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tentative n'eut, au contraire, d'autre résultat pour elle que de changer ses anciens amis en indifférents, et même en ennemis.
Ici commence la grande série des fautes politiques commises par les Bourbons, c'est à cette époque qu'ils sont entrés dans la fausse route, route qu'ils ont opiniâtrement suivie jusqu'à ce jour, malgré tous les accidents qu'ils y ont déjà éprouvés, route qui les conduira inévitablement à leur perte finale, s'ils ne se hâtent pas de l'abandonner entièrement.
Louis XIV voulut redonner de l'éclat et de l'importance à la noblesse; il voulut en même temps que l'éclat et l'importance qu'il rendrait aux nobles servissent à rendre la royauté plus brillante. Pour atteindre ce double but, il créa une multitude de fonctions de cour; il donna ces places aux nobles, et il attacha de gros appointements à toutes ces places; il créa, en un mot, la nation des courtisans et il écrasa les communes d'impôts, pour donner aux nobles des revenus qui compensassent les droits féodaux, dont ils avaient été dépuillés dans la lutte qu'ils avaient soutenue pendant plusieurs siècles contre la royauté réunie auxcommunes.
Tant par suite de ce système de recréation et de réorganisation de la noblesse, qu'en résultat des guerres entreprises par Louis XIV, la royauté commença à s'endetter.
La dette de l'État (sous l'administration purement royale) s'accrut graduellement sous le régent, sous Louis XV et sous les premières années de Louis XVI.
Enfin, en 1788, il se trouva un déficit annuel de 06 millions; Louis XVI ne trouva aucun moyen de com-
bler ce délicit, aucun uiuyen de suttire aux dépenses publiques.
Dans cette grave circonstance, le roi sentit que les communes pouvaient seules venir à son secours; il s'aperçut que depuis Louis XIV les nobles n'avaient été qu'une charge pour la royauté; en conséquence, il convoqua les États-Généraux, et, pour accroître l'importance des communes et diminuer celle des nobles, il accorda une représentation double au tiers-état.
Par cet acte mémorable, la royauté fit un pas manifeste pour revenir à ses anciennes et sages habitudes, c'est-à-dire pour renouer son alliance avec les communes ; la faute politique capitale que Louis XIV avait commise allait être réparée. Malheureusement pour la royauté, et par suite pour les communes, Louis XVI manqua de ténacité ; il avait mis un pied dans la bonne route, il le reporta presque immédiatement dans la mauvaise , et il se remit' à suivre la fausse direction qu'il avait tenté d'abandonner.
Les députés des communes, dès qu'ils furent assemblés, s'empressèrent de déclarer (avec une parfaite sincérité) que leur intention était de venir au secours de la royauté dans les embarras pécuniaires qu'elle éprouvait ; mais ils laissèrent apercevoir qu'en dédommagement de ce service, ils désiraient détruire la nouvelle existence que Louis XIV avait donnée aux nobles ; qu'ils désiraient débarrasser l'administration de l'énorme quantité de places inutiles dont elle était surchargée, qu'ils désiraient, en un mot, débarrasser la nation travaillante de la nation fainéante et dominatrice.
La royauté, dont les intérêts n'étaient nullement en jeu dans la lutte qui s'engagea entre les députés des
communes et ceux de la noblesse, prit fait et cause pour l'aristocratie, et elle perdit ainsi tous les avantages de l'effort qu'elle venait de faire dans la direction communale. Dès lors la querelle changea de nature, la royauté qui s'était crue attaquée et qui ne l'avait point été, le fut réellement, et elle fut entraînée dans la chute de cette aristocratie dont elle s'était faite si imprudemment la protectrice.
Messieurs, les Bourbons qui sont sortis de France pour se mettre à l'abri des dangers auxquels la protection accordée par Louis XVI à la noblesse les avait exposés, sont heureusement remontés sur le trône par l'eff'et d'une circonstance qui vous est parfaitement connue et que je vais vous rappeler.
