CORPS TERRESTRES
Solides. Fluides. Solides. Fluides.
Il faut connaître l'ensemble d'une chose pour raisonner pertinemment sur une des parties qui la composent, j'ai donc dû présenter la division générale des sciences physiques avant de procéder à l'examen particulier entre les corps bruts et les corps organisés terrestres.
La sous-division en corps bruts et en corps organisés remplit la condition d'être binaire, et elle énonce une comparaison analytique entre les deux grands éléments de l'Univers, la matière à l'état de solidité et celle ù l'état de fluidité. En effet, dans les corps bruts, l'action des solides domine l'action des fluides, tandis que, dans les corps organisés, c'est l'action des fluides qui a la prépondérance sur l'action des solides.
Je considérerai d'abord les corps bruts, j'examinerai ensuite les corps organisés, puis je comparerai l'organisation des uns avec celle des autres. De cette comparaison je déduirai la preuve que la science des corps bruts a dû devenir positive avant que celle des corps organisés ait été fondée sur des faits observés, et je
terminerai cet article en faisant sentir la grande importance du pourquoi dont j'aurai donné l'explication.
Si l'on examine avec attention les corps bruts, si l'on pousse l'analyse de leur organisation aussi loin que possible, c'est-à-dire jusqu'au terme le plus éloigné que nos sens et notre intelligence puissent atteindre dans l'état actuel de nos connaissances, on trouve que leurs parties les plus élémentaires pour nous sont des polyèdres d'un plus ou moins grand nombre de faces; que ces polyèdres sont juxtaposés les uns aux autres et que suivant leur nombre et leur position le corps dont ils font partie se trouve d'une forme qui décèle au géomètre la figure de ses molécules intégrantes.
Si ensuite on observe l'action des fluides dans les corps bruts, on voit qu'ils s'insinuent entre les molécules intégrantes de ces corps, qu'ils passent dans ces corps comme à travers un crible. Si l'on chauffe ces corps jusqu'à un degré convenable, on augmente leur volume parce qu'on interpose une plus grande quantité de fluides entre leurs particules élémentaires. En. augmentant encore la quantité de calorique introduite dans leur capacité, on les détruit, c'est-à-dire on détruit les molécules ou polyèdres solides qui les constituent.
Ce peu de mots me paraissent suffisants pour donner ou plutôt rappeler aux savants l'idée qu'on doit avoir de la structure intime des corps bruts : passons maintenant à l'examen des corps organisés.
Quand on a étudié d'une manière approfondie la structure intime des corps organisés, on reste convaincu :
1" Que les éléments de la partie la plus fixe de leur
organisation sont de petits solides perforés adhérents les uns aux autres et disposés de manière que leur réunion forme des tubes, canaux, conduits ou vaisseaux (n'importe le nom qu'on leur donne) placés dans une multitude de directions différentes et s'entrecroisant les uns les autres; que ces canaux varient entre eux sous le rapport de la dimension en longueur et en diamètre, ainsi que sous celui du degré de solidité et de perméabilité de leurs parties.
2° Que des fluides de différents degrés de ténuité moléculaire circulent continuellement dans ces canaux, et que c'est la circulation de ces fluides qui crée et entretient le phénomène de la vie de manière que le corps organisé devient corps brut, quand cette circulation cesse, en sorte que l'action des fluides domine, comme on voit, celle des solides dans les corps organisés.
Les végétaux sont, de tous les corps organisés, ceux dont l'organisation est la plus simple; ce sont donc ceux dans lesquels il est plus facile de reconnaître l'existence des deux faits que je viens d'énoncer.
Si l'on examine avec attention les débris d'un végétal, on trouve qu'il est formé de libres plus ou moins adhérentes les unes aux autres. Dans quelque sens qu'on divise ce fragment, à quelque état de ténuité (apercevable à notre vue naturelle ou même au microscope) qu'on le réduise, le même fait se représente sans autre diflerence que celle de la diminution des fragments ; ils contiennent encore des fractions de tubes, ils en sont encore composés.
Si l'on fait ensuite section majeure et complète d'un végétal en pleine végétation, on reconnaîtra :
1" Que les libres dont il est composé sont tubuleuses, puisqu'elles contiennent des liquides.
2° Que les liquides qu'elles contiennent y sont en circulation puisqu'ils en découlent, dans quelque position qu'on place la coupure opérée.
