‹ Œuvres choisies. Précédées d'un essai sur sa doctrineChapitre 69 sur 72 · SUR CHARLEMAGNE · texte numérisé non relu

SUR CHARLEMAGNE

CiiAi'.LK.M.vii.M:: uvalL oi'^aiiisé la ('édL'ralioii européeuup. Eiitlier, CM la divisant, a travaillé à la dissoudre.

Cette belle fédération aurait été anéantie ; lous les peuples du continent auraient perdu leur liberté, ils aui-aieiit été asservis par les Anglais, si Nai-oléon ne les '■ùt i)as coalisés contre celle [)oignée d'insulaires.

Avant Charlemagne, la population européemie n'était poiiU organisée. Elle était composée de deux peuplades distinctes par leur origine, |)ar leurs uki'ui's et par leur langage.

Une de ces peuplades était descejidue, par le nord, du plateau de ïartarie : c'étaient les Saxons. L'autre, descendue de ce plateau par l'ouest, s'était plus anciennement réi)andue en Europe.

Les Grecs, les Italietis, les Gaulois, les Espagnols, les Anglais et une partie des Germains étaient autant de colonies provenues des Clialdéens, des Phéniciens cl des Arabes.

Cbarlemagne, par sa lormidable épée et jiar sa jiro-

fonde politique, s'est constitué chef des deux peuplades. Après s'être placé dans cette position (la seule qui puisse donner h un législateur le moyen de réaliser ses conceptions), il a procédé à l'organisation de la société européenne ; il a amalgamé, il a fédéré les fractions des deux peuplades.

C'est de la religion qu'il a fait le lien fédératif. Il a rendu le Pape indépendant de l'empereur d'Orient; il lui a donné des états, et l'a constitué chef de la fédération européenne.

Pendant les 700 années qui se sont écoulées depuis Charlemagne jusqu'à Luther, la fédération européenne a, de plus en plus, prospéré au dehors, et n'a été trouhlée, au dedans, par aucune grande dissension. Il y a bien eu des guerres entre les peuples qui la composaient ; mais ces guerres n'ont pas été de longue durée. L'ambition de chacun d'eux a toujours eu pour bornes \e pmniis inter pares ; et chacun d'eux, alternativement, a atteint le but qu'il s'était proposé.

Les Allemands, en arrachant le sceptre occidental des débiles mains des successeurs de Charlemagne; les Italiens, au moyen du commerce de Venise; les Portugais, en doublant le cap de Bonne-Espérance; les Espagnols, en découvrant rAméri(iue; les Français, sous Louis XIV, s'étaient successivement placés à la tête de la société européenne.

Luther a mis le trouble dans la fédération; il l'a divisée, il a été l'auteur de la plus cruelle guerre qui ait eu lieu entre les peuples européens. Les Anglais ont profité de ce désordre pour donner un libre essor à leur ambition. Ils ont rompu le pacte d'association; ils ont tenté d'asservir leurs pairs.

L'énergie des Fi'aiH;ais les a heureusement poussés à se débari'asser de leur vieux gouvernement et de sa vieille politique : les grandes circonstances Tout naître les grands hommes. La lutte engagée i)ar eux avec les Anglais, a fait éclore le génie transcendant destiné à réorganiser la fédération.

Page 1