm' (('iiKTalrcinciil htiil ce (liTclIc ne |)(Mil coiiipi'ciKiro.

Secoiidcinciit, un l'oiids d'amour- |)i-()pr(-! (jiii fait que nous ramenons tout à nous-mêmes, que nous nous rco^ardons comme si nous étions s(!uls dans rnnJNcrs, et qne tont Int l'ail pour nous, de sorte que lont ce rpii n'c'ntre pas dans le plan de nos \ nés et de nos passions nous révolte.

Troisièmement enlin, une fausse vertu qui sous prétexte de chercher Dieu ne se cherche qu'elle-même, et substitue toujours les désirs inutiles d'un bien que le Seigneur ne demande pas de nous aux devoirs que sa volonté sainte nous impose. Or, voilà ce que l'exemple de Marie nous apprend à sacrifier anjoui'd'hui aux ordres du ciel.

Premièrement, une vaine raison : que de doutes, que de difficultés, dit saint Bernard , ne pouvoit-elle pas opposer à l'ordre de Dieu, qui l'obligeoit de venir se purifier dans le tem]-)le ! que de raisonnements spécieux 1 rien d'impui' n'avoit souillé son enfantement; elle étoit même devenue plus pure en devenant mère : qu'étoit-il besoin d'aller se purifier d'une souillure qu'elle n'avoit pas contractée, et racheter par une vile olïrande celui qui venoit racheter tous les hommes de la servitude du démon et du péché ? Cependant elle obéit; et sacrifiant ses lumières aux raisons éternelles et toujours justes de la sagesse divine, elle nous apprend que c'est au Seigneur à vouloir, et à la créature k obéir et à se soumettre.

Cependant, mes frères, nous voulons toujours faire rendre compte à Dieu de sa conduite. Vaines ci-éatiu-es. nons osons sans cesse api)eler le Seigneur en jngemcnl

Srii I.A SOlMIsSlKN \ 1, \ \ (II. ONT!'". Itl' DIIF. 20;j

avec nous : nous Nouions être sages cuiUre Dii'ii uièine; et soit (ju'il s'agisse de ses voies générales sui- le salut de tous les hommes, ou de ses desseins éternels sur nos destinées parilfiilières, nous ne (rouxons jamais (ju'il ait raison, et nous opposons ton jouis nos loihlcs raisonnements aux al)inu's piolonds de sa sagesse et de sa raison éternelle.

Je dis. soit (pi'il s'agisse de ses voies générales sur le salut de tous les hommes. j"!li 1 (pTentendons-nous tous les jours dans le monde que des réilexions insensées sur les voies de Dieu? On lui demande sans cesse raison de la sagesse incompréhensible de ses conseils et des profondeurs de sa providence : pour(pioi il hiisse tant d'inlidèles sui" la terre'.' pouf([uoi tous les honnnes ne sont pas sauvés? pourquoi il a rendu le salut si dillicile ? pourquoi il a lait les hommes si (bibles? pourquoi il n'a pas parlé })lus clairement sur la plupart des choses que nous devons croire ? pourquoi il permet tant tl'événements si funestes à la foi et k la gloire de son Eglise ? que sais-je ? des questions éternelles, où l'on voit l'homme se jouer de Dieu; le vil esclave \ouloir faire rendre conq)te au maître souverain; le vase de boue demander à l'ouvrier souverain pourquoi il l'a fait ainsi; le ver de terre rampant dans cet exil , où un abîme immense le sépare de son Dieu, oser lever les yeux au ciel pour changer ce qui s'y passe: donner des conseils au Seigneur: fournir cà sa sagesse de nouvelles vues; condamner l'économie de la religion; s'en former un plan spécieux et plus plausible; oser réformer ce grand ouvrage, qui est la fm de tous les desseins de Dieu, et lui substituer les chimères de son propre esprit, et un ou \ rage de confusion et de ténèbres.

Et certes, mes frères, si les princes eux-mêmes dans

m\ >!■: li M ON s i)i; m \ss i i.i.o.n.

