CHAPITRE PREMIER
Idée de l'ouvrage.
Une coalition des chefs de sept États européens vient de se former contre la France ; cette coalition arme à frais communs un million d'hommes; lui opposer un million d'hommes est l'idée la plus simple qui se présente. Mais si la force de la coalition n'était pas tout entière dans ses armées, ni le salut de la France dans sa résistance militaire; si les armées de la coalition détruites, le principe de la coalition devait subsister toujours, et reproduire la guerre sans fin et sans repos, que faudrait-il faire?
Dès le commencement de la révolution française, une politique nouvelle a pris naissance à la fois dans toutes les cours européennes. Cette politique était d'étouffer en France les maximes sociales que la France avait prises de l'Angleterre, qui d'elles-mêmes se répandaient hors de la France, et que la France propageait au dehors; c'est elle qui a présidé à la coalition
de 1792. Si depuis elle a pnru se démentir; si nous avons trouvé des alliés, quoiqu'elle nous interdît toute alliance, ce n'est point qu'elle eût cessé d'être, son action seule était interrompue; elle cédait pour un temps à une réaction plus puissante. La terreur de nos armes a fait oublier le danger de nos principes; mais lorsque nous avons cessé d'être à craindre par les armes, la première intention s'est réveillée, la politique a repris son cours. Au congrès de Vienne, on l'a proclamée et réduite en système; la coalition qui se forme va mettre ce système en pratique.
De cette lutte toujours subsistante entre l'esprit de l'ordre social en France et la politique des puissances de l'Europe, il devait résulter que chaque grand mouvement à l'intérieur provoquât un grand mouvement au dehors, et que chaque effort de la liberté appelât un effort contraire. C'est ce qu'on a vu en 1792, c'est ce qu'on voit aujourd'hui, c'est ce qu'on verra toujours, tant que nos rapports avec l'Europe ne seront point fondés sur des bases nouvelles.
La coalition de 4815 n'est donc point un événemeni extraordinaire, une sorte d'accident, un caprice des puissances européennes; elle vient de plus loin; elle est un terme de la série des événements politiques de l'Europe, comme l'expulsion des Bourbons, à l'occasion de laquelle elle s'est formée, est un terme de la série des événements politiques de la France. Elle était inévitable, parce que dans un même état de choses, des elTets semblables résultent nécessairement de causes semblables.
La coalition nous apporte, avec ses armées, un système combiné depuis vingt ans, où tout marche au
même but, où tout répond au même mobile, où les liaines personnelles des nations contre nous, détournées contre nos principes, sont employées h détruire leurs droits en attaquant les nôtres; c'est là qu'est sa plus grande force.
A cela, que pense-t-on opposer? Des hommes. Mais des hommes ne peuvent détruire que des hommes, et contre un système, il faut un système. Il y a deux actions contre nous ; nous devons réagir des deux côtés, sans <luoi notre défense est incomplète. La coalition nous attaque et avec nous nos principes ; il faut donc que nos principes aient leur résistance comme nous avons la nôtre : il faut opposer la politique à la politique, les combinaisons aux combinaisons, comme nous opposons les armes aux armes, les soldats aux soldats; il faut que nous engagions des intérêts dans la cause de nos principes, comme ils en font agir pour leur système.
Il est donc nécessaire que, par des mesures politiques bien concertées, nous nous mettions en état de contre-balancer l'action politique des puissances étrangères.
Quelles seront ces mesures?