‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 105 sur 131 · A LA NATION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A LA NATION FRANÇAISE

C'est à vous que nous dédions ce livre, parce qu'il ne s'adresse qu'à vous, parce qu'il n'y sera parlé que

(I) L'état social de la France est présenté dans cet ouvrage, non tel qu'il osl dans le moment où nous écrivons, mais tel iju'il sera à l'ouverture du cimmi) de Mai ;iv lecteur est prie de se rep(jrter à celle épo(|ue.

de vous, sans nul égard à ceux qui vous gouvernent, ou plutôt vont vous gouverner; parce que les choses qui y seront proposées ne peuvent s'exécuter sans vous, ne doivent s'exécuter que par vous.

Dans le temps même où, par le ministère de vingt mille représentants, vous allez exercer vos droits de nation, votre existence nationale est menacée, et c'est l'Europe armée qui la menace. Comme la sûreté est le premier besoin de l'État, que la bonne police du dedans n'est rien sans la sécurité extérieure, occupés d'assurer l'une , il est important que vous songiez à l'autre et que votre attention se partage entre ces deux intérêts.

Dans un état constitué, c'est au chef, comme représentant de l'État, comme ministre de la volonté commune, qu'est remis le soin de la politique extérieure ; il agit et la nation juge : mais lorsqu'après la destruction d'un gouvernement, un autre gouvernement se prépare; lorsque l'État n'a point de chef puisque l'État n'est point encore, qui disposera des relations politiques, sinon la nation, qui est tout alors?

C'est donc à vous, à vous-mêmes, c'est-à-dire à ceux qui se rassemblent au nom de vous tous pour vous constituer, qu'il appartient de pourvoir à votre sûreté présente, de sentir, de vouloir, de faire ce que votre situation commande; tous vos pouvoirs sont en eux, tous vos intérêts sont dans leurs mains.

Aussi, si par quelques fautes commises, par quelques mesures négligées aujourd'hui, vous vous trouvez à l'avenir dans un état fâcheux, ce n'est point aux gouvernants que vous aurez à vous en prendre, car on ne vous gouverne point maintenant, c'est à vos repré-

sentants qui sont le pouvoir, c'est h vous qui agissez par eux et qui êtes maîtres de votre action.

Cette obligation d'agir vous-mêmes en ce moment vient au secours de vos besoins présents , convient à votre intérêt futur; des résolutions toutes nationales peuvent seules repousser loin de vous le péril qui s'avance; une politique toute nationale peut seule vous conduire au repos. De quelques prétextes que s'enveloppe la guerre qu'on vous prépare, votre cause est la cause de vous seuls : séparez d'elle ce qui n'est point vous.

Vous êtes une nation maintenant, bientôt vous serez des sujets. Ces pouvoirs qui sont en vous tous se rassembleront dans un petit nombre et dès lors vous ne vous servirez plus vous-mêmes ; d'autres que vous agiront pour vous; ils agiront pour eux peut-être! Souvenez-vous de la nation anglaise, que ses intérêts appellent d'un côté, et que son gouvernement emporte en sens contraire !

Nous vous conjurons donc de jeter les fondements de votre politique maintenant que vous avez tous vos droits, maintenant que vous êtes à la fois et le gouvernement et la nation. Il y a des choses dont vous avez besoin et que vous seuls pouvez faire; ce qui vous est possible aujourd'hui ne le sera point demain : ce que vous êtes à présent que vous constituez l'État, vous ne le serez plus dès l'instant que vous l'aurez constitué; ce sera votre devoir de vous tenir alors à votre rang de peuple comme ce l'est aujourd'hui de vous montrer souverains.

Comme citoyens, comme ayant à ce titre le droit de prendre part à vos conseils, nous vous proposons une

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mesure qui nous semble la seule praticable dans la circonstance présente, la seule salutaire pour l'avenir, c'est de vous rapprocher de la nation anglaise.

L'idée de vous allier à l'Angleterre n'est point une idée nouvelle ; une sorte d'instinct a fait proclamer cette union avant même que le raisonnement l'eût démontrée utile, avant que les événements la fissent voir nécessaire ; l'esprit de parti qui égare, les passions qui aveuglent les peuples comme les hommes , pourront vous en détourner encore. Vous céderez un jour à la force des choses et vous y reviendrez malgré vous. C'est là que vous poussent votre intérêt et la nécessité présente : vous résisterez peut-être; mais quoi que vous pensiez maintenant, quelque parti contraire que vous preniez, le temps viendra toujours où vous serez unis à la nation anglaise, et ce sera le terme de vos agitations et de vos maux.

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