MÉCANIQUE CÉLESTE
M. de la Grange a perfectionné le mécanisme du calcul inventé par Newton. M. de la Place a généralisé et perfectionné les applications de ce calcul.
Voici le plan d'ouvrage conçu par M. de la Place. Il a exécuté ce plan : ainsi son introduction peut être considérée comme une récapitulation de ses travaux.
« Newton publia, vers la fin du siècle dernier, la découverte de la pesanteur universelle. Depuis cette époque, les géomètres sont parvenus à ramener à cette grande loi de la nature tous las phénomènes connus du système du monde, et à donner ainsi aux théories et aux tables astronomiques une précision inespérée. Je
me propose de présenter, sous un même point de vue, ces théories éparses dans un grand nombre d'ouvrages, et dont l'ensemble, embrassant tous les résultats de la gravitation universelle sur l'équilibre et sur les mouvements des corps solides et fluides, qui composent le système solaire, et les systèmes semblables, répandus dans l'immensité des cieux, forme la Mécanique céleste. L'astronomie, considérée de la manière la plus générale, est un grand problème de mécanique dont les éléments des mouvements célestes sont les arbitraires. Sa solution dépend à la fois de l'exactitude des observations et de la perfection de l'analyse ; et il importe extrêmement d'en bannir tout empirisme, et de la réduire à n'emprunter de l'observation que les données indispensables. C'est à remplir, autant qu'il m'a été possible, un objet aussi intéressant, que cet ouvrage a été destiné. Je désire, qu'en considération de l'importance et des difficultés de la matière, les géomètres et les astronomes le reçoivent avec indulgence , et qu'ils en trouvent les résultats assez simples pour les employer dans leurs recherches. Il sera divisé en deux parties : Dans la première je donnerai les méthodes et les formules pour déterminer les mouvements des centres de gravité des corps célestes, la figure de ces corps, les oscillations des fluides qui les recouvrent et leurs mouvements autour de leurs propres centres de gravité. Dans la seconde partie, j'appliquerai les formules trouvées dans la première, aux planètes, aux satellites et aux comètes; je la terminerai par l'examen de diverses questions relatives au système du monde, et par une notice historique des travaux des géomètres sur cette matière. J'adopterai la division décimale de l'angle droit et du jour, et je rapporterai les mesures linéaires à la longueur du mètre déterminée par l'arc du méridien terrestre compris entre Dunkerque etBarcelonne. »
Le travail de M. de la Place, sur la théorie de la Lune, aurait suffi pour lui assigner une place distinguée dans le temple de la gloire.
La théorie de la Lune était incomplète. Depuis longtemps les astronomes avaient constaté, par de nombreuses observations, une irrégularité dans le moyen
mouvement de ce satellite; mais aucun d'eux n'avait désigné la cause de cette irrégularité ; aucun d'eux n'en avait déterminé la quotité d'une manière exacte : c'est M. de la Place qui a rempli cette importante lacune.
La démonstration par laquelle M. de la Place a constaté que le prétendu mouvement irrégulier de la Lune était un mouvement très-régulier, que ce mouvement était un effet direct de la gravitation universelle, et que ce fait présenté comme une exception, comme un cas particulier, dont la théorie de Newton ne pouvait rendre raison, devait au contraire être considéré comme celui de tous les faits sur lequel cette théorie se basait le plus solidement, est pour moi un sujet de continuelle admiration.
Que de vigueur, que de calme, que de simplicité dans
LA marche suivie PAR CE SAVANT POUR ÉTABLIR SA DÉMONSTRA- TION !
Un TR.\IT DE GÉNIE A SERVI DE POINT DE DÉPART A M. DE LA
Place.
Dans tous les calculs astronomiques (s'est dit M. de la Place)
LES planètes sont CONSIDÉRÉES COMME DES SPHÈRES PARFAITES.
Cette manière de poser le problème n'a point d'inconvénient,
TANT qu'on se borne A ENVISAGER l'aCTION GÉNÉRALE ET RÉCIPROQUE DES ASTRES QUI CONSTITUENT LE SYSTÈME SOLAIRE ; LES QUANTITÉS NÉGLIGÉES SONT TELLEMENT PETITES, RELATIVEMENT A CELLES SUR LESQUELLES ON OPÈRE, QUE L'OBSERVATION NE PEUT PAS RENDRE SEN- SIBLES LES ERREURS QUI RÉSULTENT DE CETTE INEX.\CT1TUDE ; MAIS ON A EU TORT DE NÉGLIGER CETTE QUANTITÉ DANS LA THÉORIE DE LA
.LUNE. Le moyen de perfectionner cette théorie est de calculer l'action attractive de la terre sur la lune, en considérant la terre, non comme une sphère parfaite, mais comme une sphère aplatie aux extrémités de son axe de rotation.
Après avoir terminé son calcul, M. de la Place s'est occupé des moyens de le vérifier. Cette vérification exigeait un grand travail ; il fallait discuter toutes les observations faites sur la Lune : ce savant fit sentir à l'Institut l'importance de ce travail. L'Institut, toujours prêt à user de son pouvoir d'une manière utile aux progrès de la science, a posé la question, ainsi que M. de la Place le désirait : il a proposé un prix. MM. de Bouvard et de Bûrg ont concouru, et le prix a été partagé entre ces deux concurrents qui ont démontré, par la comparaison de plus de trois mille observations, que la justesse des vues théoriques de M. de la Place était vérifiée par l'observation.