OBSERVATIONS
SLR L OUVRAGE DE COXDORCET.
Tout auteur est influencé par les circonstances politiques dans lesquelles il se trouve : le clergé a entravé la libre émission de la pensée de Locke; les niveleurs français ont fait exagérer à Condorcet ses idées sur la liberté.
La fermentation révolutionnaire était à son comble, lorsque Condorcet a composé son ouvrage; il était devenu chef de parti; il avait émis l'opinion qu'il fallait établir en France un gouvernement républicain, et forcer tous les peuples à adopter une organisation sociale dont les pouvoirs royaux et sacerdotaux fussent exclus; il a soutenu cette opinion avec sa plume, pendant que les braves de son parti l'appuyaient à coups de canon.
Les circonstances générales dans lesquelles Condorcet s'est trouvé, les circonstances particulières dans lesquelles il s'est placé, lui ont échauffé la tête; elles ne lui ont pas laissé le loisir de peser tranquillement les faits, d'observer leur enchaînement, et de déduire méthodiquement les conséquences des principes qu'il avait posés. Il n'a point examiné, pendant le cours de son travail, la meilleure opinion à adopter; il a employé toutes ses forces à soutenir celle qu'il avait émise ; et sa belle conception, Récapituler la marche uk
I.'f.SPKIT IIL.MVIN ET TKP.MINRR CETTE nÉCAPlTLL.VTKlN I'.\l{ l'exposé de CONJECTUHES FOHMÉES St:R LA MARCHE Ql'lL
SUIVRA, s'est réduite, dans l'exéeutiou, à une diatribe contre les rois et contre les prêtres.
Qu'on parcoure l'iiistoire, on trouvera le nombre des grands conquérants égal à celui des pbilosopbes inventeurs. On verra, d'un côté, Cyrus, Alexandre, César, Mahomet et Charlemagne, de l'autre, Socrate, Platon, Aristote, Bacon et Descartes.
Condorcet aurait nécessairement conclu, s'il avait fixé son attention sur cette partie de la récapitulation de la marche de l'esprit humain : 1" que les ditïicultés, pour se distinguer dans la carrière active et dans la carrière spéculative, étaient égales ; 2" que la capacité et les qualités nécessaires pour obtenir des succès dans chacune de ces carrières étaient différentes, qu'elles s'excluaient réciproquement. Il se serait retiré du gouvernement, il se serait renfermé dans son cabinet, et il aurait employé, d'une manière utile pour son bonheur et pour celui de l'humanité, le genre de capacité qu'il avait reçu de la nature; il n'aurait point avili sa belle conception, en l'employant dans un ouvrage de circonstance; il l'aurait tait servir de base à la théorie générale de la physique des corps organisés.
Je parlerai souvent du travail de Condorcet, dont je ferai un examen approfondi dans la première partie de mon second ouvrage. Ce travail , quoique vicieux dans tous ses détails, est une des plus belles productions de l'esprit humain.
L'observation faite par locke et éclairch-: par les docteurs PRICE ET PRIESTLEV EST DEVENUE, DANS LES MAINS DE CONDORCET, UN INSTRUMENT d'oBSERVATION.
iO
Je considère Locke comme ayant découvert la mine, Priée et Priestley comme ayant fait fondre le minerai, (.'t Condorcet comme ayant Ibri^é avec le métal les instruments nécessaires pour f^iire de nouvelles fouilles et découvrir par ce moyen de nouveaux filons.