‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 52 sur 72 · DE L HISTOIRE DE L ESPECE HUMAINE · texte numérisé non relu

DE L HISTOIRE DE L ESPECE HUMAINE

L'intelligence générale et l'intelligence individuelle se développent d'après la même loi. Ces deux phénomènes ne diffèrent que sous le rapport de la dimension des échelles sur lesquelles ils ont été construits. Cette vérité facile à constater par l'examen comparé de la marche de l'esprit humain et du développement de l'intelligence individuelle, offre l'avantage de pouvoir connaître le sort futur de l'humanité jusqu'à sa mort.

Développement de Tintelligence individuelle.

Enfant, Thomme travaille par plaisir à élever des tas de pierres, à construire de petites digues, h creuser des petits lacs; donnez-lui des haches, des scies, des rabots, des clous, des marteaux et de quoi les

employer, c'est le plus grand plaisir que vous puissiez lui faire ; ce sont les joujoux auxquels il donnera la préférence. Il est certain que, dans son enfance, c'est pour les arts que l'homme montre le plus d'inclination.

A l'âge de puberté, l'homme devient artiste. Existet-il un jeune homme qui ne se soit pas essayé en musique, en peinture ou en poésie?

A vingt-cinq ans, les forces de l'homme ont acquis leur principal développement et il cherche toutes les occasions d'en faire usage. Ses semblables lui paraissent autant de rivaux ; on le voit toujours prêt à entrer en lutte avec eux, avec la nature entière, avec lui-même. Il est essentiellement militaire jusqu'à quarante-cinq ans,

A quarante-cinq ans, l'homme entre dans la seconde moitié de sa carrière ; ses forces actives commencent à diminuer, ses forces spéculatives augmentent; il se retourne et commence à descendre la vie ; il ne fait plus de découvertes mais il envisage sous de nouvelles faces les objets qu'il avait vus. La première partie de sa vie morale est employée à produire des aperçus ; la seconde à former des résumés.

Voilii la récapitulation de l'histoire de l'individu. Voyons maintenant celle des annales de l'espèce.

Développement de l'esprit humain.

Je commence aux Égyptiens parce qu'il n'y a rien de clair ni d'intéressant à dire sur les peuples qui les ont

précédés. J'agis conformément à l'opinion émise i\ la fin du N" 4. La ligne de démarcation entre l'intelUyenre de l'homme et l'instinct des animaux n'a été clairement tracée qu'après la form,ation du système des signes de convention parlés et écrits.

A partir des Égyptiens jusqu'à nous, quatre peuples ont successivement exercé une action prépondérante sur l'humanité : les Égyptiens, les Grecs, les Romains et les Sarrazins.

Les Égyptiens ont élevé les plus grands tas de pierres; ils ont creusé les plus grands lacs; ils ont construit les plus fortes digues qui aient été faites de main d'homme.

Dans les beaux-arts, les ouvrages des Grecs servent encore de modèles.

Les Romains ont surpassé leurs prédécesseurs dans l'art de la guerre; et les conquêtes des Sarrazins ont été plus étendues et plus rapides que celles des Romains.

Les Sarrazins ne se sont pas distingués sous le seul rapport militaire; ils ont eu leur caractère particulier de supériorité; ils ont été les inventeurs des sciences physiques et analytiques ; c'est à eux que nous devons l'algèbre, la chimie et la physiologie; c'est par eux que les premiers observatoires ont été construits en Europe; en un mot, ils ont créé les grandes formules de raisonnement et les bonnes méthodes d'observation.

Examen comparatif fait de l'histoire de l'individu et de celle de l'espèce, je présume que l'humanité est arrivée à l'époque de sa durée correspondante h celle de quarante ans pour l'individu. D'après l'opinion la

plus accréditée, l'humanité a environ iiuil mille ans d'existence. Dans cette supposition, l'année pour l'individu correspondrait à deux siècles pour l'espèce.

Le phénomène général est le seul qui puisse être éternel; le phénomène système solaire est d'un ordre très secondaire; sa durée est nécessairement limitée. La planète que nous habitons est une portion du système solaire ; sa durée, de quelque dimension qu'elle soit, ne peut passer les limites du système dont elle fait partie.

Cette vérité, dont l'existence est généralement reconnue, n'a point encore été d'une utilité directe au progrès de la science , parce qu'on n'a point encore découvert la loi diaprés laquelle les phénomènes tendent à leur fin. La découverte de cette loi serait très utile aux progrès de la science.

En examinant les faits d'astronomie, de chimie et de physiologie, j'ai entrevu une loi h laquelle les phénomènes de ces différentes classes m'ont paru soumis. J'ai conçu que tous ces phénomènes pouvaient être considérés comme une lutte entre les solides et les fluides; que les fluides exerçaient une action prépondérante sur les solides, à l'origine d'un phénomène quelconque; que, passé le terme moyen de sa durée, l'action des solides devenait dominante, et que la supériorité de leur action devenait de plus en plus absolue, jusqu'à la cessation du phénomène; que les molécules fixées dans les solides se désunissaient alors ; qu'elles reprenaient de l'indépendance , de la mobilité individuelle et qu'elles rentraient dans la masse des fluides.

Dans l'enfance de l'homme, les fluides prédominent

et ia solidilicaliou des parties molles est pour lui une cause iiiévitaltle de mort. Les autres animaux sont. soumis à la même loi, qui a également lieu pour les végétaux. On la retrouve encore dans le règne animal. Les pierres, d'abord en état de dissolution, ensuite eu état de suspension dans les liquides, se précipitent, existent alors sous forme de dépôt légèrement consistant, et se solidifient de plus en plus jusqu'à l'époque de leur conversion en poussière, c'est-à-dire de leur destruction.

Les observations des Géologues, ainsi que les faits recueillis par les Historiens, prouvent que la superticie du globe a été plus aqueuse qu'elle ne l'est aujourd'hui.

Les astronomes ont reconnu :

1" Que la lune (astre plus petit que la terre, et dont la durée pUénoménique doit être moins longue) était déjà entièrement desséchée à sa surface.

2" Qu'il se formait de nouvelles comètes dans le système solaire.

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