Quelques bonnes expériences sur les racines et sur les feuilles suffiront pour compléter la portion d'idées générales sur l'organisation vitale des végétaux qu'il est nécessaire d'avoir pour bien saisir le raisonnement dont je pose les bases dans ces considérations préliminaires.
Qu'on plante un végétal dans la terre séchée au four, il périra, quel que soin qu'on ait mis d'ailleurs pour produire les circonstances les plus favorables possibles à sa végétation, parce que ses racines ne trouveront pas d'humidité à absorber et que l'action des liquides circulant dans la capacité des corps organisés est indispensable pour le développement et l'entretien du phénomène de la vie.
Que l'on observe la végétation d'un oignon placé dans une carafe, il sera très facile de constater que ses racines absorbent une grande quantité du liquide dans lequel elles sont plongées.
La fonction des feuilles est de pomper les fluides gazeux, de même que celle des racines consiste ù absorber les fluides à l'état de liquidité. Qu'on place un végétal feuillu sous le récipient d'une machine pneumatique, et qu'on fasse le vide : les feuilles s'affaissent, se flétrissent avant toutes les autres parties de ce corps; et si l'on maintient le vide pendant un certain temps, le végétal, quelque moyen qu'on emploie ensuite, ne pourra plus être rappelé à la vie.
Ces expériences sont directement applicables aux graines. Si on les passe au l'our au delîi d'un certain degré de chaleur, toute l'humidité qu'elles contenaient se trouvant soutirée, leur principe de vie se trouve détruit, elles ne sont plus susceptibles de germer. L'expérience de l'extraction complète des fluides gazeux qu'elles renferment, faite avec le soin nécessaire sous une machine pneumatique, donnerait les mêmes résultats.
En poursuivant cette série d'expériences on constatera plusieurs faits secondaires fort intéressants. On reconnaîtra que les végétaux, de même que les animaux, passent successivement de l'état de veille à celui de sommeil et vice versa, c'est-à-dire qu'ils absorbent et qu'ils transpirent infiniment plus pendant une partie des vingt-quatre heures que pendant le surplus de la journée. Dans nos climats, indépendamment de ce sommeil diurne, les végétaux, de même que les animaux dormeurs, ont un grand sommeil annuel; ils passent Ihiver dans un état de torpeur qui varie pour la longueur dans les différentes espèces.
On constatera également que les fluides, tant liquides que gazeux, ne sont pas également propres à la nourriture de tous les végétaux; ce qui sera facile pour les liquides , en arrosant différents végétaux avec des liquides ayant diverses propriétés chimiques, ce qui pourra se faire pour les fluides gazeux, en plaçant des végétaux de diff'érentes espèces sous des cloches remplies de dfvers gaz. Dans la suite de cette série d'expériences l'attention se fixera nécessairement sur la manière dont la nature a équilibré l'action des animaux et des végétaux relativement à l'atmosphère. Les pre-
miei'S absorbent l'oxigène et rendent l'azote, tandis que les seconds s'identifient l'azote et restituent l'oxigène. Admirable compensation au moyen de laquelle la composition de l'atmosphère dont les animaux et les végétaux tendent par des efforts opposés h changer la proportion, est toujours maintenue dans le même état, par l'effet de l'opposition des actions organiques exercées sur elle.
Je ne dois point, dans cet aperçu, m'appesantir sur les détails, je dois marcher avec la plus grande rapidité possible et me borner à une récapitulation sommaire des principales observations. Je passe donc immédiatement à l'examen des animaux.
Les végétaux étant, de tous les corps organisés, ceux dont la structure est la plus simple, il est plus facile de reconnaître dans ces corps la similitude essentielle d'organisation de leurs diverses parties que dans les animaux. On peut cependant au moyen de bonnes observations et d'expériences bien choisies constater cette similitude de structure entre les différentes parties dont les animaux sont composés.
Au premier aspect les cheveux ainsi que les autres poils présentent la même apparence que des brins de fil plus ou moins longs, plus ou moins déliés; on croirait qu'ils sont pleins; mais en les regardant avec un microscope, on reconnaît facilement qu'ils sont tubuleux. Si l'on coupe au foyer de cet instrument un cheveu vivant, on voit les liquides qu'il renferme se répandre. Enfin dans certaines maladies, on aperçoit, à la vue simple, le sang pénétrer et circuler dans la capacité des cheveux, sans perdre sa couleur.
