‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 53 sur 72 · SUR LES MONUMENTS DES DIFFÉRENTS AGES · texte numérisé non relu

SUR LES MONUMENTS DES DIFFÉRENTS AGES

Les monuments les plus anciens que nous possédions sont les pyramides; ces monuments sont aussi les plus considérables qui existent; ils sont également les plus inutiles qui aient jamais été construits.

Les monuments les plus considérables après ceux des Égyptiens, ont été ceux des Grecs ; les monuments les plus marquants des Grecs ont été des portiques. Ces monuments, sans être d'une utilité directe, avaient au moins l'avantage de contribuer aux jouissances de toute la population.

Les aqueducs et les grands chemins des Romains ont été d'une utilité bien plus grande que les pyramides des Égyptiens et les portiques des Grecs.

Aujourd'hui nos monuments les plus importants sont nos vaisseaux. La supériorité d'utilité de cet ordre de monuments sur tous les autres est incontestable. Quant à nos monuments terrestres, ils sont d'une dimension

beaucoup plus petite que ceux de nos devanciers, mais ils sont infiniment multipliés (1). Chez nos ancêtres, il se trouvait quelques monuments publics superbes, quelques magnifiques maisons de particuliers; mais la masse de la population était ignominieusement logée. Aujourd'hui l'Europe entière est couverte de belles fermes et d'agréables habitations de particuliers.

Quelle que soit la route qu'on prenne pour descendre des Égyptiens jusqu'à nous, on trouve que le sort de l'humanité s'est considérablement amélioré.

Un roi d'Egypte employait, pendant des années entières, la moitié de ses sujets à construire son mausolée. Peut-on pousser plus loin l'abus du pouvoir?

Chez les Grecs, quel était le nombre des hommes libres en comparaison de celui des esclaves?

Du temps des Romains, l'existence de tout homme qui n'était pas né à Rome était bien précaire.

Aujourd'hui, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre sont habitées par plus de cent vingt millions d'habitants, qui, à quelques exceptions près, sont tous bien logés, bien nourris et bien vêtus. Ils sont égaux en droits, sous tous les rapports essentiels. Dans tous ces pays, la loi infiige les mêmes peines pour les mêmes délits aux coupables des différentes classes de la société.

Toute idée a ses bornes au delà desquelles elle ne peut être utilement employée. Condorcet a exagéré l'emploi qu'il a fait du principe de la perfectibilité.

Condorcet a victorieusement combattu, avec le prin-

•l) Suint-Siinon csl iixul l'ii \Hi:t. suis avoir cuimu los chomiiis de fer et le télégraphe éleclrique.

Note des ÉDiTEtns.

cipe de la perfectibilité, l'opinion des Philosophes circulaires. J'appelle Philosophes circulaires les savants qui prétendaient que l'esprit humain tournait toujours dans le même cercle; qu'il revenait par conséquent au point d'où il était parti, et qu'il avait déjà plusieurs fois parcouru son cercle. Mais dans l'organisation du système qu'il a basé sur ie principe de la perfectibilité, Condorcet a commis les erreurs les plus grossières.

Il a dit : « L'histoire prouve que l'esprit humain a « iait de continuels progrès. On doit conclure qu'il se « perfectionnera indéliniment. »

Si cette opinion était parfaitement exacte, l'esprit humain aurait acquis de nouvelles facultés, sans éprouver aucune diminution dans celles qu'il i)0ssédait; et l'histoire fournit la preuve du contraire : l'Iliade est le poème le plus ancien que nous possédions, et l'Iliade est le meilleur poème connu; l'Apollon du Belvédère est la plus belle statue qui existe, etc., etc. Sous beaucoup de rapports la génération actuelle ne peut pas rivaliser avec celles (jui l'ont précédée, tandis qu'à d'autres égards, elle leur est intlniment supérieure. Nous décomposons l'air et l'eau, que nos ancêtres regardaient comme des éléments, nous jouons avec le tonnerre, et nous faisons le tour de la terre, etc.

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