SUR L'HISTOIRE
D'après les recherches historiques faites depuis quelques années en Egypte, dans l'Inde et la Chine, il paraît que la Chine, l'Inde et la Palestine ont été peuplées en même temps.
Je crois que le plateau de Tartarie a été le berceau de l'espèce humaine ; je crois que l'espèce humaine s'est divisée en quatre peuplades, qui sont descendues dans la plaine aussitôt que les eaux ont laissé le continent de l'Asie à découvert; je crois que chacune de ces peuplades s'est dirigée vers un des quatre points cardinaux; que l'une, par conséquent, est descendue en Chine, l'autre dans l'Inde, une autre en Palestine et la quatrième en Sibérie.
Cette croyance facilite l'explication des faits historiques les plus importants.
Les progrès des connaissances faits par les peuplades de l'est, de l'ouest et du sud, ont été beaucoup plus prompts que ceux de la peuplade du nord. Cela n'est pas extraordinaire, puisque ces peuplades se sont
irouvées clans des circonstances beaucoup plus favorables au développement de leur intelligence. Elles ont trouvé à se procurer facilement leur nourriture, et elles n'ont point eu h lutter contre un climat rigoureux.
Jusqu'au cinquième siècle, à peu près, avant Socrate, les Chinois, les Indiens et les Clialdéens ont fait, chacun de leur côté, des progrès scientifiques à peu jirès égaux. Depuis cette époque, la peuplade de l'ouest a pris son essor, et les deux autres se sont arrêtées. Cela n'est point extraordinaire : les Chinois et les Indiens étant bornés par la mer, n'ont pu prendre connaissance de phénomènes nouveaux; ils n'ont pas été à portée de faire de nouvelles expériences ; tandis que les Chaldéens, à cheval sur les deux continents d'Europe et d'Afrique, se sont facilement répandus jusque dans les parties les plus éloignées du monde habitable; ils ont joint h cet avantage celui de se trouver sur les bords d'une mer petite, parsemée d'îles et d'une facile navigation.
Les communications anciennes qui ont eu lieu entre les Chaldéens et leurs colonies d'une part, et les Indiens et les Chinois d'autre part, ont été beaucoup plus avantageuses aux premiers qu'aux derniers. Pythagore, dans son voyage dans l'Inde, avait recueilli tout ce qu'il y avait d'important sous le rapport scientifique. Nous n'avons pas connaissance que les Chinois et les Indiens se soient enrichis des connaissances acquises par les Grecs : ils ont reçu les coups qu'Alexandre leur a donnés, et ils ont fermé leurs portes aux découvertes d'Aristote.
Cela n'est pas encore extraordinaire : entre deux
lioiiimes également instruits, le plus savant est celui qui travaille avec le plus d'ardeur à agrandir le cercle de ses connaissances ; il est celui qui gagne le plus dans la communication des idées.
L'histoire ne me paraît bien intéressante et foil instructive que depuis Socrate. Les recherches sur les événements antérieurs à son existence, sont à mes yeux de la nature de celles d'un homme qui travaillerait avec grand soin à se rappeler de tout ce qu'il a pensé pendant qu'il était en nourrice, pendant son sevrage, durant les années qu'il a passées à apprendre à lire et à écrire; enlln jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge de puberté.
Les recherches sur riiistoire des Chinois et des Indiens ne doivent point occuper les tètes fortes. Il est évident que ces peuples sont restés dans l'enfance; que le peu de progrès qu'ils ont fait depuis Gonfutzée, sont dus aux rapports qu'ils ont eus avec les Européens. Il est certain qu'on peut faire une bonne liistoire des progrès de l'esprit humain, sans parler des travaux scientifiques des Indous et des Chinois.
L'histoire scientifi(iue des peuplades du Nord et de l'Ouest, renferme tout ce qu'il y a d'important dans celle des progrès de res[)rit humain.
Peuplade de l'Ouest.
Les PhcMiicions, les Egypiicus, les Grecs, les Franrais, ainsi que les Ksjiagnols, s(»Ht des peuples dont les
am;cti'es oui liabité la Chaldée et l'Arabie. C'est une cliuse très ainusaute et très instructive d'observer, clans l'histoire, les rapjjorls seientitiques qui ont eu lieu entre les colonies et la mère patrie.
Jusqu'au troisième siècle, les métropolitains ont produit toutes les idées capitales neuves, et leurs colons ont perfectionné ces idées.
3Ioïse a inventé l'idée de Dieu (i). Socrate a précisé cette idée et l'a donnée pour base à son système de Philosophie.
Jésus a fondé la religion chrétienne. Paul a organisé la doctrine de cette religion.
Sous le calife Alamoun, les Arabes se sont occupés d'algèbre, de physi(iue générale, d'astronomie et de physiologie.
Les Européens ont perfectionné les sciences mathématiques et physiques; ils s'occupent maintenant à organiser systématiquement ces sciences.
Peuplade du Nord.
Là peuplade qui s'est dirigée vers le nord, en descendant du [tlaleau de Tartarie, ne s'ei>t distinguée, jusqu'à l'épociue de Roger Bacon qui en descendait, que sous le ra[)i)urt militaire; elle ne s'est fait connaître
(Ij Jl- ilis qui! Moisc a invciili' l'iilci' dv Diku ; iiuiis je iinlis pas, je iir p iisi,' pas qu'il suil le seul qui lail iiivc'iit('L'. Je iruis. au ciuiliaiic, cl jr suis inéiiiP ciTlaiii (lu'elle a (•[(• invciilc'C si'paii'niciit par cliacuiic ilo qiialrc grandes peuplades descendues du plateau de Tartarie.
que par ses incursions et ses brigandages. Les métropolitains de cette peuplade ont pris le nom de Tartares. Les colons qu'ils ont envoyés dans le nord, ont été désignés sous la dénomination de Celtes, d'Esclavons, de Normands, etc.
Découverte de l'Amérique.
Depuis la découverte de rAmérique, l'Europe est devenue la métropole du globe. C'est aujourd'bui, des quatre parties du monde, celle qui se trouve dans la position la plus avantageuse : ses habitants sont les intermédiaires de l'ancien et du nouveau monde.
Les habitants de l'Europe resteront-ils toujours les métropolitains du globe? Quand l'Amérique sera totalement peuplée, quand les Américains auront une marine supérieure h celle des Européens, le nouveau continent ne deviendra-t-il pas le continent métropolitain? C'est une question que je ne veux pas examiner actuellement. Je ne veux entrer dans le champ de l'avenir qu'après avoir parcouru dans ses principales directions, celui du passé.