la coïKliiilc (It's allaircs publiques, cl dans les ressorts iiiliiiis qui iniil iiiouNoir loiil le (•ni'|)s des iMats el des empires, oui des secrels ((ue nous ne saïu'ioiis approfondir, vouloii.s-nous que Dieu, dans ses \oies étei'n(,'lles sur le salnl et les destinées de tous les lioniines, n'en ait j)oinl [)our ses créatures? si le gouvernement d'un Ktat senl demande des conseils cachés et des mesures inconnues ([ui sou\('nt nous révoltent [)arce que nous n'en voyons pas les raisons et les utilités secrètes, (pioi I nous voulons que le gouvernement de Tmiivers, que la conduite universelle de tous les lionnnes et de tous les siècles, depuis la naissance du monde jusqu'à la lin, n'ait pas à notre égard certains secrets, et des obscurités dont les raisons éternelles échappent à nos foijjles lumières! S'il y a des mjstères dans le conseil des sou\erains, selon l'expression des livres saints, n'y en auroit-il point dans les conseils de Dieu? et s'il faut, dit l'Ecriture, respecter le secret des rois dans la conduite de leurs peuples, et ne pas faire de vains raisonnements sur des démarches dont nous ignorons toujours les motifs, le secret du Roi des rois dans la dispensation des choses humaines sei'oit-il moins respectable, et serions-nous moins téméraires de mêler nos frivoles réflexions à ses conseils éternels, dont les causes profondes sont toujours cachées en lui seul et dont nous ne connoissons jamais que ce qu'il veut bien nous en manifester lui-même ?

Adorons les secrets de Dieu, mes frères : si ce ({ue nous connoissons de ses œuvres nous paroit si divin et si admirable, pourquoi ne pas conclure que ce que nous n'en connoissons point l'est aussi? s'il est si sage lorsqu'il agit à découvert, pourquoi se démentiroit-il lorsqu'il se cache ? si la structure du monde que nous voyons est un

Sl'K I. A SOlMISSKiN A I.A \(>l.()\Ti; |)i; |)|i:C. i(\:

()u\ra|4t' si plt'iii (riianiiunit', de sa<^('ss(! cl de liimirre, |)uui"(iiiui récoiiomic de la icli^Moii, (|ue nous ne saurions voii', et (jui est le clier-d'tnn re de tous ses desseins, seroil-il un (»ii\i'ai;e de conrusion el de ((Mièhi'es ? et s'il a ré^léuxec tant de poids ei de mesure les choses visibles, ([ui doi\ent périr, cuninieid auioil-il laissé dans le désoixlre les choses invisibles, (pii diucront autant (jue Ini-niènie ?

J'ai dit encore, soit qu'il s'agisse de ses desseins éternels sur nos destinées particulières : car non-seulement nous condamnons sa conduite dans ses voies éternelles sur tous les hommes, mais encoj'c sa conduite à notre égard. Nous nous en [)ren()ns à sa providence tle nous avoir placés en certaines situations, où notre ioiblesse trouve des écueils inévitables; nous le blâmons de nous a\oir l'ait une destinée incompatible avec les devoirs qu'il nous impose ; nous nous plaignons que la cour , (|ue les armes , que les emplois où notre rang et notre naissance nous attachent, nous éloignent du salut, et nous le rendent connne impossible ; il nous semble que nous nous serions sauvés dans une vie privée et loin des grandes tentations; nous réformons le plan éternel de sa providence à notre égard, et nous nous formons une destinée plus sure à notre gré que celle que sa sagesse adorable nous a formée.

Nous ne pensons pas que Dieu proportionne les grâces aux états ; que toutes les situations où son ordre nous place, loin d'être des écueils, peuvent devenir des moyens de salut pour nous : que la plupart des dangers et des occasions, dont nous nous plaignons, sont plus dans nos passions que dans nos places. Nous ne pensons pas que la même foiblesse qui nous fait trouver des écueils au milieu du monde et de la cour nous auroit fait une ten-

-208 S i; li M ON s 1)1. M \SS I I.I.ON.

tatioii (le l;i l't'tiailc iiièiiK.'; que nous potions pai'tout avec nous la soiii'cc (le nos crimes et de nos niallieurs, et (liTainsi il ne laiit pas atlendfe noire sùretci des dclioi's et de la silnation, mais de la seule vigilance (pie nous de\ons a\oii' sni' nous-mêmes. Nous ne pensons pas (jue tous les états ont leurs dangers; (|ue les saints, dans (|uel- (pie situation (ju"ils aient été, à la cour ou dans les déserts, ne se sont assuré le salut que })ar des violences inouïes; que c'est une erreur de croire qu'il y ait quelque situation sur la terre où le salut ne coûte pas de grands elForts ; que notre imagination ne nous pi-omet une sûreté dans les états où nous ne saurions être , que ])our nous calmer sur les infidélités où nous vivons dans notre état présent; que l'amour- propre nous donne sans cesse le change, et que, pour adoucir à nos yeux les égarements de notre vie, il fait (jiic nous nous en j)renions à notre situation , pour nous empêcher de nous en prendre à nous-mêmes.