La guerre terrible que les communes françaises eurent à soutenir contre la féodalité européenne, pendant l'absence des Bourbons, nécessita une longue prépondérance de l'action militaire sur les travaux pacifiques ; des habitudes guerrières furent contractées par les membres les plus actifs des communes, et le résultat naturel et inévitable de ces habitudes fut l'établissement d'une nouvelle aristocratie créée par Bonaparte sur le même plan que l'ancienne.
C'est l'affreux despotisme exercé sur les communes par Bonaparte et par l'aristocratie qu'il avait créée; ce sont les désastres de toute espèce causés par son ambition, qui ont déterminé les communes à l'abandonner, et qui ont donné les moyens à l'ancienne royauté de se reconstituer (i).
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A leur relour, les Boiii'lions nuniitMit dû profiter de l;i Iriste expérience acquise [»ar eux depuis Louis XIV, pour clianger la fausse direction prise par ce prince. Reprenant les errements primitifs, dont la bonté était devenue moins équivoque que jamais pour eux, ils auraient dû s'unir aux communes pour détruire l'ancienne et la nouvelle aristocratie, qui sont, par leur nature, ennemis irréconciliables, d'une part des communes et de l'autre de la royauté.
Au lieu de suivre cette conduite, la royauté non seulement a continué à se regarder comme la protectrice née de l'ancienne noblesse, mais elle crut également devoir accepter la noblesse de Bonaparte. Elle a accordé à ces deux noblesses des droits égaux, elle les a traitées l'une et l'autre comme ses alliées, comme les soutiens naturels du trône.
En un mot, la royauté a commis depuis sa réhabilitation et elle commet encore aujourd'hui une faute capitale, celle de considérer comme des appuis les deux noblesses, qui sont pour elle de véritables charges et des charges très pesantes. C'est pour soutenir ces deux insatiables aristocraties que le roi est obligé d'augmenter tous les ans les dépenses de l'État , ce qui indispose contre lui les communes, qui sont ses véritables et ses seuls appuis réels.
Cette conduite de la- royauté est \Taimen.t déplorable à une époque où il lui serait si facile de se reconstituer avec plus de solidité qu'elle n'en a jamais eu; car, si le roi voulait abandonner les deux noblesses, il pourrait
?pvs no seraient paf; parvenus à entier en France, si les eoniniunes avaient viiuiu le soutenir.
dès demain diininuer le budget des dépenses de plus de trois cents millions qu'il en coûte à l'État pour soutenir le système politique ayant pour base l'aristocratie nobiliaire. Il pourrait, par conséquent, affermir le sceptre dans les mains des Bourbons ; car, dès le moment que cette dynastie se sera placée sous la protection des communes, elle n'aura plus rien à craindre des ennemis qu'elle peut avoir au dedans ou au dehors.
Tel est au fond, Messieurs, le véritable état présent des choses et la position actuelle de la royauté. En partant de ces observations , je vais vous dire avec toute franchise ce que je pense de l'avenir qui nous attend, selon toutes les probabilités, si on ne se hâte point de prendre des mesures pour le changer.
Je vois d'abord, et peut-être très prochainement, untî première révolution analogue à celle du 20 mars , mais plus durable.
La nouvelle aristocratie ne croira son existence assurée que lorsqu'elle aura mis sur le trône un roi sorti de son sein. Ainsi, elle tend de toutes ses forces au renversement de la dynastie des Bourbons. La royauté n'a aucun moyen, si elle ne prend point de nouvelles mesures, de lutter avec succès contre cette action.
L'ancienne noblesse, malgré sa jactance et ses protestations de dévouement, n'est aucunement de force à jouter avec la noblesse de Bonaparte.
Quant aux communes, qui pourraient donner à la royauté un secours efficace, et qui lui assureraient la victoire, si elles le voulaient fermement, il n'est que trop certain, par les causes que j'ai indiquées, qu'elles sont peu disposées à prendre parti pour elle.
