OBSERVATIONS GÉNÉRALES SUR LA PREMIÈRE CLASSE
Des travaux scientifiques du xvni^ siècle.
Pendant le dix-septième siècle, les physiciens avaient marché sous la bannière de Descartes.
Au commencement du dix-huitième siècle, Locke et Newton ont divisé les physiciens en deux caravanes. Ces deux caravanes se sont efforcées, chacune de leur côté, de faire des découvertes dans le nouveau continent scientifique.
Il résulte de la nature des choses, comme je l'ai dit plus haut, que l'École est dirigée alternativement par un et par deux chefs, et (ce qu'il faut bien observer) que les hommes de génie qui déterminent le changement de direction de l'École en la faisant passer de l'ordre des
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considérations hpriuri à celles à posteriori, ou de (?(dles à posteriori à celles à priori, présentent des idées plus larges et d'un intérêt plus important qu'aucune de celles que l'École enfante, pendant qu'elle suit l'impulsion qu'ils lui ont imprimée.
Il est certain que les hommes de génie qui déterminent le changement de direction de l'École aperçoivent tout ce qu'il y a de plus important dans leur nouvelle direction, et que les hommes les plus forts arrivant après eux ne peuvent être regardés que comme leurs lieutenants.
Il est encore certain que ces lieutenants, marchant avec l'École et approchant des ohjets, ne peuvent plus saisir l'ensemble de leurs rapports, et que leurs plus grands efforts ne peuvent donner que des perfectionnements partiels des idées émises par ces êtres également privilégiés par leur organisation, et par les circonstances dans lesquelles ils arrivent : je dis également privilégiés par leur organisation et parles circonstances, parce queje crois qu'il est nécessaire d'établir cette comparaison. En effet, l'organisation, la force de conception d'hommes tels que Lagrange et Laplace sont-elles inférieures à celles de Newton? Je ne le crois point. Mais je pense qu'ils se trouvent soumis à une loi de circonstances qui ne leur a laissé d'autre emploi de leurs moyens que celui des perfectionnements que nous leur devons. A la tin du xvi« siècle ils auraient été des Bacon, au commencement du xvn"' des Descartes, au commencement du xvni'' des Locke ou des Newton, et si aujourd'hui ces mêmes hommes n'avaient que vingt ans, je répondrais qu'avant d'avoir fourni la moitié de leur carrière, ils changeraient la marche de l'École.
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Revenons au fait.
Newton a été supérieur dans la physique des corps bruts à tous ceux qui, après lui, ont suivi cette direction; il a inventé le calcul des tluxions,il a trouvé l'idée de la gravitation universelle, il a calculé avec l'exactitude la plus rigoureuse, la marche de la lumière, il a créé l'instrument astronomique le plus partait que nous possédions, il a indiqué la décomposition de l'eau et la combustion du diamant.
Les travaux scientitîques les plus marquants faits depuis Newton n'ont été que des perfectionnements de ses idées; et ces perfectionnements ont été faits partie par partie: aucun homme n'est parvenu à perfectionner deux des inventions de Newton, ce qui rentre dans l'opinion que je viens d'émettre : que les lieutenants (de ces hommes de génie qui ont changé la direction de l'École) approchant trop près des objets ne
PEUVENT PLUS SAISIR l'eNSEMBLE DE LEURS RAPPORTS ET QUE LEURS PLUS GRANDS EFFORTS NE PEUVENT DONNER QUE DES PER- FECTIONNEMENTS PARTIELS, etc.
Il en est de même pour la physique des corps organisés. Locke a été tout à la fois botaniste, anatomiste, physiologiste et moraliste.
Condillac et Condorcet, les deux hommes les plus marquants après lui, dans sa carrière, ne se sont attachés qu'à l'une des branches; ils n'ont perfectionné que les idées de morale et de méthode.
Condillac et Condorcet n'ont étudié ni l'anatomie, ni la physiologie. Leur ignorance sur ces parties essentielles de la physique des corps organisés a été cause des erreurs capitales qu'ils ont commises l'un et l'autre.