‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrine (volume 2)Chapitre 95 sur 131 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Causes d'une nouvelle révolution en France.

Il y avait en France une caste privilégiée, à laquelle appartenaient tous les honneurs et tous les emplois

(1) Pour prévenir loute objrction de la p:'.rt des mathoinaticiens. j'ajouterai que je n'entends parler ici que des séries numciiques dont un Unnc quelconque nedepi'ud au plus que des qualie précédents ; les séries de faits ([uejel -ur compare étant composées de terni, s qui sont tous dépendants uniquement du précédent, il y a plus de raisons d'identité qu'il n'est néces- <a\tc.

iaiportanls. La noblesse, doublée de nombre par Bonaparte, se divise maintenant en deux parties opposées l'une à l'autre, et toutes deux mécontentes. L'ancienne noblesse accoutumée à regarder comme son patrimoine toutes les grandes charges de l'État, s'indigne de voir une foule d'hommes nouveaux assis au rang qu'occupaient leurs ancêtres. Les nouveaux nobles, fiers de leurs richesses, habiles dans l'exercice de leurs charges, puisque cet exercice a précédé leur noblesse, prétendent qu'on doit à leurs lumières ce que les autres disent qu'on doit à leur naissance; ils supportent avec peine que des emplois, qu'ils se croient seuls capables de remplir, soient confiés h des hommes vieillis loin des affaires, dans l'oisiveté ou dans l'exil (1).

C'est dans la classe militaire, qui de tous temps a été la première en France, que se montre surtout cette lutte entre les hommes anciens et les nouveaux. Les officiers qui ont servi sous Bonaparte, réduits en partie h la demi -solde, après tant de travaux et de succès, souffrent de voir tous les jours se former de nouveaux corps, dont les chefs n'ont partagé ni leurs fatigues, ni leurs victoires; et ce qui excite surtout leurs plaintes, c'est qu'une maison du Roi, toute brillante de dorure, mais encore sans gloire et sans expérience de la guerre, a été placée au-dessus de cette vieille garde qui a fait trembler l'Europe.

(1) L'ancienne noblesse a perdu ses biens, ses emplois, sesbonneuis, el ccpendani elle a encore assez de force dans l'opinion pour lutter contre ceux auxquels la révolution a donné tout ce qu'elle lui a enlevé. C'est qu'on aime àretrouvir en elle les restes de ce vieil bonneur français, de cette passion de la gloire des temps chevaleresques, que les changements de l'ordre social ne lui ont pas plus ôté que le souvenir de ses aïeux.

lyi

- an -

D'un autre côté, la noblesse ancienne revendique toutes les charges militaires. Celles qu'elle n'a plus, celles qu'elle n'a jamais eues, lui semblent également usurpées sur elle; elle redemande h la fois et ce qu'elle avait, et ce qu'elle aurait pu avoir; et parmi tant d'intérêts contraires, tant de prétentions opposées, s'élève un cri général, le regret du passé et le mécontentement du présent.

Si nous descendons de la première classe de la société dans la seconde, nous verrons d'abord la magistrature, et tout ce qui se rattache à elle, humilié d'avoir perdu son importance politique et les grands noms qui l'illustraient; si l'ordre judiciaire ne devait pas s'attendre à voir revivre ses anciennes prérogatives, du moins pouvait-il espérer de voir, ainsi qu'en Angleterre, les grands juges siéger dans le parlement.

L'ordre du commerce, les banquiers, les négociants, les fabricants, etc., manquent d'un établissement de banque solide et absolument indépendant du gouvernement; d'encouragement pour l'industrie ; de considération pour ceux qui s'y distinguent; cette classe, si importante pour la puissance d'un État, est encore écrasée par les prétentions et la considération de la noblesse.

Dans la classe des non- propriétaires, il n'y a qu'un cri contre les droits-réunis dont le mode de perception rappelle la plus odieuse tyrannie.

Les habitants des ports et des côtes de France se plaignent d'être réduits au cabotage et de ne pouvoir donner carrière à leur activité, en se livrant à la grande navigation, que la perte de nos colonies les plus importantes et le despotisme des Anglais leur interdisent.

Toutes les classes de la société, tout ce qu'il y a de français, s'élève contre la faiblesse que le gouvernement a montrée en laissant enlever la Belgique; on voit avec dépit l'Autriche accrue d'une partie de la Pologne et des provinces Illyriennes; la Russie de la Crimée, de la Finlande, et de vastes possessions en Asie; la Prusse, de la Silésie, et d'une partie de la Pologne; et la France humiliée, affaiblie, réduite à ses anciennes limites.

Page 1