Au premier coup-d'œil, les os paraissent appartenir
nu règne minéral, on se figurerait que, de même que les pierres, ils sont composés de petits solides pleins et juxtaposés les uns aux autres; mais un examen plus approfondi dissipe cette erreur (les observations pathologiques contribuent beaucoup à nous faire bien connaître l'organisation des corps vivants). Dans certaines maladies les os se ramollissant, les vaisseaux dont ils sont composés se distendent, et le sang ainsi que les autres liquides qui existent dans les corps animaux y circulent d'une manière apercevable à la vue simple. Une autre observation dévoile l'organisation intime des os. Qu'on donne de la garance à des volailles : on trouvera leurs os teints peu de temps après qu'on les aura mises à cette nourriture. Enfin qu'on fasse fracture d'un ou de plusieurs os, en sacrifiant plusieurs animaux à la fois à cette expérience; qu'on mette h nu les os fracturés, qu'on observe directement la formation et les progrès des calus aux différentes époques de la guéri son : on reconnaîtra que la structure fondamentale de ces parties est absolument la même que celle des organes ayant moins de solidité; on reconnaîtra qu'une rupture, qu'une solution de continuité osseuse se guérit absolument par le même procédé physique qu'une plaie cutanée.
On peut encore faire des observations d'une autre nature sur les os. On remarquera que ces organes qui sont insensibles dans l'état sain, se trouvant ramollis par la maladie, et la circulation du fluide s'y faisant plus librement, la sensibilité dont ils se trouvent pourvus dépasse celle qui existe dans aucune autre partie de l'individu, ce qui s'explique facilement en disant que ces parties n'ont point l'habitude de la sensibilité, et
qu'elle est pour elles, par conséquent, une sensation neuve.
Le cerveau est, de tous les organes, celui qui a le moins de consistance; à la première vue, il paraît une masse pulpeuse, on le prendrait même pour un amas de bouillie, pour un tas de matière inorganisée. L'étude de la Physiologie change totalement cette opinion, uniquement fondée sur la première apparence. Quand on a observé la manière dont cet organe fonctionne, quand on a comparé son action avec celle des autres organes; quand on a remarqué et constaté l'innombrable variété et l'inconcevable délicatesse des fonctions qu'il exécute, le sentiment de dédain qu'on éprouvait pour lui, se change en admiration, et la partie de nous qui paraissait la moins intéressante est celle que nous jugeons être la plus importante.
J'ai travaillé directement sur le cerveau, je me suis attaché, dans ce travail, à faire connaître la structure particulière de cet organe, et à donner une idée de ses sublimes fonctions ; mais ce n'est point le moment de parler de ce qu'il y a de particulier dans la structure et l'action de cet organe, puisqu'il s'agit de constater ce qu'il a de commun avec les autres. Je dois donc me borner, pour le moment, à démontrer que le cerveau, de même que toutes les autres parties de notre corps, est composé de tubes dans lesquels circulent des fluides et que la circulation de ces fluides est nécessaire à l'entretien de la vie du cerveau et à notre vie générale, parce que cet organe est un des plus essentiels, est le plus essentiel de tous ceux qui entrent dans notre composition. Cette démonstration est très facile; il suffit pour cela de faire observer l'entrée des artères dans le
cerveau, et les veines qui en sortent. Pour que le sang versé dans l'organe cérébral ne se répande point et qu'il se trouve réengagé dans les veines qui y prennent naissance, il faut nécessairement qu'il se trouve contenu dans des vaisseaux ou tubes qui, par leur innombrable multiplication, sont réduits à une petitesse telle qu'ils échappent à notre vue. La preuve que la présence des fluides dans les tubes dont notre cerveau se compose est nécessaire à l'entretien du phénomène de notre vie est, que si on lie les artères qui portent le sang au cerveau, la mort suit de près cette ligature.
La double ligature d'une part, des artères portant le sang au cerveau, d'autre part, des veines évacuant le sang contenu dans cet organe, détermine également et encore plus promptement la mort. Ainsi la présence et la circulation des liquides dans les tubes dont notre individu est composé, sont nécessaires k l'entretien de notre vie, tant cérébrale que générale, comme nous avons commencé à le voir et comme nous allons continuer à le démontrer.
