S i'i:nsï:I':s or .M()iu:i;.\r\ choisis
voudrions que tous les lioninies ne lussent occupés que de nos malheurs, comme si nous étions les seuls malheureux sui' la terre.
Notre amour- propre nous fait tout rapporter à nousmêmes; nous faisons servir tout ce qui nous environne h nous seuls, comme si tout étoit fait pour nous; nous ne comptons tout ce qui se passe dans le monde que par rapport à nous; en un mot nous vivons conuiie si nous étions seuls dans l'univers, et que l'univers entier ne fût fait que pour nous seuls. y\insi, nous qui ne sommes qu'un atome imperceptible au milieu de ce vaste univers, nous voudrions en faire mouvoir toute la machine au gré de nos seuls désirs ; que tous les événements s'accommodassent à nos vues; que le soleil ne se levcàt et ne se couchât que pour nous seuls; nous voudrions être la fm de tous les desseins de Dieu, comme nous nous établissons nous-mêmes la fm unique de tous nos projets sur la terre. Ainsi nous ne jugeons que par rapport à nous-mêmes de tous les événements qui nous environnent , et tout ce qui trouble un instant nos plaisirs, tout ce qui dérange l'orgueil et l'ambition de nos projets et de nos espérances, nous aigrit et nous révolte.
Comme notre amour -propre nous fait croire que nous avons seuls la sagesse en partage, tout ce qui ne s'ajuste pas à nos vues et à nos lumières dans l'arrangement des choses d'ici -bas trouve auprès de nous sa condamnation et sa censure. Nous voudrions que les places et les dignités fussent dispensées à notre gré, que nos vues et nos conseils réglassent la fortune publique ; que les faveurs ne tombassent que sur ceux à qui notre suffrage les avoit déjà destinées; que les événements publics ne fussent conduits que par les mesures que nous aurions nous-mêmes choisies; nous blâmons tous les joiu's le choix de nos maî-
DK l/A MOT l;- l'Uni' UK. 4;i9
très, et nous no troiivoii-^ |)('isoiiiic diiiiic <]oyi plaros qu'il occupe.
Noli'c ;uu(iiir-|)r<»|)i'(' s'est cuiparé de tout l'iniivcrs, et nous rt'Li^ardous tout ce ([uc uous (h'-siroiis couuiuî notre partage. Les |)laces et les liouneuis cpii échappent à notre cupidité, et qui se répandent sur les autres, nous les regardons comme des biens qui uous appartiennent et qu'on nous ra\it injuslement; tout ce ([ni bi'illt' au-dessus ou à côté de nous, nous éblouit et nous blesse. Nous voyons avec (les yeux d'envie l'élévation des autres hommes; leur prospérité nous inquiète, leur fortune fait notre malheur, leurs succès forment un poison secret dans notre ca'ui", qui répand l'amertume sur toute notic vie. Les applaudissements qu'ils reçoivent sont connue des opprolires qui nous humilient, nous tournons contre nous ce qui leur est favoi'able, et peu contents dt>s malheurs qui uous regardent, nous nous faisons encore une iniortune du bonheur d'autrui. {Ai'cnf, scr))fO)i dudeuxihnc dimunrlu'.)