Enfin, nous ne pensons pas que si les périls sont plus grands dans l'élévation où nous sonunes nés, les biens que nous pouvons y faire sont aussi plus étendus et plus considérables; que s'il y a plus d'occasions de chute, il y a aussi plus d'occasions de mérite et de vertu : que les objets séduisants et les grands spectacles qui nous environnent sont bien moins des pièges que des instructions; que la cour, où notre destinée nous attache, nous olfre tous les jours elle-même de quoi nous en désabuser et uous en déprendre ; que ses dégoûts arment le cœur contre ses périls: que ses amertumes détrompent de ses plaisirs, que ses inconstances et ses révolutions refroidissent sur ses espérances; que le vide et l'ennui de ses amusements nous rappelle comme de lui-même à une vie

sri; LA sor .M isnion \ \\ noi.onti: di: i)ii;r. 2(i'.t

|»liis st''rit'iis(' cl |)liis solidt': ((iif la pcriidic et la faussoté tie ses amitirs nous l'ail clinilicr en Dieu seul un ami ('•tei'iicl et lidèlc; en un mol, (jau nons trouvons le icnH'dc dans If mal uirnii': et ([uc la sagesse de Dieu a pouiAu a\ec une (lis[)i'iisaliiiu si admiiahle an salul de Ions les lionunes, que tlans chaque état les périls ont leurs compensations et iuurnisscnt pour ainsi dire les sûretés, et que les mêmes objets qui font la plaie ont pour nous des retours qui la guérissent.

0 mon Dieu ! vous êtes un juge si patient et si miséricordieux de nos œuvres, et nous sommes les censeurs sévères et éternels des vôtres ! nous vous appelons sans cesse en jugement, et vous suspendez le nôtre ! nous vous demandons tous les jours coniple de vos desseins adorables, et vous dillérez le conq)te terrible que nous avons a vous rendre de nos intentions et de nos démarches ! 0 mon Dieu! que deviendroit l'homme, si vous preniez à son égard les mêmes dispositions qu'il a j)our \ous; si vous vous faisiez un plaisir de le trouver coupable, comme il semble s'en faire un de vous condamner ; et si vous examiniez ses fautes a\ ec cet œil de sévérité avec lequel il examine vos merveilles? Première source de notre révolte contre la volonté de Dieu, une vaine raison.

La seconde, c'est l'amour excessif et déréglé de nousmêmes; et c'est ici le second sacrifice de soumission à la volonté de Dieu dont Marie nous donne aujourd'hui l'exemple. En ellét, à ne consulter que les sentiments humains , tout lui eût fourni des prétextes pour se soustraire à la volonté du Dieu de ses pères : les intérêts de sa maternité divine, le prodige de son enfantement, la honte même de sa pauvreté et de la médiocrité de son offrande, tout sembloit révolter son cœur contre la sou-

210 si;uM()Xs i)i': m assi ij.on.

* mission que Oifii (Iciiiaiidoil (rdlc; mais elle ir(''c()iite jjoiiil la \()1\ (In saiii; cl de la chair, pcrsiiarh'c ([iic le ni'cmici" sacrilict! (|iic Dieu dcmandt! de nous, c'(;sL le saci'ilic(! de nous- nKMiies; cl (|ne ce (|ni lions coûte le pins à olli'ir, est d'ordinaire la s(;nle ollrande f|n'il e\ig(!. Va \()ilà, mes iVères, d'où vient en s(M'oiid lieu c(! jbnds de ré\()lt(;, que la volonté de Dieu trous e Ion jours dans notre Cfciir. (lomiiie lions rapportons ton! à nons-mèmes, car c'i'st le \ ice des grands snrtout ; f[ne nous faisons servir lont ce ([lii nous enxironne à nous s(mi1s, comme si loiit ét(jil l'ait pour nous; que nous ne coniptons tout ce (pii se passe dans le monde que par rapport à nous; en nu mot, (pie nous nIvoiis comme si nous ('tioiis seuls dans rnnixers, et que rnnivei's entier ne l'ut l'ait (|ue pour nous seuls, nous voudrions que Dieu ne fût occupé que de nous seuls ; ([u'il entrât dans le plan tle notre am()ur-])ropre ; qu'il n'agît que pour nous seuls; (pi'il rapportât tout à nous seuls; (pi'il ne disposât des choses d'ici-bas que par ra[)poit à nous seuls ; et qu'au lieu d'être le modérateur de l'univers, et le Dieu de toutes les créatures, il ne lut que le Dieu de nos passions et de nos caprices. Ainsi, mes frères, nous, qui malgré notre rang, notre élévation, notre naissance, ne sommes qu'un atome imperceptible au milieu de ce vaste univers, nous voudrions en faire mouvoir toute la machine au gré de nos seuls désirs ; que tous les événements s'accommodassent à nos vues; que le soleil ne se levât et ne se couchât que pour nous seuls ; enfin, nous voudrions être la fin de toutes les voies et de tous les desseins de Dieu , comme nous nous établissons nous-mêmes la fin unique tle toutes nos voies et de tous nos projets sur la terre.