Le cerveau est bien, de toutes les parties de notre corps, celle dans laquelle la transfusion du sang des artères dans les veines est la plus abondante; mais ce n'est pas la seule où ce phénomène ait lieu; il est général pour tout notre individu. Il n'y a pas une portion de notre être dans laquelle il n'existe des épanouissements artériels et des sources veineuses ; il n'y a pas une seule partie de nous à laquelle la ligature des artères qui s'y ramifient et des veines qui en sortent ne cause la gangrène, c'est-à-dire un commencement de mort. Cette mort deviendrait complète pour la partie, elle se communiquerait aux autres parties, et
finirait par être générale pour l'individu, si la nature ou l'art ne faisait pas amputation du membre qu'on a privé de circulation. Ce fait, très facile à constater par des expériences sur des animaux vivants, serait prouvé par la seule observation de ce qui se passe chez ceux auxquels on est obligé de faire l'opération de l'anévrisme : ils en meurent presque toujours, et quand ils en guérissent, c'est que les ramifications artérielles secondaires se distendent suffisamment pour compenser la circulation qui se faisait par le tronc qu'on a lié.
Une bonne analyse de la circulation du sang suffirait pour prouver que nos parties élémentaires les plus fixes sont tubuleuses, qu'elles renferment des fluides, que ces fluides y sont en circulation, et que ces deux conditions, la présence et la circulation des fluides, sont nécessaires pour l'entretien du phénomène de la vie, qui n'a pu commencer qu'à l'époque où l'existence de ces conditions s'est manifestée; car il n'existe pas une partie de notre être qui ne soit vivifiée par la circulation du sang. Mais cette manière de procéder serait trop abstraite, continuons donc à envisager les différentes parties de notre individu, de différents points de vue.
Dans les viscères, tels que le foie, la rate, le cœur et les poumons, l'organisation fondamentale, commune à toutes les parties des corps vivants, se reconnaît à la première inspection; les vaisseaux qui en constituent les parties solides élémentaires se reconnaissent à la vue simple, et l'on découvre avec la même facilité les liquides que ces vaisseaux renferment, ainsi que les mouvements circulatoires de ces liquides.
Les tubes élémeataires et les fluides circulant dans
ces tubes s'aperçoivent aussi facilement dans les rein?ret dans les parties génitales.
De tous les tubes qui entrent dans notre composition, le plus long et celui qui a le plus de capacité est notre canal alimentaire. L'enveloppe de ce canal se compose d'innombrables vaisseaux cbylifèrcs accolés les uns aux autres.
Notre organe cutané, tant interne qu'externe, est percé comme un crible : à l'extérieur, sont des milliards de trachées ; à l'intérieur, existent les bouches de milliards de vaisseaux lymphatiques. La peau est bien curieuse à observer, dans ces animaux d'une organisation si simple qu'ils ne consistent que dans un sac alimentaire. Ces sacs retournés, les vaisseaux chylifères deviennent des trachées tandis que les trachées se convertissent en vaisseaux chylifères.
Nos trachées remplissent la double fonction d'absorber et d'excréter, elles sont aussi susceptibles de contenir des fluides en état de liquidité et en état gazeux. On les voit, suivant les circonstances, absorber des gaz et exhaler notre transpiration insensible , absorber de l'eau dans un bain, excréter de la sueur quand la chaleur les dilate, recevoir même le fluide mercuriel au moyen de frictions.
Il nous reste encore à examiner le fluide nerveux. Les nerfs sont, de tous les tubes qui entrent dans notre composition, ceux dont les parois sont le plus imperméables; ce sont aussi ceux dans lesquels circulent les fluides de la plus grande ténuité moléculaire; c'est, par conséquent, le système tubuleux dans lequel la circulation est le plus difficile à constater. On peut cependant la prouver au moyen d'un petit nombre d'expé-
riences. Qu'on fasse une ligature à chacun des nerfs aboutissant à une partie quelconque de notre individu : la sensibilité s'éteindra subitement dans cette partie. La ligature interrompt donc une circulation nécessaire à l'entretien de la sensibilité. Des expériences plus délicates prouvent qu'il existe, dans la capacité des tubes nerveux, des fluides du nombre de ceux que nous considérons comme composés des molécules les plus petites, et qu'on appelle impondérables. Que dans une profonde obscurité on se frotte le globe de l'œil eu le comprimant, on aura la sensation de la lumière; ce qui prouve qu'il se trouve du fluide lumineux engagé dans le nerf optique et que la pression,) fait sortir ce fluide. Qu'on introduise le doigt dans l'oreille, qu'on appuie en le tournant : on aura la sensation du bruit. Il existe donc, dans la capacité du nerf auditif, un fluide qui, par sa vibration, donne, en sortant comme en entrant, la sensation du son. Qu'on mange une chose ou qu'on la flaire, on aura la même sensation par l'expiration que par l'inspiration, par la déjection que par la déglutition.
