‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 70 sur 72 · SUR LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

SUR LES ANGLAIS

Ci.NQUAMK ans après la réformatioii de Liitlier, les Anglais sont, entrés en révolution. Au commencement du xvur' siècle, quand leur révolution a été terminée, l'un d'eux a dit à ses compatriotes :

« Les peuples du continent sont trop éclairés pour c< que nous puissions les conquérir et exercer sur eux « une domination directe ; mais tant que nous les « maintiendrons dans le système d'équilibre où ils se (( sont engagés et que nous les empêcherons de se (c débarrasser de la féodalité, aucun d'eux ne pourra « lutter avec nous sur mer, ni rivaliser en industrie. « Ayant la supériorité sur mer, nous pourrons nous « rendre maîtres de toute la partie du globe habitée ce par des peuples ignorants, et vendre aux Européens « les produits territoriaux de ces peuples, ainsi que « ceux de leur industrie. Les bénélices de ce com- « merce réunis à ceux que nous procureront nos « manufactures augmenteront continuellement notre

« fortune aux dépens de celle de nos coneun-enls. « Ainsi nous nous élèverons de plus en i)lus au-dessus « d'eux; nous les rendrons nos tributaires, nous les ce ruinerons, nous les asservirons. »

Cette opinion a tcIlenuMit plu aux Anglais, ({u'ils l'ont nationalenienl adaptée cl que leur Gouvernement l'a |»rise pour liase de sa conduite politique. Il a suivi lidèlenient ce plan, au moyen duquel une poignée d'insulaires aurait réduit toute l'humanité en esclavage, si la révolution française ne fût pas arrivée, et si un génie du premier ordre n'avait point dirigé les forces qu'elle a créées.

Il s'est écoulé cinq ceids ans depuis l'époque où Socrate a dit : Pour simplifier le système fies idées, il. faut concevoir tout ce qui existe comme étant le résultat d'une seule cause, jusqu'à l'apparition df Jésus qui a londé une religion sur cette conception. La conception de Socrate a occasionné un grand mouvement dans l'humanité. Les prêtres païens ont perdu une grande ])artie de la considération qu'ils avaient acquise.

Les Romains, voyant que les liens religieux ipii unissaient les Grecs s'étaient relâchés, donnèrent un libre essor à leur ambition. Ils se tirent un système particulier, lui donnèreid h? patriotisme pour base, et pour direction le désir de réduii'e foute riiumaiiité en esclavage.

L'égoïsme était le grand ressort du système des Romains, système qui, dans ses applications vis-à-vis du surplus de l'humanité, était le despotisme. Le despotisme exercé par les Romains sur leurs voisins qu'ils avaient conquis, les a exaspérés et les a déterminés à fondre sur Rome ([ui a été saccagée.

Les Anglais se sont détachés du continent du moment où Luther a relâché le lien religieux qui unissait les peuples européens ; ils ont , de même que les Romains, i)ris l'égoïsme pour hase de leur système politique.

Il y a eu une dilïérence entre le despotisme auquel les Anglais se sont livrés et celui que les Romains ont exercé. Cette différence est provenue de deux causes.

l'P.F.MIKFir, (.AISi:.

Les Anglais hahitent une île. Les Romains hahitaient une presqu'île.

Les Anglais hahilant une île n'ont pas pu exercer un despotisme aussi ahsolu (|ue les Romains, parce ([u'ils ne sont pas en contact direct avec les peuples du continent.

Divi xn;>u-: cusi:.

Les lumières ayant fait de grands progrès, le despotisme ne peut plus exister au même degré qu'autrefois. Aussi les Anglais, comme je l'ai dit au commencement de cet article, n'avaient point com;u le projet d'exercer une domination directe sur les peuples continentaux d'Europe : leur plan avait été de les ainuder en les opposaul les uns aux autres et d'exercer sur eux le

despotisme commercial. Le plan des Anglais a été mis à exécution; il a parfaitement réussi jusqu'à l'apparition de Napoléon. Ce n'est que depuis l'élévation du Grand Homme à la dignité impériale, que leurs combinaisons se trouvent déjouées et qu'ils voient se former l'orage prêt à fondre sur eux. Dans la dernière campagne, les Anglais ont mis leur égoïsme complètement en évidence. Il n'ont point fait d'elTorts pour secourir Dantzick, et ils ont employé l'escadre qui pouvait la ravitailler à piller le Danemarck.

Ce ne sont point les Anglais, dira le parti de l'opposition aux progrès de l'esprit humain, ce sont les Français qui suivent la marche des Romains; ce sont eux qui tendent à la domination générale.

Ce fait est faux; je vais le prouver par d'autres faits et par le raisonnement.

La marche des Français est totalement opposée à celle qui a été suivie par les Romains et par les Anglais. Les Romains ont réduit en esclavage tous les peuples chez lesquels ils ont pénétré. Les Anglais, à leur exemple, ont fait peser la servitude sur toute la population de l'Inde; et ils ont exercé leur influence scientihque et financière sur les peuples continentaux, de manière à retarder, autant qu'il leur a été possible, l'amélioration de leur organisation sociale.

Les Français, au contraire, ont amélioré l'organisation sociale de tous les peuples chez lesquels ils sont entrés; partout ils suppriment la féodalité; partout ils limitent les pouvoirs royaux par l'établissement d'un corps de représentants nationaux.

Voilà les laits par lesquels je réponds. Passons au raisonnement.

Les Français, rajeunis par leur i-évolutioii, apportent des idées neuves à tous les peuples avec lesquels ils entrent en contact. Les Anglais ne peuvent communiquer que de vieilles idées, que des idées usées.

Les intérêts des Français sont liés à ceux du continent; les intérêts des Anglais y sont opposés.

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