‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 76 sur 131 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la Constitution anglaise.

L'Angleterre est gouvernée par un parlement, autorif(' suprême, qui se compose de trois pouvoirs, le roi.

la chambre des communes et la chambre des pairs. Quelle est la nature de ces trois pouvoirs, leurs fonctions, leurs attributs? C'est ce que je vais examiner.

Le Roi.

Comme un seul homme est plus capable que plusieurs ensemble de cette unité de vue, par laquelle on embrasse d'un même coup d'œil toute l'étendue d'une question : ainsi, le Pouvoir des intérêts généraux, si l'on veut qu'il soit bien administré, doit être placé entre les mains d'un seul.

Intéressé à la grandeur et à la gloire de la nation, qui est la sienne propre, libre des liens qui attachent tout autre citoyen à une certaine portion de l'État qu'il préfère à toutes les autres, le roi, dans tout ce qu'il propose, ne peut avoir d'autres vues que des vues générales, d'autres intérêts que des intérêts généraux (1).

Le roi n'a dans la formation des lois que l'initiative et la faculté de rejeter; mais il est le seul dépositaire de tout le pouvoir exécutif.

C'est qu'il y a cette différence entre la puissance qui fait les lois et celle qui les fait exécuter, que l'une veut être divisée, pour que toute question d'intérêt public soit complètement discutée et résolue ; et que l'autre a besoin d'être concentrée en un seul point, alln qu'il y ait partout unité dans l'exécution.

(1) Voyez plus lias. cli. VI, la division do la Royanlé.

La Chambre des communes.

De même qu'une question, pour être embrassée dans son ensemble, veut être examinée avec cette généralité de vue dont un individu seul est capable, de même aussi cette force d'attention à laquelle aucun détail n'écbappe, et qui les saisit tous avec une égale exactitude , ne peut être le partage que d'une réunion d'hommes.

La chambre des communes est composée de députés de toutes les provinces, de membres de toutes les corporations de l'État, lesquels, par leur réunion, représentent toute espèce d'intérêt local ou particulier.

Cette chambre ayant, ainsi que le roi, l'initiative et le droit de rejeter les lois qu'elle ne juge pas convenables, exerce dans toute son étendue le pouvoir que j'ai appelé pouvoir des intérêts particuliers, car chacun de ceux qui en font partie, est porté à considérer de préférence l'intérêt de la province qui l'a député, ou du corps dont il est membre.

De cette disposition constitutionnelle qui fait concourir également le roi et les communes à la formation des lois, il résulte, ainsi que je l'ai dit du concours des deux pouvoirs dont il est parlé ci-dessus, qu'aucune mesure d'intérêt général ne s'exécute si elle blesse la majorité des intérêts particuliers, et qu'aucune mesure d'intérêt particulier ne s'exécute si elle est contraire à l'intérêt général.

La Chambre des pairs.

Il était à craindre que le roi n'influençât les décisions des communes, ou les communes celles du roi ; il était à craindre que le roi ou les communes ne se trompassent sur les vrais intérêts de la nation et des particuliers, et il fallait pourvoir à ce qu'il ne pût y avoir d'erreur, soit concertée, soit involontaire.

Un corps d'hommes puissants dans l'opinion, par leur naissance, leurs services, leurs richesses, sont placés entre le roi et les communes pour examiner de nouveau les décisions adoptées, les balancer, les corriger, ou en proposer de nouvelles.

Ils exercent ce pouvoir intermédiaire que j'ai appelé

Page 1