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Sans doute, à ne consulter que leurs intérêts, les communes devraient redouter beaucoup plus la nouvelle noblesse que l'ancienne, parce qu'elle est beaucoup plus vigoureuse; mais, de fait, telle n'est point la disposition actuelle de la masse des communes. La noblesse de Bonaparte exerce sur elles une séduction très fâcheuse, mais incontestable et très puissante.
Il est donc probable que les communes resteront spectatrices de l'attaque que la noblesse de Bonaparte prépare contre la dynastie des Bourbons et contre l'ancienne noblesse, et qu'elles montreront même plus de pencliant pour la nouvelle aristocratie que pour l'ancienne royauté.
Après cette première révolution, il s'en préparera une seconde.
Quand le pouvoir sera passé entre les mains de la noblesse de Bonaparte, les communes apprendront à leurs dépens à se désabuser sur son compte, et une nouvelle expérience du régime du sabre leur fera apprécier avec exactitude ce que c'est que le libéralisme militaire, et, par suite de ce mécontentement, les communes s'insurgeront pour culbuter la nouvelle aristocratie.
Voilà, Messieurs, le tableau général que je me fais de l'avenir. J'ose vous l'exposer tout entier, parce que nous sommes dans des circonstances où aucun bon citoyen ne doit rien voiler de sa pensée politique. La flatterie et la dissimulation perdraient ceux que nous voulons sauver. Il est temps encore de prévenir les malheurs affreux qui se préparent pour la royauté et pour les communes. Le moyen, c'est que la royauté se
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rapproche des communes , et les communes de la royauté. Séparées, elles seront dupes et victimes des ambitieux et des intrigants ; réunies, les deux noblesses seront impuissantes contre elles.
Ainsi, la royauté doit rompre entièrement avec les deux aristocraties dont elle fait si aveuglément ses alliées. Elle doit se liguer avec les communes pour anéantir radicalement l'influence politique des castes. En un mot, elle doit se placer à la tête du mouvement de la civilisation. D'un autre côté, les communes doivent revenir de l'erreur où la noblesse de Bonaparte les a jetées sur le compte de la maison de Bourbon; elles doivent vouloir fermement, et avec la conviction profonde de leur intérêt , le maintien de la dynastie actuelle, pour tout le temps que la royauté devra subsister en France.
Il y a donc un pas à faire de chaque côté. Mais c'est évidemment le pouvoir royal qui doit donner l'impulsion; il en a tous les moyens, tandis qu'au contraire les communes ne sont encore ni organisées, ni seulement représentées comme parti politique ; c'est-à-dire, c'est à la royauté à déterminer la formation du parti communal.
Tel est , d'après mon intime persuasion , le seul moyen vraiment efficace de prévenir les maux que je vois prêts à fondre sur les Bourbons et sur les communes françaises. Ce moyen est susceptible d'être mis immédiatement à exécution par un simple appel du pouvoir royal aux communes. Si on le néglige, il faudra essuyer deux révolutions violentes, et, après cette terrible oscillation, la seule manière de rétablir l'ordre et la stabilité sera encore d'adopter cette même mesure.
Voilà, Messieurs, l'état des choses et la perspective que nous avons, sans aucune exagération, et c'est dans une pareille situation que le ministère veut interdire l'examen des questions politiques? qu'il veut empêcher la vérité de parvenir au roi et aux communes?
Vous connaissez maintenant. Messieurs les Jurés, non seulement l'ensemble de mon système, mais le mode d'exécution. Vous connaissez mon opinion sur l'état actuel de la France. J'ai exprimé toute ma pensée avec la franchise et la fermeté qui conviennent à un homme libre, à une conscience pure.
Faut-il voir, dans l'auteur de ces lettres et de VOryanisateur, un ennemi de son pays, un ennemi des Bourbons? Telle est la question sur laquelle vous aurez à prononcer , et rien ne peut égaler la respectueuse confiance
de votre très humble serviteur,
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Legolix, Avocat.