Examinons le système nerveux d'un point de vue général : cela éclaircira ce que nous venons de dire, qui pourrait ne pas paraître exact sans éclaircissement.
Le système nerveux est celui de la sensibilité, puisque toute partie, quand on coupe les nerfs qui y aboutissent, devient insensible. Il circule un fluide dans les nerfs, puisque la ligature des nerfs ainsi que leur seclion prive de sensibilité la partie ainsi isolée du tronc.
Les nerfs se ramifient dans toutes les parties de l'individu, puisque toutes les parties de notre individu jouissent de la sensibilité ii un degré plus ou moins
éminent. Les parties de nous qui ont le moins de sensibilité dans l'état de santé sont celles qui en acquièrent le plus dans l'état de maladie. Tels sont les os, les parties cornées et les cheveux. Enfin ce que j'ai dit de la similitude des sensations résultant de l'absorption ou de l'excrétion des fluides impondérables, exécutée par les nerfs optiques, auditifs, olfactifs et du goût est applicable non-seulement aux épanouissements nerveux qui constituent aux extrémités de nos doigts le sens du toucher, mais encore à tous ceux qui rendent notre organe cutané sensible dans toutes ses parties. Qu'on brûle ou qu'on gèle subitement une partie quelconque de l'organe cutané, la sensation sera la même pour le patient. Celui qui donne et celui qui reçoit l'étincelle électrique éprouvent la même sensation. Ainsi l'entrée abondante et subite du calorique ou de l'électricité dans les tubes nerveux, et leur sortie rapide, produisent les mêmes effets sur notre faculté de sentir, et nos sensations ainsi considérées prouvent doublement l'existence et la circulation d'un fluide dans les tubes nerveux.
Je résumerai en quatre observations générales les observations et expériences particulières que j'ai citées :
1" Qu'on coupe une partie quelconque d'un animal quelconque vivant, qu'on la dégorge, qu'on l'injecte d'un liquide coloré d'une manière tranchante avec les enveloppes tubuleuses dans lesquelles il doit pénétrer; et la tubulosité sera rendue visible dans toutes ses parties ;
2" Qu'on donne à manger à un animal quelconque, un minéral quelconque, l'animal ne digérera point cet aliment. Il faudrait, pour nue l'assimilation pût avoir
lieu, que ses forces digestives fussent suffisantes pour déterminer la perforation des polyèdres constituants du minéral et pour anéantir l'angulosité de leurs faces; car il ne peut y avoir que des molécules tubuleuses et arrondies qui puissent remplacer des éléments de cette nature, et il est reconnu que les molécules constituantes des parties les plus fixes de notre organisation sont remplacées au bout de sept ans. Ce que je viens de dire n'est point applicable aux fluides; leur ténuité moléculaire les rend susceptibles de tous les genres d'assimilation. En un mot, un animal quelconque, un végétal même, ne peuvent s'assimiler que Iqs molécules solides qui sont entrées dans la composition d'autres corps organisés ;
3" Qu'on chauffe un corps brut se trouvant à une température très basse, on n'observera d'autre effet produit que celui d'un accroissement de volume de ce corps. Qu'on chauffe, avec les précautions convenables, un corps organisé asphyxié par un froid humide (un moineau, par exemple, le cas n'est pas rare), on verra la vie qui était en quelque sorte suspendue chez cet être, reprendre toute son activité ; ce qui se manifeste d'abord par le rétablissement de la circulation des fluides. Disons, à cette occasion, que la circulation des fluides, dans les corps organisés, est le principe et même le régulateur de la vie, car la fièvre est le symptôme le plus général des dérangements de santé ;
4" Dans tout animal qui s'éteint par une mort sénile, l'anatomiste reconnaît, dans les derniers moments de la vie, une grande diminution d'activité dans la circulation, et après la mort, l'oblitération d'une grande quantité de vaisseaux qui ne sont plus susceptibles d'être