‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 46 sur 131 · PREMIERE PENSEE · texte numérisé non relu

PREMIERE PENSEE

Il y a deux natures d'idées bien distinctes, si distinctes qu'on peut toujours reconnaître si une idée a l'origine A ou l'origine B, quelque effort qui ait été fait

T. II. l;i.

pour masquer sa véritable origine, et pour lui donner le caractère de la nature qui n'est pas la sienne.

On conçoit une chose à priori ou à posteriori. Dans le premier cas l'idée peut être employée utilement pour lier les faits observés; mais c'est sans succès qu'on tenterait de s'en servir pour les préciser ou pour en découvrir de nouveaux.

L'effet diamétralement opposé arrive quand la conception s'est formée à posteriori; elle s'appuie alors sur un fait bien précisé et lance notre esprit dans une direction très favorable à la découverte d'autres faits nouveaux.

Oui , Messieurs , nos idées sont de deux natures distinctes et cepeiKlant elles ont une origine commune : 7WS sensations. C'est que toutes nos sensations ne sont pas des effets de la même cause; l'action des corps extérieurs sur notre individu et particulièrement sur nos sens, donne naissance aux unes, tandis que c'est l'action de notre force vitale (considérée comme force virtuelle) qui, par les effets qu'elle produit sur nos organes et sur nos sens, détermine la formation des autres. Les unes partent des extrémités de notre être pour se rendre à son centre; les autres émanent de notre point central , et rayonnent de notre centre à notre circonférence. Les premières sont donc constitutivement à posteriori, tandis que les autres sont par leur essence à priori.

On sent aisément par la réflexion comme on se démontre facilement par des expériences que le caractère de généralité ou de particularité native d'une idée, ne peut être jamais complètement effacé; la particularisation des unes ne pouvant pas égaler la particularité pri-

milive des autres, et la généralisation des premières ne pouvant pas atteindre la généralité native des secondes, ce dont il résulte qu'une chose conçue à posteriori a besoin d'être repensée pour acquérir complètement le caractère à priori et vice verm.

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