Et de là, premièrement, railliction ne nous trouve pas

SI li l.A SOI M ISSIO.N A I.A \()I.(I.\TK l»i: Dllil'. i\\

|)ltis soumis a Dieu c|ii(' la |)r()s|)riil('' , et nous Déjugeons (jiie |)ar ia|)|)()ri à noiis-iiièines de tous les événemenls ([ui nous t'n\ ironnciil. Ainsi loul ce qui tionble un seul instant nos plaisiis, tout ce qui liéi'ange iorgueil et l'ambition de nos piojcts et de nos es[)éranccs, nous aigrit et nous févolte : le plus léger conlre-tein})s nous accable; nous nous plaignons de Dieu : nous croyons (pi'il a tort à noire égard, et (pi'il nous maltraite, nous, mes l'rères, qui dans l'élévation et l'abondance où nous sonnnes nés ne soulïrons pres(pie rien; nous, dont les peines légères sont couq)ensées par tant d'endroits capables de contenter l'amour-propre; nous, qui ne connoissons pas, comme dit le l^ropliète , les travaux et les amertumes qui allligent le reste des hommes, et dont les moments les ])lus tristes seroient des moments de l'élicité pour mille inallieureux. Ali ! tout ce c[ue nous avons à craindre dans notre état, c'est (pie Dieu ne mêle pas assez d'amertume à tous les plaisirs qui nous environnent; c'est c|u'il permette que nous soyons trop heureux sur la terre; c'est qu'il ne nous laisse jouir trop tran({uillement de tous les avantages au milieu desquels nous sommes nés , et qu'il ne daigne pas nous visiter quelc[uefois par des afllictions dans sa grande miséricorde. Il faut que Dieu soit bien irrité contre nous, lorsque tout favorise nos passions, que nos plaisirs ne trouvent point d'obstacle, que tout rit à nos penchants, et c|ue les désirs seuls de notre amour -propre semblent décider de tout ce qui nous regarde. Qu'il est terrible alors à notre égard , mes frères ! il nous traite comme des victimes qu'on engraisse et qu'on orne de fleurs, parce qu'on va bientôt les conduire sur le bûcher, et qu'on les destine au sacrifice.

De là, secondement, comme nous nous aimons beau-

212 S i; |{ M(t N s Itl'; M AS s I Ll,(),\.

coui) iions-iiiriHL's, et (|iit' nous ne niellons point de bornes ù nos désirs, nous ne sommes jamais conleiils de notre etaU de noti'e élévation, de nos places; nous trouvons toujours (|u'il maïKjue (jnelcjue cliose à l'avidité de iiotie amour-propre. Si nous n'avons ])as tout ce que nous désirons, nous ne comptons poui' rien tout ce (jue nous avons; nous nous épuisons en vues, en prétentions, en projets, en mesures ; nous ne saurions jouir paisiblement, chrétiennement de ce que la Providence nous ollre; ce qui nous manque nous iufjuiète plus que ce (pie nous possédons ne réussit à nous satisfaire ; tant (|ue nous voyons devant nous quelque chemin à l'aire , nous ne saurions nous en tenir à ce qui est déjà fait : îSotrc orgueil monte toujours (Ps. Lxxiii, '23), connue dit le Prophète : semblables à un pilote qui marche en haute mer, quand nous sommes arrivés tout le plus loin que nos yeux et nos espérances pouvoient s'étentlre , nous découvrons de ce nouveau point de vue de nouveaux pays et des espaces immenses ({ui raniment nos prétentions; plus nous nous élevons, plus nos vues s'étendent ; plus nous avançons , plus nous voyons de chemin à faire ; le terme de nos désirs, quand nous y sommes arrivés, n'est plus que la voie qui nous conduit à d'autres; notre état présent n'est jamais celui qui nous plaît; la destinée que Dieu nous fait n'est jamais celle que nous nous faisons à nousmêmes ; nous sommes ingénieux à nous rendre malheureux ; nous conjurons sans cesse contre notre propre repos ; nous ne saurions vouloir ce que Dieu veut, et, pour nous dégoûter d'un bien que nous avons longtemps désiré, il suflit enlin que la Providence nous l'accorde.^

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