‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 65 sur 131 · ET DE MES DEUX PREMIÈRES LIVRAISONS SUR LA SCIENCE DE · texte numérisé non relu

ET DE MES DEUX PREMIÈRES LIVRAISONS SUR LA SCIENCE DE

l'homme (1).

Dans la Préface générale qui se trouve en tête du

(1) Ce titre manque dans l'édition donnée par M. Enfantin.

KOTE des ÉDITEURS.

Mémoire sur la science de rhomtne, on a dû remarquer le passage suivant :

« Le travail que j'ai conçu ne se borne point au préce sent mémoire , et il doit se composer de quatre mé- « moires ayant pour titres : Mémoire sur la science de « l'homme; Mémoire sur la Philosophie; Mémoire sur la (( réorganisation du clergé; Réorganisation nationale des « différents Peuples.

« Je suis poussé k l'exécution de ce plan de travail « bien plus par la conviction, du besoin que la société ce en a, que par le sentiment de la capacité que je puis « avoir pour fournir une carrière aussi longue et « aussi pénible. Je déclare, en y entrant, que je suis ce prêt à quitter la direction de l'entreprise; que « mon plus grand désir est de voir une personne « plus capable que moi s'en charger et que je devien- « drai, dès ce moment, pour elle un collaborateur « qu'elle emploiera comme elle le jugera à propos. « En attendant l'heureux jour où je me trouverai ce débarrassé de cette tâche infiniment au-dessus de « mes forces, voici la marche que je suivrai pour la c( remplir le moins mal qu'il me sera possible. Je fais c< observer au lecteur que je dois, pour le moment, « me regarder comme chef de l'entreprise et faire c( une combinaison comme si je devais en diriger toute « l'exécution.

« Je prends douze ans, à partir du 1" janvier 1813, « pour l'exécution. (C'est depuis cette époque, en effet, « que j'y travaille.) Mon Mémoire sur la science de « l'homme sera présenté aux sociétés savantes de l'Eu- « rope, le l*^'' janvier 1816; celui sur la Philosophie, le (( 1«'' janvier 1819 ; celui sur la Réorganisation du clergé.

« le i*^' janvier 1822, et celui des Réorganisations natio- « nales des différents peuples, le 1" janvier 1825 (1).

« La première section de mon Mémoire sur la science a de l'homme est terminée, j'en ferai faire plusieurs « copies à mi-marge et je les remettrai aux personnes « les plus capables de juger un travail de cette nature; « je les prierai de m'aider de leurs conseils en plaçant « en marge leurs observations. Je leur remettrai copie « de la seconde section quand elle sera terminée, en « recevant d'elles leurs observations écrites sur la pre- « mière; je continuerai de cette manière à soumettre « mon travail, partie par partie, à la critique des pente seurs instruits, ayant assez de chaleur d'âme pour « s'occuper d'une manière suivie de l'intérêt général « et des moyens de terminer la crise dans laquelle « la masse entière de la population européenne se « trouve engagée. «

Ainsi je ne devais attaquer que dans trois ans la question que je viens d'aborder; je devais employer les trois années suivantes à la traiter et n'en donner, par conséquent, la solution qu'au bout de six ans. Je m'étais ménagé six années pour préparer l'esprit du lecteur et pour caver mes idées, et c'est, au lieu de cela, en quinze jours qu'il m'a fallu gravir le pic de l'intelligence, et me placer -à son sommet; c'est en cinquante pages que j'ai dû conduire le lecteur à cette immense abstraction. Qu'est-ce qui vous y a obligé, me demanderezvous. Messieurs ? C'est- ce qui commande avec le plus

(1) Le manuscrit que nous suivons porte ici cette note du copiste : le Nouveau christianisme a paru au commencement de 1825. Saint- Simon est mort le 19 mai de la même année.

Note des ÉDiTEims.

de despotisme à riiomnie de cœur : d'une part, le sentiment de faire une chose utile, et de l'autre, l'espérance d'acquérir de la gloire.

L'Empereur, à son retour à Paris, a manifesté l'intention de poursuivre son projet de forcer les Anglais à reconnaître la liberté des pavillons. Son attitude fière, on peut dire héroïque, après les revers que nos armées viennent d'essuyer, nous a enchanté, elle nous a exalté; mais l'Empereur, nous a-t-on dit, a annoncé le projet d'atteindre son but en forçant, par la voie des armes, tout le continent à le seconder dans son projet de renverser le despotisme exercé par les Bretons sur l'empire des mers, et il nous est démontré qu'il lui est impossible de réussir par ce moyen. D'un autre côté, nos compatriotes de toutes les classes manifestent clairement le désir de se renfermer dans les limites que la nature a données à la France, qui sont les Pyrénées, les Alpes et le Rhin ; ils disent hautement que ce serait contre leur opinion que le chef du gouvernement ferait passer à nos armées ces limites naturelles pour tenter de nouvelles conquêtes ; cette opinion nous paraît juste et nous la partageons entièrement ; mais nous voyons avec un vif chagrin, et même un profond sentiment d'humiliation beaucoup de Français mollir dans l'intention qu'ils avaient eue de forcer les Anglais à reconnaître le droit des gens et à s'y soumettre. Convaincu qu'il est possible de concilier les vues héroïques de l'Empereur, avec les intentions nationales, nous avons fait nos efforts pour produire une conception qui atteignît ce but, et nous nous sommes hâté de présenter par aperçu le moyen conciliatoire des intentions de l'Empereur et de celles de ses sujets. Nous ne regret-

tons pas le travail très pénible que cela nous a fait faire, car nous avons conscience d'avoir, par cet effort, autant éclairci nos idées en quinze jours, que nous l'aurions pu faire en suivant la marche que j'avais adoptée, en plusieurs mois et même en plusieurs années.

Oui, Messieurs, nous sommes sûr qu'en lisant notre premier Mémoire, vous aurez été frappés de la nouveauté, de la vigueur et de la justesse des idées qu'il contient ; nous sommes également sûr de faire paraître d'ici à trois mois, et peut-être beaucoup plus tôt, notre second Mémoire, et que ce second Mémoire atteindra son but, celui de lier, par une conception à priori, les découvertes faites-en astronomie, par Newton et depuis lui ; enfin, nous sommes certain de faire paraître, avant un an , notre troisième Mémoire qui sera une bonne ébauche d'une théorie scientifique générale basée sur l'idée de la gravitation universelle considérée comme loi générale, unique et immuable à laquelle Dieu a soumis l'Univers, et par laquelle il le gouverne, ébauche suffisante pour donner à la corporation des savants les moyens de faire application de cette nouvelle théorie générale à la science politique.

La conséquence de ces travaux sera la réorganisation de la société européenne au moyen d'une institution générale commune à tous les peuples qui la composent, institution qui, suivant le degré de lumières de chacun, lui paraîtra scientitique ou religieuse, mais qui, dans tous les cas, exercera une action politique positive, celle de mettre un frein à l'ambition des peuples et des rois, action qu'elle exercera vraisemblablement d'abord contre l'Angleterre, mais qu'elle exercerait nécessaire-

ment dans toute sa vigueur contre les Français, s'ils ne rentraient pas dans leurs limites naturelles et s'ils ne renonçaient pas constitutionnelleraent à n'en jamais sortir.

La force des savants de l'Europe réunis en une corporation générale et ayant pour lien une philosophie basée sur l'idée de la gravitation, sera incalculable.

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