DE L'INJUSTICE
L'homme injuste, né dans la boue et dans l'obscurité, et que ses rapines et ses vexations ont tiré de la poussière et comblé ensuite d'honneurs et de riches'ses, se méconnoît dans l'élévation. Loin de rougir de la pompe odieuse qui l'environne et de se reprocher tout bas les bassesses et les crimes auxquels il en est redevable, il la rend encore plus odieuse par sa fierté et par ses dédains orgueilleux pour les autres hommes qu'il voit au-dessous de lui. Il regarde comme un malheur et une malédiction une médiocrité innocente. Il n'a que des discours amers et piquants
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pour coiiv f[U(' son rr(''(ril ou s;i roiliiiic Ibrcciil (TaNoii' recours ;ï lui, cl s'il leur l'ail ('s|)(''|-cr (|ur|(|U(" prolection, c'est pour ajouter le ineiisoiii^e (M la u)auvaise loi à Finsolencc, achever d'accablei- de douleur les malheureux, en rendant leurs soHicit;itious et leurs [)eiues inutiles. Ils ont beau réclamer ses pi'omesses, leiu's plaintes ne leur attii-eut (fue des injures et des imprécations : sa bouche ne s'ouvre que pour les insulter vA les maudire, et il s'applaudit de les avoir abusés, comme si c'étoit une gloire pour lui d'avoir dépouillé tout sentiment d'humanité et de bonne foi envers les autres liommes.
Si l'héritage de l'innocent est à sa bienséance ; si sa fortune met quelque obstacle à la sienne, ou s'il craint qu'instruit de ses malversations, il ne se fasse une obligation de conscience de les découvrir, il brigue la faveur des grantls; il fait de nouvelles liaisons avec ceux qui sont en place pour le perdre, il prodigue pour cela en secret ses biens et ses trésors, il met des hommes puissants d'intelligence avec lui, et s'il paroît se reposer et ne plus agir, ce n'est que lorsque tous ses pièges sont tendus, que la perte de l'innocent est sûre, et qu'il ne peut plus échapper à la malignité de ses artifices.
L'injustice a sans cesse les yeux attachés sur le pauvre, pour trouver le temps de l'opprimer. C'est un lion caché à l'entrée de sa caverne, qui attend sa proie avec impatience. Comblé et jamais rassasié de richesses, il regarde de tous côtés pour découvrir les hommes destitués de tout crédit, et qu'il puisse opprimer plus sûrement sans rien craindre. Malheur à ceux qui tombent sous ses yeux ! quelque médiocrement partagés qu'ils soient des biens de la fortune, ils en ont encore assez pour irriter la soif de ce lion altéré du sang des pauvres. 11 lui suffit c|u'ils soient
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sans appui et sans (Icrciisc; ils tomhont lot ou tai'd dans les pièces (pi'il Iciif pi-rparc en scci'ot , cl ils (l('\ iciincnt sa proie.
Les homnics sont si cori'onipns , (pic le (h'-sii' d'amasser pcnplci'oil la leri'e de tyrans, si une chute soudaine, si rccreulenienl fatal et inipré\u de toute leur l'orlune, si un C()U|) iVappé par une main invisible ne jetoit l'épouvante et la couslcrnatlon parmi k'urs imitateurs, et n'apprcnoit au\ lionnucs (pi'il va au-dessus de nous un \\[yo, suprême ([ui j)résidc au\ choses de la teri'c. Le monde ne seroit bientôt [)lus (pi'ini chaos inrornie. par le bouleversement général qu'ils y causeroient. Ils en banniroient toute bonne loi, toute sûreté, toute pudeur, et les seuls crimes qu'ils ne conunettroient point, ce seroit ceux qu'ils se trouveroient dans rimpuissanc(! de commettre. Mais lorsque, sortant de tenqis en tenqis de son secret, le Seigneur frappe ces grands coups qui étonnent l'univers, et ([u'abattant ces tètes altières (jui s'élevoient dans les nues, comme pour aller l'outrager jusque dans sa demeure sainte, il agit en maître et en souverain, alors le méchant elïrayé, s'il ne dépouille pas la volonté de mal faire, en suspend du moins les elï'ets : il craint que la foudre qui gronde encore ne vienne le frapper à son tour.
L'homme injuste sent -il qu'il seroit trop dangereux pour lui d'opprimer publiquement ses frères, il a recours à la ruse; il n'en est aucune dont il ne s'avise. Les plus basses, les plus indignes sont employées sans remords, dès qu'elles peuvent faciliter ses desseins criminels. Pourvu C[u"il parvienne à dépouiller le maiheureuv et à se revêtir de ses dépouilles, la fraude, l'artifice, la perfidie, le parjure, ne sont comptés pour rien. Ceux qu'il veut opprimer, il les attire dans ses filets |)ar des paroles douces et
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pal- tous It's .si'i)iJ)lunls de raiiiitié ; il leur lals,s(; croire ([ii'ils \oiiL trouver en lui un prolecteur et un asile; il les leurre de mille apparences frivoles; s'il faut employer le nom i-ed()u(al)le du Seigneur pour coiinruicr ses promesses et assurer leur défiance, il n'en fait pas de scrupule. Mais (piand une fois ils se sont fiés à lui et qu'il les tient dans ses pièges, il dépouille tous ces vains dehors de douceur et d'Iiunianité : ce n'est plus (pi'un maître cruel et larouche, qui se croit tout permis sur son esclave; il tombe sur lui avec une harbai'ie que rien ne ])eut adoucir; il l'écrase, et rien ne peut assou^ir sa fureur tant qu'il reste encore au malheureux quelque ressource pour sortir de l'abîme où il l'a précipité. [Paraplirasc du j)S(iuitu' ix.)