‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 112 sur 131 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De l'Angleterre.

Une alliance avec l'Angleterre offrirait tous les avantages que nous avons à chercher dans une alliance. Notre existence nationale serait hors de danger, nous n'aurions plus k craindre pour elle des chances de la guerre, ou plutôt la guerre serait arrêtée et cesserait tout à coup; car c'est la politique de l'Angleterre qui unit la coalition, c'est son argent qui en soudoie les armées.

Quant à l'avenir, il n'y aurait plus de coalition possible; car l'Angleterre et la France unies exerceraient sur le reste de l'Europe, par la politique ou par les armes, une action plus forte que ne pourrait être celle fies cabinets ou des armées de l'Europe sur elles.

L'Angleterre est une puissance maritime et commerçante, nous sommes une puissance territoriale : l'Angleterre a des capitaux accumulés, nous avons un sol fertile, une population nombreuse , dont l'industrie ne [)eut prendre tout son développement , faute de capitaux ; l'Angleterre a donc ce qui nous manque, et nous

avons ce qui manque à l'Angleterre; notre alliance avec l'Angleterre accroîtrait donc nos ressources en même temps que les siennes.

Outre ces avantages d'industrie et de commerce, il en est d'autres non moins importants que nous trouverions dans des rapports intimes avec l'Angleterre. Cette nation a cent trente ans d'expérience du gouvernement parlementaire, et nous en faisons le premier essai; le parti constitutionnel aurait en elle un appui et contre les défenseurs du despotisme et contre ceux d'une liberté extravagante. L'hésitation où nous sommes encore serait détruite, les principes raisonnables gagneraient, nous sortirions de notre révolution (1),

L'armée nous inquiète et nous fait appréhender de n'être point libres. Cette alliance, en rendant l'armée moins nécessaire, la rendrait moins redoutable. Nous pourrions la diminuer ou la dissoudre ; car une crise comme celles que nous avons éprouvées, comme celle

(1) Voici unirait qui peut montrer quel profit nous retirerions par nos habitudes politiques du commerce des Anglais et de nos relations avec eux, rendues plus fréquentes et plus intimes par l'alliance des gouvernements.

Peu de temps avant la fuite des Bourbons, un anglais, frère du lord Bridgewater, avait acheté l'hôtel de ISoailles ci-devant occupé par le prince archi-trésorier de l'Empire. Comme il n'avait encore payé qu'un à-compte, l'administration se mit en devoir d'exécuter le décret impérial concernant les biens des émigrés, et d'expulser l'acquéreur.

A l'ordre de quitter les lieux qui lui fut intimé par un huissier, l'Anglais ne répondit autre chose sinon qu'il était chez lui, qu'il y resterait, que l'acte civil qui le faisait propriétaire ne pouvait être annulé que par un autre acte civil ; que telle était la loi.

Le lendemain un autre huissier se présenta; même réponse que la veille, it terminée à peu près en ces termes : « Dites à ceux qui vous envoient .< que je ne sors d'ici qu'en vertu d'un jugement bon ou mauvais, qu'il me < faut un jugement. On dit que vous êtes libres en France, je saurai . bientôt si vous l'êtes. Je vais faire ce qu'en pareille occasion je ferais en

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(jue nous éprouvons aujourd'hui, ne pourrait plus avoir lieu. Alors le pouvoir exéculil" n'ayant plus en main une grande force armée, ne ferait plus craindre qu'il anéantît la constitution, en dominant le pouvoir législatif.

Mais un rapprochement de notre gouvernement avec le gouvernement anglais est impossible ; ils ne peuvent ni se convenir ni s'entendre.

D'abord, le système de coalition du continent contre l'Angleterre, conçu par l'empereur Napoléon, éloigne le gouvernement anglais de tout accord avec lui. La passion que ce prince a montrée pour la guerre, le rôle de conquérant qu'il a joué, y sont encore des obstacles. Ce gouvernement craindrait, en s'unissant à lui, d'être entraîné dans une conduite opposée à celle qu'il tient et que son intérêt veut qu'il tienne.

D'ailleurs, le gouvernement de Napoléon ne se montrant point stable encore et à l'abri d'un mouvement politique, le gouvernement anglais ne doit point volon-

<i Angictorre : la maison d'un citoyen est inviolable, ma maison sera for- « lifice, mes gens armés, et on tirera surquiconque viendra, comme vous, « monsieur, m'y faire violence au nom d'une autorité qui n'est point celle •I des lois. «

Et en effet, la maison fut fortifiée, les portes barricadées, les gens armés. L'affaire fit du bruit, elle fut portée au Conseil d'état, l'Anglais est tranquille chez lui.

Supposons un moment que ce fût un grand seigneur autrichien ou russe ([ui eût acheté l'hôtel de Noailles, qui eût été sommé de livrer sa maison, que serait-il arrivé? Ce n'est point sur la force des lois qu'il eût compté, mais bien sur son crédit personnel ; ce n'est pas elle qu'il eût mise en avant, mais ses dignités et sa naissance; ce n'est point à un tribunal qu'il en eût appelé, mais à l'ambassadeur de son maitre.

On peut voir par ce parallèle lequel serait d'un meilleur exemple, lequel serait prclcrahlc pour le progiès de la morale politique, qu'il y <'ûl en France un grand nombre d'Anglais, ou un grand nombre d'Autrichiens, de Russes, etc., etc., etc.

tiers s'engager dans une alliance dont une révolution pourrait lui faire perdre les avantages en en détacliant le peuple français.

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